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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405344

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405344

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405344
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a été saisi par trois ressortissants colombiens, MM. C A, C I et C, contestant des arrêtés préfectoraux du 20 août 2024 leur faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Les requérants invoquaient notamment la méconnaissance du droit d'être entendu, une erreur manifeste d'appréciation, l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi, et un risque de persécutions en cas de retour en Colombie. Le tribunal a rejeté l'ensemble de leurs demandes, estimant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité des arrêtés préfectoraux pris sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n° 2405344, enregistrée le 11 septembre 2024, M. F C A, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) de lui allouer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le cas échéant sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu et au principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale dès lors que le préfet des Côtes-d'Armor a méconnu l'étendue de sa compétence en retenant un délai de 30 jours sans examiner la possibilité de fixer un délai plus long ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'un retour en Colombie l'expose à un risque de persécutions ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle.

Des pièces, produites le 20 septembre 2024 par le préfet des Côtes-d'Armor, ont été communiquées.

Des pièces, produites le 7 novembre 2024 par le requérant, ont été communiquées.

II - Par une requête n° 2405346, enregistrée le 11 septembre 2024, M. H C I, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) de lui allouer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le cas échéant sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu et au principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale dès lors que le préfet des Côtes-d'Armor a méconnu l'étendue de sa compétence en retenant un délai de 30 jours sans examiner la possibilité de fixer un délai plus long ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'un retour en Colombie l'expose à un risque de persécutions ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle.

Des pièces, produites le 20 septembre 2024 par le préfet des Côtes-d'Armor, ont été communiquées.

Des pièces, produites le 7 novembre 2024 par le requérant, ont été communiquées.

III - Par une requête n° 2405348, enregistrée le 11 septembre 2024, M. G C, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) de lui allouer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le cas échéant sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu et au principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale dès lors que le préfet des Côtes-d'Armor a méconnu l'étendue de sa compétence en retenant un délai de 30 jours sans examiner la possibilité de fixer un délai plus long ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'un retour en Colombie l'expose à un risque de persécutions ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle.

Des pièces, produites le 20 septembre 2024 par le préfet des Côtes-d'Armor, ont été communiquées.

Des pièces, produites le 7 novembre 2024 par le requérant, ont été communiquées.

Des pièces, produites le 8 novembre 2024 par le requérant, n'ont pas été communiquées.

IV - Par une requête n° 2405350, enregistrée le 11 septembre 2024, Mme E D, représentée par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) de lui allouer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le cas échéant sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu et au principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale dès lors que le préfet des Côtes-d'Armor a méconnu l'étendue de sa compétence en retenant un délai de 30 jours sans examiner la possibilité de fixer un délai plus long ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'un retour en Colombie l'expose à un risque de persécutions ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle.

Des pièces, produites le 20 septembre 2024 par le préfet des Côtes-d'Armor, ont été communiquées.

Des pièces, produites le 7 novembre 2024 par la requérante, ont été communiquées.

V - Par une requête n° 2405351, enregistrée le 11 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) de lui allouer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le cas échéant sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu et au principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale dès lors que le préfet des Côtes-d'Armor a méconnu l'étendue de sa compétence en retenant un délai de 30 jours sans examiner la possibilité de fixer un délai plus long ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors qu'un retour en Colombie l'expose à un risque de persécutions ;

- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie personnelle.

Des pièces, produites le 20 septembre 2024 par le préfet des Côtes-d'Armor, ont été communiquées.

Des pièces, produites le 7 novembre 2024 par la requérante, ont été communiquées.

Des pièces, produites le 8 novembre 2024 par la requérante, ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration.

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blanchard ;

- et les observations de Me Dollé, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. H C I, ressortissant colombien né le 30 mars 1980, déclare être entré en France le 10 novembre 2022. Ses fils, également ressortissants colombiens, M. F C A, né le 6 février 2004, et M. G C, né le 7 juillet 2006, sont entrés en France respectivement les 10 novembre 2022 et 7 août 2023. Mme B A, conjointe de M. H C I, ressortissante colombienne née le 17 avril 1980, est pour sa part entrée en France le 7 août 2023. Mme E D, née le 7 janvier 1956 et de nationalité colombienne, mère de Mme B A, déclare être entrée en France à la même date.

2. M. H C I a présenté une demande d'asile, rejetée le 31 mars 2023 par l'Office français de protection des réfugiés (OFPRA). Cette décision a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 2 novembre 2023. Les demandes d'asile de M. F C A et M. G C ont été rejetées par l'OFPRA le 31 mars 2023 et par la CNDA le 2 novembre 2023. Mme A et Mme D ont également présenté des demandes d'asile, rejetées le 1er décembre 2023 par l'OFPRA et le 20 juin 2024 par la CNDA. Par des requêtes qu'il y a lieu de joindre, les intéressés demandent l'annulation des arrêtés du 20 août 2024 par lesquels le préfet des Côtes-d'Armor leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

4. Les requérants justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes de l'article 51 de cette charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions et organes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. En conséquence, ils respectent les droits, observent les principes et en promeuvent l'application, conformément à leurs compétences respectives. / () ".

6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. A cet égard, lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande d'asile, il pourra faire l'objet d'un refus de titre de séjour et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, tant au cours de l'instruction de sa demande, qu'après que l'OFPRA et la CNDA eurent statué sur sa demande d'asile, de faire valoir auprès de l'administration toute information complémentaire utile.

8. Les requérants, dont les demandes d'asile avaient fait l'objet d'une décision de rejet par l'OFPRA et par la CNDA, ne pouvaient ignorer qu'ils étaient susceptibles de faire l'objet d'une mesure d'éloignement prononcées par les autorités compétentes. De plus, ils n'établissent pas qu'ils auraient sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'ils auraient disposé d'autres informations tenant à leur situation personnelle, qu'ils auraient été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à leur encontre les mesures d'éloignement contestées et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de ces mesures. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu et du principe du contradictoire doit être écarté.

9. En second lieu, les requérants font valoir leur forte volonté d'intégration en France, où ils soutiennent avoir fixé le centre de leurs intérêts. Toutefois, eu égard aux conditions de leur séjour sur le territoire français et à leur arrivée récente, et l'absence de liens personnels ou familiaux en France hors que ceux noués avec les autres membres de leur famille, faisant tous l'objet de mesures d'éloignement, les circonstances invoquées par les requérants ne caractérisent pas une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions attaquées sur leur vie personnelle.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

11. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le préfet des Côtes-d'Armor a examiné si la situation personnelle des intéressés ne justifiait pas, qu'à titre exceptionnel, un délai supérieur à trente jours leur soit accordé. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Les requérants soutiennent être exposés à des risques de persécutions de la part de groupes criminels en cas de retour en Colombie. Ils n'apportent toutefois à l'appui de cette allégation que des articles de presse relatifs aux activités de ces groupes, ainsi qu'un texte de menaces, non nominatif, dont ils soutiennent qu'il a été émis par de tels groupes. Ces éléments ne sont pas de nature à établir l'existence des risques de traitements inhumains et dégradants allégués alors que, au demeurant, ces risques n'ont pas été reconnus comme fondés par l'OFPRA et la CNDA.

15. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ".

9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet des Côtes-d'Armor a mentionné la possibilité de prendre une décision d'interdiction de retour avant d'en fixer les modalités. Contrairement à ce que soutiennent les intéressés, le préfet a donc examiné la possibilité de ne pas prendre une telle décision. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit dès lors être écarté.

10. En second lieu, eu égard aux conditions de séjour des requérants en France, au caractère récent de leur arrivée sur le territoire et à l'absence de tout lien personnel ou familial, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée de cette interdiction de retour.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions des requêtes à fin d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions des requêtes présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : M. H C I, M. F C A, M. G C, Mme B A et Mme E D sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les requêtes de M. H C I, M. F C A, M. G C, Mme B A et Mme E D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H C I, M. F C A, M. G C, Mme B A et Mme E D et au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Grondin, premier conseiller,

M. Blanchard, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Blanchard

Le président,

signé

C. RadureauLa gréffière d'audienc,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet du Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2405344, 2405346, 2405348, 2405350, 2405351

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