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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2405455

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2405455

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2405455
TypeOrdonnance
RecoursInterprétation
PublicationD

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Rennes rejette la requête de Mme B, qui demandait, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à être placée à titre provisoire en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS). La requérante, en arrêt maladie depuis mars 2023, avait déposé une demande de CITIS en mars 2024 et contestait le délai d'instruction de son dossier. Le juge des référés a estimé que la demande ne présentait pas un caractère d'urgence et était manifestement mal fondée, permettant ainsi un rejet sans instruction contradictoire en application de l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoire enregistrés les 14, 16 et 18 septembre 2024, Mme A B demande au juge des référés d'enjoindre au centre ministériel de gestion de Rennes, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire et de prendre immédiatement les mesures y afférent, dont la notification de l'arrêté correspondant et le versement du plein traitement sur toute la période concernée.

Elle soutient que :

- elle n'a jamais été informée de ses droits au congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS) et elle n'a d'ailleurs jamais eu de livret d'accueil dans aucune de ses affectations ;

- elle n'a pas reçu de récépissé ou d'accusé de réception de sa demande de CITIS ;

- le médecin psychiatre qu'elle a rencontré le 9 septembre 2024 dans le cadre de l'expertise médicale diligentée n'a pas eu de lettre de mission ;

- elle n'a pas été informée du délai d'instruction supplémentaire de sa demande ;

- dès lors que l'instruction n'était pas terminée, elle devait être placée en CITIS à titre provisoire à compter du 11 août 2024 et ainsi bénéficier des droits prévus par l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- elle est victime de harcèlement moral.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la fonction publique ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'agissant de la condition d'urgence, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

2. L'article L. 522-3 du code de justice administrative dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Mme B, adjointe administrative principale de deuxième classe, affectée depuis le 1er mars 2023 au sein du service de santé des armées dans le service des hospitalisations et des soins externes de l'hôpital d'instruction des armées Clermont Tonnerre de Brest (Finistère), a été placée le 23 mars 2023 en arrêt de travail pour maladie ordinaire, prolongé sans interruption depuis. L'intéressée avait déjà été préalablement placée en arrêt de travail pour maladie au cours de l'année 2021 puis au cours de l'année 2022. Le 10 mai 2023, Mme B a déposé une demande de placement en congé de longue durée avec effet au 23 mars 2023. Par un arrêté du 6 novembre 2023, le ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande, l'a requalifiée en demande de placement en congé de longue maladie, et a décidé son maintien en congé de maladie ordinaire à demi-traitement jusqu'à sa réintégration. Mme B a déposé, le 11 mars 2024, un congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS). Elle a été convoquée le lundi 9 septembre 2024 à une expertise médicale. Elle demande au juge des référés d'enjoindre au centre ministériel de gestion de Rennes, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire.

4. Aux termes de l'article L. 822-21 du code général de la fonction publique, en vigueur depuis le 1er mars 2022, qui a repris les dispositions du premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à : / () 3° Une maladie contractée en service telle qu'elle est définie à l'article L. 822-20 () ". Aux termes de l'article 47-5 du décret du 14 mars 1986 : " Pour se prononcer sur l'imputabilité au service de l'accident ou de la maladie, l'administration dispose d'un délai : / () 2° En cas de maladie de deux mois à compter de la date à laquelle elle reçoit le dossier complet comprenant la déclaration de la maladie professionnelle intégrant le certificat médical et le résultat des examens médicaux complémentaires le cas échéant prescrits par les tableaux de maladies professionnelles. / Un délai supplémentaire de trois mois s'ajoute aux délais mentionnés au 1° et au 2° en cas d'enquête administrative diligentée à la suite d'une déclaration d'accident de trajet ou de la déclaration d'une maladie mentionnée au troisième alinéa de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique, d'examen par le médecin agréé ou de saisine du conseil médical compétent. Lorsqu'il y a nécessité d'examen ou d'enquête complémentaire, l'employeur doit en informer l'agent ou ses ayants droit. / Au terme de ces délais, lorsque l'instruction par l'administration n'est pas terminée, l'agent est placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire pour la durée indiquée sur le certificat médical prévu au 2° de l'article 47-2 et au dernier alinéa de l'article 47-9. Cette décision, notifiée au fonctionnaire, précise qu'elle peut être retirée dans les conditions prévues à l'article 47-9 ". Aux termes de l'article 47-9 de de même décret : " Au terme de l'instruction, l'administration se prononce sur l'imputabilité au service et, lorsqu'elle est constatée, place le fonctionnaire en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la durée de l'arrêt de travail. / Lorsque l'administration ne constate pas l'imputabilité au service, elle retire sa décision de placement à titre provisoire en congé pour invalidité temporaire imputable au service et procède aux mesures nécessaires au reversement des sommes indûment versées () ".

5. En l'espèce, le ministère des armées a, par une décision du 18 septembre 2024 postérieure à l'introduction de la requête, expressément refusé de placer Mme B en position de CITIS provisoire. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B, actuellement en congé de maladie ordinaire, a d'ores-et-déjà été convoquée le 9 septembre 2024 à une expertise médicale dans le cadre de l'instruction de son dossier de maladie professionnelle déclarée le 11 mars 2024 et l'expert devrait rendre son rapport prochainement afin de permettre au service des pensions et des risques professionnels de statuer sur le bien-fondé de sa demande. La requérante n'apporte par ailleurs aucun élément précis tenant à la situation financière de son foyer, aux charges auxquelles elle doit faire face, aux revenus perçus et n'établit ainsi pas la nécessité d'être placée en CITIS à titre provisoire sur le fondement des dispositions précitées. Par suite, la mesure qu'elle sollicite ne remplit pas, en l'état de l'instruction, les conditions d'urgence et d'utilité. Dès lors, sa requête ne peut qu'être rejetée en faisant application de la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au ministère des armées (centre ministériel de gestion de Rennes).

Fait à Rennes, le 19 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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