vendredi 11 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2407469 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | FLAMANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 décembre 2024 et 9 janvier 2025, l'ordre des avocats du barreau de Rennes, représenté par Me Flamant, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, dans le délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 350 euros par jour de retard, de :
* mettre en place une jauge dans chaque cellule et de tenir un registre consultable permettant de veiller au respect de cette jauge ou a minima de l'afficher dans la cellule afin de permettre au gardé à vue de pouvoir connaître et faire connaître l'indignité de ses conditions de détention et, le cas échéant, les faire cesser ;
* réserver en permanence dans les locaux une cellule pour les femmes et une autre pour les mineurs, ces populations ne pouvant pas être mélangées avec les autres gardés à vue ;
* procéder à la réparation du système de chauffage afin que les locaux puissent être à une température qui soit autour de 19 à 20°C en permanence ;
* prendre toutes les dispositions de nature à assurer et à contrôler le nettoyage quotidien et suffisant des cellules de garde à vue et des toilettes situées dans les cellules, ainsi que des espaces communs, contrôler quotidiennement l'état de la literie et la présence de punaises de lit, et procéder à la désinfection adaptée si nécessaire ;
* mettre à la disposition des gardés à vue de la solution hydroalcoolique, de masques FFP 2 ainsi que des kits d'hygiène incluant, pour les femmes des protections périodiques, comportant des serviettes hygiéniques et des tampons ;
* faire installer, une ou des horloges visibles de chaque cellule de garde à vue ;
* procéder à la réparation du store du local d'entretien des avocats ;
* mettre en place un local dédié aux examens médicaux, adapté aux exigences de la pratique de la médecine, et distinct des locaux d'entretien des avocats ;
* procéder aux opérations nécessaires pour qu'une ventilation suffisante des locaux par l'air naturel puisse intervenir ;
* procéder aux travaux de réfection des sanitaires et des WC qui devront pouvoir être actionnés depuis l'intérieur des cellules lorsqu'elles en sont dotées et disposer d'un aménagement permettant de préserver l'intimité des gardés à vue ;
* procéder aux travaux de réfection des cellules, qui apparaissent dans un état de délabrement très avancé, notamment au niveau des peintures et enduits, ainsi qu'au traitement des moisissures et à la réfection des plafonds ;
* procéder à l'installation d'un système d'appel de type sonnette ou voyant lumineux dans chacune des cellules de garde à vue du commissariat ;
* réaliser les travaux permettant aux gardés à vue de pouvoir bénéficier d'un accès illimité et inconditionné à l'eau potable depuis leur cellule et dans des récipients appropriés aux exigences de sécurité ;
* procéder à la mise en place de pare-vue dans chaque cellule, conformément aux dispositions de l'article L. 256-3 du code de la sécurité intérieure ;
* mettre en place dans chaque cellule un système de détection incendie ;
* procéder ou de faire procéder par un technicien compétent aux vérifications annuelles imposées par l'arrêté du 25 juin 1980 comprenant l'existence des moyens nécessaires à l'entretien et à la maintenance des installations et équipements incendie, l'état d'entretien et de maintenance des installations, le bon fonctionnement des installations de sécurité, l'existence, le bon fonctionnement, le réglage ou la manœuvre des dispositifs de sécurité, sous réserve que les vérifications ne nécessitent pas de procéder à des essais destructifs, l'adéquation de l'installation avec les conditions de fonctionnement du commissariat ;
* effectuer le contrôle total du système de détection incendie (notamment vérification des dispositifs de détection, révision des extincteurs, vérification du fonctionnement des systèmes d'évacuation des fumées, vérification du bon fonctionnement du système de déverrouillage des portes des cellules en cas d'incendie, contrôle de leur conformité aux normes coupe-feu / pare-fumée 2 heures), disposer des extincteurs dans des conditions adaptées aux risques et en nombre conforme à la réglementation, former le personnel aux manœuvres incendies ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de procéder à l'occultation des caméras des locaux de garde à vue jusqu'à la pose des pare-vue prévus à l'article L. 256-3 du code de la sécurité intérieure ;
3°) de mettre à la charge l'État la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- une visite des locaux de garde à vue du commissariat de police de Rennes a eu lieu, le 25 novembre 2024, en application des dispositions de l'article 719 du code de procédure pénale, réalisée par Mme la bâtonnière de l'ordre des avocats du barreau de Rennes et M. le député B ;
- cette visite a mis en évidence l'indignité de ces locaux, exposant les personnes susceptibles de s'y trouver à un péril grave, tant pour leur santé psychologique qu'en raison des risques physiques encourus ; ont en particulier été constatés :
* un état de vétusté et de délabrement des locaux et une dégradation des murs, dont certains portent des traces de moisissure ;
* une faible aération naturelle et un chauffage des cellules dysfonctionnel ;
* un état de propreté insuffisant avec un nettoyage inexistant le week-end et limité à une heure par jour la semaine ;
* dans l'hypothèse où la cellule collective accueille plus de trois personnes, il est impossible pour les personnes gardées à vue de pouvoir étendre les matelas au sol pour la nuit ;
* la mise à disposition de matelas sans surmatelas, avec un système de désinfection et de nettoyage très insuffisant ;
* l'absence de mise à disposition des gardés à vue de solution hydroalcoolique et de masques FFP 2 ;
* l'absence de point d'eau dans les cellules ;
* l'impossibilité d'actionner la chasse d'eau des WC depuis l'intérieur des cellules, des blocs WC sales ;
* l'absence de système visuel ou sonore permettant d'appeler les policiers depuis les cellules autrement qu'en tapant sur les portes ;
* l'absence d'horloge visible depuis les cellules ;
* l'impossible séparation des gardés à vue, selon qu'ils sont susceptibles d'y dormir ou non ;
* des caméras de sécurité prétendument désactivées mais sans pare-vue dans les cellules ;
* des douches parfois hors service ou à tout le moins dans un état avéré de délabrement et de saleté ;
* un store occultant du local " entretien avocats ", utilisé également pour les examens médicaux, cassé ;
* l'absence de détection incendie dans chaque cellule ;
* un registre de sécurité incendie absent, ne permettant pas de connaître l'état d'entretien des équipements de cet établissement recevant du public ;
- sa requête est recevable, dès lors que les mesures sollicitées ne tendent pas à ce que soient mis en œuvre de lourds investissements à long terme, pas davantage qu'à ce que soient mis en œuvre des travaux sur le bâti lui-même, mettant en cause ses éléments structurels ; aucune des demandes ne présente un caractère irréversible ; elles sont strictement conservatoires, visant à ce que soient garantis le respect de la dignité et le respect des droits de la défense des personnes gardées à vue ;
- les mesures sollicitées ne font obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ; en toute hypothèse, l'indignité des conditions de garde à vue caractérise l'existence d'un péril grave, justifiant que le juge des référés mesures utiles fasse usage de ses pouvoirs ; l'indignité est caractérisée lorsqu'une personne ne bénéficie pas d'un espace de 3 m2 ;
- les mesures sollicitées sont utiles ; il n'existe pas d'autres voies de doit permettant d'obtenir une amélioration de la situation ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, compte tenu de l'insalubrité des locaux, susceptible d'affecter la situation des personnes gardées à vue durant 96 heures ; les mesures de travaux évoquées par le ministre de l'intérieur sont toutes soumises à des conditions d'octroi de budget, de sorte qu'elles ne sont pas fermes ni certaines ; elles ne sont pas programmées et les marchés publics afférents ne sont pas lancés ; certaines d'entre elles sont programmées à une échéance décennale ; les mesures visent à garantir la dignité des conditions de garde à vue, au bénéfice de personnes placées dans une situation de dépendance vis-à-vis de l'administration, alors même qu'elles sont présumées innocentes ;
- les mesures sollicitées ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ; elles constituent les strictes mesures nécessaires pour parvenir à la préservation de la dignité de ce lieu de privation de liberté ; elles sont provisoires en ce qu'elles ne présentent aucun caractère structurel ;
- s'agissant des mesures sollicitées :
* mettre en place une jauge dans chaque cellule et de tenir un registre consultable permettant de veiller au respect de cette jauge ou a minima de l'afficher dans la cellule afin de permettre au gardé à vue de pouvoir connaître et faire connaître l'indignité de ses conditions de détention et, le cas échéant, la faire cesser : il a été constaté que la jauge n'est pas respectée et induit une privation de liberté en surnombre ; le respect d'une telle jauge ne fait pas obstacle aux interpellations, mais oblige seulement à un placement en garde à vue dans un autre lieu ; l'indication de cette jauge sur un support non altérable est nécessaire ;
* réserver en permanence dans les locaux une cellule pour les femmes et une autre pour les mineurs, ces populations ne pouvant pas être mélangées avec les autres gardés à vue : l'interdiction n'est dans les faits respectée que dans la mesure du possible, et ne l'est pas en période de nombreuses interpellations ;
* procéder à la réparation du système de chauffage afin que les locaux soient en permanence à une température de 19 à 20°C : il a été constaté que les locaux présentent des dysfonctionnements thermiques, corrélés au manque d'eau, en été comme en hiver ;
* prendre toutes les dispositions de nature à assurer et à contrôler le nettoyage quotidien et suffisant des cellules de garde à vue et des toilettes situées dans les cellules, ainsi que des espaces communs, de contrôler quotidiennement l'état de la literie et la présence de punaises de lit, et procéder à la désinfection adaptée si nécessaire : la désinfection n'est pas avérée ; il n'y a pas de surmatelas ; il existe un risque de transmission de la gale ;
* mettre à la disposition des gardés à vue de la solution hydroalcoolique, des masques FFP 2 ainsi que des kits d'hygiène incluant, pour les femmes des protections périodiques, comportant des serviettes hygiéniques et des tampons : aucun masque FFP 2 n'est mis à disposition, malgré les risques liés au covid-19, à la grippe ainsi qu'à la tuberculose ;
* faire installer une ou des horloges visibles de chaque cellule de garde à vue : l'existence de devis ne saurait suffire ;
* procéder à la réparation du store du local d'entretien des avocats : l'affirmation du ministre de l'intérieur selon laquelle il a été réparé manque en fait ;
* mettre en place un local dédié aux examens médicaux, adapté aux exigences de la pratique de la médecine, et distinct des locaux d'entretien des avocats : les travaux évoqués sont programmés à une échéance de dix ans ;
* procéder aux opérations nécessaires pour qu'une ventilation suffisante des locaux par l'air naturel puisse intervenir : il n'est pas contesté que la ventilation n'est pas suffisante et les aérothermes ne constituent pas un moyen naturel d'aération ;
* procéder aux travaux de réfection des sanitaires et des WC qui devront pouvoir être actionnés depuis l'intérieur des cellules lorsqu'elles en sont dotées et disposer d'un aménagement permettant de préserver l'intimité des gardés à vue : il n'existe pas d'autonomie des gardés à vue, y compris dans les sanitaires communs ;
* procéder aux travaux de réfection des cellules, qui apparaissent dans un état de délabrement très avancé, notamment au niveau des peintures et enduits, ainsi qu'au traitement des moisissures et à la réfection des plafonds : le ministre de l'intérieur ne conteste pas utilement les dégradations constatées et ne justifie d'aucun ordre de travaux ni de devis ;
* procéder à l'installation d'un système d'appel de type sonnette ou voyant lumineux dans chacune des cellules de garde à vue du commissariat : cette mesure ne présente aucun aspect structurel et est indispensable, notamment la nuit ;
* réaliser les travaux permettant aux gardés à vue de pouvoir bénéficier d'un accès illimité et inconditionné à l'eau potable depuis leur cellule dans des récipients appropriés aux exigences de sécurité ; ces travaux ne sont pas non plus structurels ;
* procéder à la mise en place de pare-vue dans chaque cellule, conformément aux dispositions de l'article L. 256-3 du code de la sécurité intérieure ; l'arrêté évoqué réglemente la vidéosurveillance, laquelle n'est pas interdite ; l'utilité d'un pare-vue ne se résume pas à la seule question de l'usage des sanitaires ;
* mettre en place dans chaque cellule un système de détection incendie : le risque incendie ne résulte pas des seuls gardés à vue ; l'état de dégradation du bâtiment induit un risque de feu électrique ; l'efficience des fouilles n'est pas garantie, de sorte que le risque d'incendie volontaire ne peut être écarté ; une détection très précoce des vapeurs d'acide chlorhydrique dégagées par les matelas en PVC est indispensable ;
* procéder ou de faire procéder par un technicien compétent aux vérifications annuelles imposées par l'arrêté du 25 juin 1980 comprenant l'existence des moyens nécessaires à l'entretien et à la maintenance des installations et équipements incendie, l'état d'entretien et de maintenance des installations, le bon fonctionnement des installations de sécurité, l'existence, le bon fonctionnement, le réglage ou la manœuvre des dispositifs de sécurité, sous réserve que les vérifications ne nécessitent pas de procéder à des essais destructifs, l'adéquation de l'installation avec les conditions de fonctionnement du commissariat : la vérification évoquée par le ministre de l'intérieur n'est pas complète ; elle ne peut se limiter au seul contrôle du SSI ; il apparaît indispensable d'effectuer un contrôle total du système de détection incendie (notamment vérification des dispositifs de détection, révision des extincteurs, vérification du fonctionnement des systèmes d'évacuation des fumées, vérification du bon fonctionnement du système de déverrouillage des portes des cellules en cas d'incendie, contrôle de leur conformité aux normes coupe-feu / pare-fumée 2 heures), de disposer des extincteurs dans des conditions adaptées aux risques et en nombre conforme à la réglementation, ainsi que de former le personnel aux manœuvres incendies.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 6 janvier 2025, le syndicat des avocats de France, représenté par Me Beigelman, conclut à l'admission de son intervention et à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête.
Il soutient que :
- son intervention volontaire est recevable ; il justifie de son intérêt, eu égard à son objet statutaire, à ce que soient ordonnées les mesures sollicitées ;
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, eu égard à la situation d'entière dépendance à l'égard de l'administration dans laquelle se trouvent placées les personnes gardées à vue ;
- les pièces versées à l'appui de la requête démontrent que les conditions d'accueil des personnes gardées à vue dans les locaux du commissariat de police de Rennes ne satisfont pas aux exigences minimales en termes de de sécurité, de salubrité et d'hygiène ;
- l'indignité est caractérisée lorsqu'une personne ne bénéficie pas d'un espace de 3 m2 ; les personnes gardées à vue sont confinées en permanence dans leur cellule ;
- les mesures sollicitées sont nécessaires, utiles et provisoires en tant qu'elles ne sont pas structurelles ; elles sont propres à remédier rapidement à la situation constatée, sans représenter de lourdes dépenses ;
- elles ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et ne font obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors que les mesures sollicitées ne sont ni provisoires ni conservatoires et qu'elles ne relèvent donc pas de celles susceptibles d'être prononcées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;
- en particulier, les mesures tendant à la réparation du système de chauffage, la réfection et la transformation des sanitaires et des toilettes, la rénovation des cellules et la réfection des plafonds, l'installation d'un système d'appel de type sonnette ou voyant lumineux dans chaque cellule, la réalisation de travaux permettant un accès illimité et inconditionné à l'eau potable depuis les cellules et la mise en place d'un système de détection incendie relèvent de mesures structurelles ;
- d'autres mesures sont déjà mises en œuvre ou le seront prochainement :
* il existe une jauge visant à limiter le nombre de personnes gardées à vue, formalisée via le logiciel I-gav ;
* il existe des cellules réservées pour les femmes et les mineurs ;
* il existe un dispositif adapté de nettoyage quotidien des locaux, qui vient d'être renforcé ;
* des kits d'hygiène sont déjà mis à disposition des personnes gardées à vue ;
* les caméras des cellules de garde à vue sont coupées depuis le 1er octobre 2024, conformément aux dispositions de l'arrêté du 26 septembre 2024, de sorte que la mesure visant à procéder à l'occultation des locaux de garde à vue jusqu'à la pose de pare-vue est inutile ;
* il en est de même de la mesure visant à l'installation de pare-vue dans chaque cellule, dès lors qu'elles ne sont pas équipées de sanitaire ;
* l'installation d'un système de détection incendie n'est pas utile non plus, dès lors que la fouille préalable des gardés à vue et leur surveillance permet de prévenir le risque qu'un gardé à vue ne déclenche un départ de feu ;
* il n'y a pas lieu d'ordonner que soit réalisé le contrôle réglementaire du système de sécurité incendie, qui est réalisé annuellement ;
* trois horloges vont prochainement être installées, qui seront visibles de chaque cellule ; le store du local d'entretien des avocats sera également prochainement réparé ou remplacé ;
* des travaux d'aménagement de la zone de sûreté de l'hôtel de police ont été demandés dans le cadre du dialogue de gestion 2025, de sorte que la mesure visant à la mise en place d'un local dédié aux examens médicaux et distinct des locaux d'entretien des avocats n'est pas non plus utile ;
* un contrôle de la qualité de l'air est prévu dans le courant du premier semestre 2025 ;
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite, compte tenu des mesures déjà mises en œuvre et de celles programmées ; l'insalubrité alléguée n'est pas établie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 janvier 2025 :
- le rapport de Mme Thielen ;
- les observations de Me Flamant, représentant l'ordre des avocats du barreau de Rennes, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens qu'il développe, et précise notamment que :
* quatre visites des locaux de garde à vue ont été réalisées en 2023 et 2024 et il a été constaté, lors de la dernière visite du 25 novembre 2024, une dégradation significative de l'état des locaux, notamment du système de ventilation, dans un bâtiment qui n'a fait l'objet d'aucun travaux de rénovation significatif depuis sa mise en service ;
* les mesures sollicitées visent à mettre fin au danger que représentent ces locaux, tant pour les gardés à vue que le personnel policier ;
* elles ne sont ni structurelles, ni définitives ;
* il est contraire aux exigences de dignité que les gardés à vue ne puissent bénéficier d'un espace inférieur à 3m² et l'affichage de la jauge maximale par cellule constitue la seule mesure permettant aux intéressés de faire valoir leurs droits ;
* les cellules pour les femmes et les mineurs doivent leur être strictement et en permanence réservées ;
* les problèmes thermiques sont récurrents et aggravés dans leurs conséquences par l'absence d'accès permanent et autonome à l'eau potable, ainsi que par les problèmes de ventilation ;
* les mesures d'hygiène et de prophylaxie ne sont pas suffisantes ; le nettoyage des cellules et la désinfection des matelas ne suffisent pas à garantir contre la prolifération des punaises de lit et de la gale ; aucun surmatelas ni drap n'est fourni ; le circuit des matelas est organisé de telle manière que le sale croise le propre ; il n'y a pas de traçabilité de la désinfection affirmée ; le produit désinfectant utilisé n'est ni fongicide, ni bactéricide ;
* les chasses d'eau dans les cellules de dégrisement ne sont actionnables que de l'extérieur ;
* le kit d'hygiène doit contenir une solution hydroalcoolique ;
* des masques FFP 2 doivent être mis à disposition et pas seulement fournis à la demande ;
* les travaux annoncés (installation d'une horloge, réparation du store) ne sont pas actés ni même certains et aucun ordre de service n'est produit ;
* les cellules doivent être rénovées, les murs et plafonds présentant des traces de moisissures et d'effritement ;
* un système de sonnette doit être installé, pour garantir la sécurité des gardés à vue, notamment la nuit ;
* la vidéosurveillance est légalement possible à condition, notamment, que les cellules soient équipées d'un pare-vue permettant de préserver l'intimité et la dignité des gardés à vue ; le système est peut-être désactivé, mais réactivable ;
* le store de la salle médecin/avocat n'est pas réparé depuis 2023 ;
* le bidon à eau n'est pas une fontaine à eau, mais un jerrycan ne répondant à aucune norme de sécurité et d'hygiène ; aucune information n'est donnée sur la qualité de l'eau, les modalités de remplacement de l'eau, etc. ; aucune exigence de sécurité ne fait obstacle à l'installation de fontaine à eau ou de robinet dans les cellules ;
- les observations de Mme A, commandant de police, et de Mme C, représentant le ministre de l'intérieur, qui persistent dans les conclusions écrites, par les mêmes arguments, et font notamment valoir que :
* il existe vingt-deux places règlementaires de garde à vue au sein du commissariat de Rennes, dont dix au sein d'une cellule collective, une cellule dite individuelle de deux places dédiées aux mineurs ; les gardés à vue se déclarant non genrés peuvent choisir d'être seuls ; les mineurs ne sont jamais gardés à vue avec des majeurs ; il en est de mêmes des femmes, qui ne sont jamais gardées à vue avec des hommes ; les cellules individuelles sont mobilisables en fonction des besoins mais ne sont pas dédiées en tant que telles, de sorte que si plus de deux mineurs ou femmes sont gardés à vue simultanément, ces personnes ne seront jamais mélangées avec des adultes ou des hommes ;
* la vidéosurveillance n'existe que pour les parties communes et couloirs, mais ne permet pas de surveiller l'intérieur des cellules ; les caméras dans les cellules ont été désactivées ; la réactivation éventuelle concernerait nécessairement toutes les cellules et le choix a été fait de cette désactivation ;
* le dépassement de la jauge de vingt-deux places a pu très ponctuellement survenir, lors d'interpellations massives, jusqu'à vingt-cinq personnes gardées à vue simultanément, uniquement et strictement le temps d'organiser le transfert des personnes concernées ; au-delà de vingt-cinq personnes, les gardes à vues ne débutent pas au commissariat mais immédiatement ailleurs ;
* des rondes sont réalisées toutes les quinze à vingt minutes, y compris la nuit ; la surveillance est auditive et physique, par l'ouverture et l'entrée dans les cellules en cas de détection d'un risque ou d'un problème ; l'installation d'un système d'interphone n'est pas envisagée ;
* les extincteurs sont situés à proximité des personnels de police, ainsi que des couvertures anti-feu ; les détecteurs sont situés dans le desk geôle et dans les couloirs ; le système de sécurité incendie est fonctionnel ;
* le chauffage au sol installé à l'origine ne fonctionne pas ; des aérothermes ont été installés en 2018 ; aucun relevé thermique n'a été réalisé, prouvant les problèmes thermiques dénoncés ;
* les horloges doivent être installées dans les couloirs, équipées d'un thermomètre :
* le médecin réalisant les visites obligatoires peut indiquer qu'il est nécessaire de fournir un masque de protection ; ils sont fournis, à la demande ;
* le kit d'hygiène féminine contient des serviettes périodiques ;
* les kits d'hygiène sont proposés, mais jamais imposés ; ils ne sont pas non plus automatiquement fournis ;
* les matelas sont fournis avec une couverture de survie jetable ; les matelas sont désinfectés et nettoyés avant réutilisation ; le marché de nettoyage est un marché UGAP ;
* la salle de fouille doit être transformée en salle dédiée aux examens médicaux ; les travaux sont budgétisés et priorisés pour 2025 mais ils induisent la réfection des peintures ; la salle est aujourd'hui effectivement partagée entre visites médicales et entretien avocats ;
* les gardés à vue se voient distribuer de l'eau à la demande et à volonté ; le stock de gobelets est renouvelé quotidiennement ; l'eau provient d'un bidon à eau réservé ;
- les observations de Me Beigelman, représentant le syndicat des avocats de France, qui persiste dans ses conclusions écrites en intervention, par les mêmes moyens qu'elle développe, et soutient également que :
* l'information sur la jauge maximale est impérative, pour assurer la dignité des personnes qui ne connaissent pas leurs droits ;
* le transfert vers d'autres lieux de garde à vue est possible et peut être programmé, s'agissant des gardes à vue hors flagrance ; les formalités procédurales en cas de flagrance rendent les transferts trop complexes ;
* les travaux demandés de rénovation des locaux ne sont pas structurels ;
* l'installation d'un système de sonnette est impérative, car les agents n'entendent pas nécessairement les appels, lorsqu'ils sont au desk geôles ;
- les explications de Me Glon, bâtonnière du barreau de Rennes ayant réalisé les visites des locaux, qui indique que :
* lors de celle de novembre 2024, elle a constaté la présence de 33 gardés à vue en cellule et quatre restés dans les bureaux du commissariat, qu'il lui avait été signalé que trois ou quatre mineurs avaient pu être gardés à vue dans la même cellule et que des problèmes surviennent rapidement lorsque des personnes mineures, ainsi que de sexe féminin et de sexe masculin sont gardées à vue en même temps, car la jauge est par définition très rapidement atteinte ;
* les transferts de personnes gardées à vue sont compliqués pour les magistrats du parquet et ne sont réalisés qu'une fois réalisées les formalités procédurales, de sorte que la jauge ne peut qu'être dépassée ;
* il a été indiqué que les visites médicales ne sont pas systématiques ;
* les matelas utilisés ne sont pas désinfectés mais il est seulement passé un coup d'éponge dessus.
La clôture de l'instruction a été différée au 17 janvier 2025 à 16 h.
Un mémoire a été présenté pour le ministre de l'intérieur, enregistré le 13 janvier 2025, aux termes duquel il persiste dans ses conclusions et fait valoir que :
- le bidon d'eau a été installé en mars 2024, afin de faciliter le remplissage des verres d'eau pour les détenus ; dès lors qu'il n'apparaît pas possible de justifier de son nettoyage et de la périodicité du renouvellement de l'eau, qui était réalisé tous les deux jours environ, il a été définitivement retiré le 10 janvier 2025 à 16 h 30 et, dans l'attente du financement et de l'installation d'une fontaine à eau et de la mise en place d'un contrat de maintenance, les gobelets d'eau sont remplis directement au robinet du lavabo des sanitaires ;
- le store du local des avocats a été réparé, le 6 janvier 2025, ainsi que cela ressort des photographies jointes ;
- les matelas sont nettoyés et désinfectés à l'issue de chaque garde à vue, ou en cours de garde à vue en tant que de besoin, avec le désinfectant de surfaces utilisable en milieu alimentaire " Zep Venture " ; à la date du 9 janvier 2025, 27 matelas étaient en service, 10 propres et 17 sales, avant intervention du personnel de ménage ; 6 matelas neufs sont disponibles et prêts à l'emploi ;
- un relevé de températures a été réalisé contradictoirement, le 13 janvier 2025 à 11 heures, dans l'ensemble de la zone de garde à vue, y compris dans chaque cellule ; ces relevés ont porté sur la température générale, ainsi que celle des quatre murs de chaque cellule et des sols ;
- des masques et du gel hydroalcoolique sont mis à disposition des gardés à vue, au bureau d'accueil des locaux de garde à vue ;
- des couvertures sont mises à disposition, en matière polaire, de taille adulte, et à usage unique ;
- l'extraction des données de gardes à vue des mois de mars 2023 et décembre 2024 est produite, comme demandée lors de l'audience publique.
Un mémoire a été produit pour l'ordre des avocats du barreau de Rennes, enregistré le 15 janvier 2025, aux termes duquel il persiste dans ses conclusions, demande également qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur, au titre des mesures d'hygiène, de mettre en place un registre permettant le suivi de l'affectation des matelas et de leur désinfection et de mettre à disposition des gardés à vue un masque FFP 2 toutes les quatre heures, et soutient que :
- les observations complémentaires du ministre de l'intérieur confirment que l'accès illimité et inconditionnel à l'eau potable n'est pas garanti ; la suppression du jerrycan répond à une exigence de salubrité, mais son remplacement par une fontaine à eau ne permet pas de garantir un accès autonome à l'eau ; l'absence de système d'appel des policiers renforce cette dépendance des gardés à vue ;
- il n'existe pas de registre de suivi des procédures de nettoyage et de désinfection des matelas ; le produit utilisé présente un spectre de désinfection qui ne neutralise pas nécessairement la gale ; il n'existe pas davantage de registre de suivi de l'affectation des matelas, alors même qu'une traçabilité est essentielle en cas de maladie infectieuse ; est nécessaire la distribution de surmatelas ;
- la demande portant sur la réparation du store est devenue sans objet ;
- si des couvertures classiques existent, ainsi que le ministre de l'intérieur le fait valoir, il ne s'agit pas de celles dont la distribution a été constatée lors de la visite de novembre 2024, puisque seules des couvertures de survie étaient distribuées aux gardés à vue ; leur nettoyage et leur désinfection ne sont pas garantis ;
- les masques et le gel hydroalcoolique ne sont pas mis à disposition autonome des gardés à vue ; ceux-ci ne peuvent facilement les demander dès lors qu'ils ne disposent pas d'un système d'appel ; il sera enjoint d'intégrer 12 masques par kit d'hygiène, permettant de couvrir les 48 premières heures de garde à vue et d'en proposer toutes les quatre heures ;
- les relevés de températures réalisés confirment les problèmes thermiques ; les températures moyennes des murs intérieurs est de 17,7 degrés, celles des murs extérieurs est de 15,5 degrés et celles ressenties au sol de 16,2 degrés ; les températures relevées sont différentes dans la cellule n° 8, ainsi que dans les cellules " ivresse publique et manifeste " (IPM) ; ces différences confirment que le chauffage est dysfonctionnel et non régulé, alors même que les personnes gardées à vue ne disposent pas de tous leurs vêtements ni de leurs chaussures ; la couverture mise à disposition ne saurait suffire ;
- l'extraction des données confirme que les 22 places réglementaires sont régulièrement dépassées ; les cellules dites IPM sont fréquemment utilisées ; les personnes placées en rétention doivent être considérées comme se trouvant dans une cellule isolée ;
- il est constant que la cellule collective ne permet pas d'accueillir 10 matelas ; il ne peut qu'être conclu que des personnes gardés à vue ne peuvent pas nécessairement dormir ; il ne peut qu'être enjoint au ministre de l'intérieur d'afficher la jauge maximale, de manière à ce que les personnes concernées la connaissent.
Un mémoire a été présenté pour le ministre de l'intérieur, enregistré le 16 janvier 2025, aux termes duquel il persiste dans ses conclusions et fait valoir que :
- l'eau est distribuée à la demande et sans restriction ; un accès inconditionnel et illimité est ainsi garanti et la mise en place d'un système de sonnette n'aura pas d'incidence ;
- le nettoyage et la désinfection des matelas sont assurés quotidiennement ; les matelas propres et usagés sont nettement séparés ; le produit utilisé est bactéricide, fongicide et virucide, conformément aux normes en vigueur ; la mise en place d'un registre de suivi du processus de nettoyage n'est pas nécessaire ;
- les couvertures polaires à usage unique sont distribuées à la demande, en plus du kit d'hygiène qui comprend une couverture de survie ;
- les masques sont mis à disposition et les règles sanitaires n'imposent pas de fournir des masques FFP 2 aux personnes gardées à vue ; le kit d'hygiène est systématiquement proposé et il n'y a pas lieu d'y intégrer douze masques ;
- le thermomètre infrarouge utilisé est muni d'une sonde et ne mesure pas la température ambiante mais celle des matériaux les plus froids ; les moyennes avancées ne sont pas établies et la méthode d'estimation pas davantage justifiée ; les mesures ont été réalisées un jour où la température extérieure était de -4 degrés ;
- la jauge maximale des locaux est de 27, compte tenu des cellules dites IPM, et a toujours été respectée ; le transfert vers d'autres commissariats est régulièrement réalisé ;
- les travaux de transformation du local fouilles en local avocat, permettant de disposer d'un local médecin et d'un local avocat, de remise en état des résines et de reprise des portes s'élèvent à 150 000 euros ; les procédures de prise en charge des personnes gardées à vue sont respectueuses de leurs droits et de leur dignité ; des propositions bâtimentaires existent mais doivent être budgétisées, outre des contraintes techniques de réalisation.
Deux notes en délibéré ont été présentées pour l'ordre des avocats du barreau de Rennes, enregistrées les 16 et 18 février 2025.
Considérant ce qui suit :
1. Faisant usage du droit qu'ils tiennent de l'article 719 du code de procédure pénale, la bâtonnière de l'Ordre des avocats du barreau de Rennes et M. B, député de la huitième circonscription d'Ille-et-Vilaine, ont visité les locaux de garde à vue du commissariat central de Rennes le 25 novembre 2024. Sur la base des constats opérés, l'ordre des avocats au barreau de Rennes demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre diverses mesures propres à garantir le respect de la dignité des personnes gardées à vue dans ces locaux privatifs de libertés, ainsi que le respect des droits de la défense.
Sur l'intervention du syndicat des avocats de France :
2. Le syndicat des avocats de France a présenté un mémoire en intervention au soutien de la requête de l'ordre des avocats du barreau de Rennes. Il a par ailleurs, eu égard à son objet social et statutaire, intérêt à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requête. Par suite, son intervention, régulièrement présentée, est recevable et doit être admise.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
4. Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'agissant de la condition d'urgence, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Si le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3, ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave, la circonstance qu'une décision administrative refusant la mesure demandée au juge des référés intervienne postérieurement à sa saisine ne saurait faire obstacle à ce qu'il fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-3.
En ce qui concerne la recevabilité de la requête :
5. L'ordre des avocats du barreau de Rennes justifie d'un intérêt à défendre la situation particulière des personnes gardées à vue, notamment leurs conditions matérielles d'accueil dans les locaux privatifs de liberté du commissariat central de Rennes.
6. La circonstance que certaines des mesures sollicitées présenteraient éventuellement un caractère structurel et non provisoire, qu'elles seraient inutiles ou ne pourraient pas être réalisées, si elle est de nature à faire obstacle à leur prononcé par le juge des référés, reste en revanche sans incidence sur la recevabilité de la présente requête. La fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur, tirée de ce que les mesures demandées ne relèveraient pas de l'office du juge des référés ou seraient inutiles doit, par suite, être écartée.
En ce qui concerne l'office du juge des référés :
7. Eu égard à la situation particulière des personnes gardées à vue et notamment à leur situation d'entière dépendance, pendant toute la durée de leur garde à vue, vis-à-vis de l'administration, il appartient à celle-ci de prendre les mesures propres à éviter tout traitement inhumain ou dégradant afin de garantir le respect effectif des exigences découlant des principes rappelés, notamment, par les articles 3 et 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. S'il n'appartient pas au juge des référés, saisi dans le cadre de la procédure prévue à l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner des mesures qui ne présenteraient pas un caractère provisoire et conservatoire, notamment celles impliquant un très lourd investissement sur le long terme et une intervention sur le bâti lui-même qui mettent en cause ses éléments structurels, il peut en revanche ordonner des mesures d'urgence qui sont susceptibles d'être réalisées dans de brefs délais.
En ce qui concerne l'utilité des mesures sollicitées :
S'agissant des conditions d'occupation des cellules :
9. L'ordre des avocats du barreau de Rennes demande qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de mettre en place une jauge dans chaque cellule et de tenir un registre consultable permettant de veiller à son respect de cette jauge ou a minima de l'afficher dans la cellule, de réserver en permanence une cellule pour les femmes et une autre pour les mineurs, et de prendre les mesures afin de s'assurer que les personnes gardées à vue puissent disposer d'un matelas pour dormir.
10. Il résulte à cet égard de l'instruction, tant des écritures, des observations orales des parties lors de l'audience publique que des pièces produites, notamment de l'extraction des données du logiciel I-gav, en particulier pour les mois de mars 2023 et décembre 2024, que s'il peut arriver que plus de 22 personnes soient placées simultanément en garde à vue, le commissariat central de Rennes dispose également de 5 cellules dites IMP, de dégrisement, qui peuvent être mobilisées en cas d'interpellations massives. Il résulte également des explications fournies lors de l'audience que les cellules individuelles de 2 places permettant la garde à vue de personnes mineures, de sexe féminin ou non genrées ne sont pas spécifiquement dédiées, de sorte que l'attribution des cellules peut être modulée en fonction des besoins et, notamment, que ces personnes ne sont jamais placées en garde à vue avec des personnes majeures de sexe masculin, aucun élément du dossier ne permettant de contredire cette indication. Il résulte également de ces explications que le personnel de police est formé à organiser le transfert des personnes gardées à vue vers d'autres lieux privatifs de liberté, en cas de dépassement du nombre maximal de personnes susceptible d'être accueilli sur un temps significatif. À cet égard, la seule circonstance qu'une personne gardée à vue ne bénéficie pas d'un espace d'au moins 3 m2 n'est pas, en soi, dans le cadre d'une garde à vue, constitutif d'un traitement inhumain ou dégradant au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Dans ces circonstances, la mesure tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur d'afficher la jauge maximale de chaque cellule n'apparaît pas utile, pas davantage que ne l'est celle tendant à ce que lui soit enjoint de prendre toutes dispositions pour que les personnes mineures, de sexe féminin et non genrées ne puissent être placées en garde à vue avec des personnes majeures de sexe masculin, cette obligation n'apparaissant pas méconnue.
12. En revanche, il résulte de l'instruction que les cellules de garde à vue, notamment la cellule collective de 10 places, ne permet pas, compte tenu de sa configuration et de son aménagement, en cas d'occupation importante, que l'ensemble des personnes gardées à vue puissent bénéficier d'un espace suffisant pour qu'y soit disposé un matelas, permettant le repos ou le sommeil.
13. Dans ces circonstances et eu égard à l'atteinte à la dignité des conditions de garde à vue que génèrent tant la privation de sommeil que l'impossibilité de s'allonger totalement au-delà de douze heures, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre toutes mesures pour assurer la mise à disposition de matelas pour tous les gardés à vue ainsi que d'organiser le placement dans les cellules, notamment la cellule collective, dans des conditions permettant d'assurer que les personnes dont la garde à vue dépasse douze heures puissent s'allonger totalement, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai.
S'agissant de la rénovation des cellules et des sanitaires :
14. Il résulte de l'instruction que les cellules et les sanitaires accessibles aux personnes gardées à vue du commissariat central de Rennes présentent un état de vétusté avancé voire, pour certaines d'entre elles, d'insalubrité, les murs et plafonds présentant notamment décrépitude et moisissures installées et les locaux n'étant pas équipés d'un système de ventilation adapté. Il résulte également de l'instruction que les sanitaires présentent un état délabré et que la chasse d'eau des WC installés dans certaines cellules ne peut être actionnée que de l'extérieur. Cet état dégradé ainsi que l'absence de possibilité pour une personne d'actionner soi-même la chasse d'eau apparaissent de nature à porter atteinte à la dignité des gardés à vue, sans, s'agissant de ce second point, qu'une exigence de sécurité ne puisse le justifier.
15. Dans ces circonstances et dès lors que les travaux que de telles mesures impliquent ne présentent pas de caractère structurel, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre toutes mesures pour faire réaliser des travaux de réfection des cellules et des sanitaires accessibles aux personnes gardées à vue du commissariat central de Rennes, notamment de réfection des peintures, de traitement des moisissures, d'installation d'un système de ventilation et de renouvellement de l'air adéquat et de modification du système de mise en action de la chasse d'eau des WC installés dans certaines cellules, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai.
S'agissant de l'installation de sonnettes dans les cellules :
16. Il résulte de l'instruction que les occupants des cellules de garde à vue, pour interpeller le personnel de police lorsqu'ils souhaitent accéder aux toilettes extérieures, boire ou pour tout autre motif notamment de sécurité, n'ont d'autre solution que de frapper à la porte de leur cellule et d'attendre qu'un agent de police soit disponible pour répondre à leur demande. Si le ministre de l'intérieur fait valoir en défense que ce système est satisfaisant et, par ailleurs, que la sécurité des gardés à vue est assurée par une surveillance auditive et visuelle, le cas échéant par l'ouverture des portes de cellule, réalisée tous les quarts d'heure y compris la nuit, cette organisation ne paraît pas permettre de répondre aux besoins élémentaires des intéressés dans des conditions respectant leur dignité, pas davantage qu'elle ne paraît permettre aux fonctionnaires de police d'assurer leurs fonctions dans des conditions sereines.
17. Dans ces circonstances, et dès lors que l'installation d'un système d'appel de type sonnette ou voyant lumineux ne présente pas de caractère structurel, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'y procéder dans chacune des cellules de garde à vue du commissariat central de Rennes, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai.
S'agissant de l'installation d'une horloge :
18. L'absence d'horloge visible par les gardés à vue est de nature à générer une désorientation temporelle, notamment lors de gardes à vue pouvant durer jusqu'à 96 heures, caractérisant une atteinte à la dignité humaine. Dans ces circonstances, et dès lors que l'installation d'horloges visibles de chaque cellule du commissariat central de Rennes ne présente pas de caractère structurel, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'y procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai.
S'agissant de l'accès à l'eau :
19. Il résulte des explications du ministre de l'intérieur que les personnes gardées à vue doivent solliciter un agent de police lorsqu'elles souhaitent se désaltérer, l'eau étant donnée dans un gobelet, rempli, à la date de l'audience dans un bidon d'eau de type jerrycan, désinstallé le lendemain compte tenu de l'absence de traçabilité en termes d'hygiène et de salubrité et rempli depuis lors au robinet du lavabo des sanitaires, dans l'attente de l'installation d'une fontaine à eau homologuée et faisant l'objet d'une maintenance régulière.
20. S'il est constant que les occupants des cellules de garde à vue ne disposent pas d'un accès autonome à des réserves d'eau ou à un point d'eau en cellule, il résulte des explications ainsi fournies, qui ne sont pas utilement contestées en demande, que l'eau est distribuée à la demande et de manière illimitée et inconditionnée, dans des récipients appropriés aux exigences de sécurité.
21. Dans ces circonstances et sous la réserve que cette pratique perdure effectivement, la mesure sollicitée sur ce point ne satisfait pas à la condition d'utilité, la mesure telle qu'elle est demandée, tendant à ce que soient réalisés des travaux permettant aux gardés à vue de pouvoir bénéficier d'un accès illimité et inconditionné à l'eau potable depuis leur cellule et qui ne pourrait se matérialiser que par l'installation de lavabos dans les cellules, présentant en tout état de cause un caractère structurel.
S'agissant du système de chauffage :
22. Il est constant que le chauffage au sol installé originellement au sein du commissariat central de Rennes ne fonctionne pas et que des aérothermes ont été installés en 2018. Il ne résulte à cet égard pas de l'instruction, notamment des relevés de températures dans les cellules auxquels il a été contradictoirement procédé le 13 janvier 2025 à 11 h, un jour où les températures extérieures étaient particulièrement froides, de -4°, que les températures relevées confirment l'existence d'un dysfonctionnement du système de chauffage, ni celle de problèmes thermiques d'une gravité telle que cela serait de nature à porter atteinte à la dignité des personnes gardées à vue, nonobstant la circonstance que celles-ci ne puissent pas garder leurs chaussures et l'intégralité de leurs vêtements. Dans ces circonstances, la mesure sollicitée sur ce point ne satisfait pas à la condition d'utilité.
S'agissant des conditions d'hygiène dans les locaux de garde à vue :
23. S'il résulte de l'instruction que le nettoyage des locaux de garde à vue et des sanitaires est réalisé dans le cadre d'un marché de prestations comportant, selon les documents transmis, un nombre d'interventions permettant d'assurer un entretien correct des locaux en cause, dans des conditions garantissant un état d'hygiène et de salubrité adéquat, il ne résulte pas de cette même instruction ni des pièces produites que serait tenu un registre des interventions et prestations réalisées, permettant d'en contrôler la bonne réalisation effective, selon la fréquence annoncée. Dans ces circonstances, eu égard aux conditions d'occupation des locaux en cause, susceptibles de générer rapidement un état de saleté significatif et dangereux pour la santé, tant des occupants que du personnel de police, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre toutes mesures pour assurer la mise en place et la bonne tenue d'un registre de ces prestations d'entretien et de nettoyage, suffisamment détaillé pour que puisse être contrôlé le maintien des locaux dans l'état de propreté requis, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai.
24. S'il résulte par ailleurs de l'instruction, d'une part, que le commissariat central de Rennes dispose d'un nombre de matelas en nombre suffisant pour assurer leur attribution aux personnes gardées à vue et si, d'autre part, le produit utilisé pour assurer leur désinfection après chaque utilisation est conforme aux exigences d'hygiène et présente des caractéristiques fongicides, vitucides et bactéricides, il en résulte également qu'il n'existe pas de registre permettant la traçabilité de ces mesures de désinfection et que le circuit de remise en service des matelas après désinfection ne permet pas d'assurer la séparation claire et étanche des matelas propres et usagés. Il est également constant que n'est pas distribué de surmatelas ou tout autre dispositif à usage unique, permettant de limiter la circulation de certains virus, bactéries ou nuisibles, notamment la gale ou les punaises de lit. Il en résulte également qu'il n'existe pas de processus adapté de désinfection spécifique des locaux, notamment en présence de cas de gale ou de punaises de lit. Il résulte par ailleurs de l'instruction que si des couvertures en polaire, des kits d'hygiène, comprenant notamment une couverture de survie ainsi que des protections périodiques pour les femmes, des masques et du gel hydroalcoolique sont distribués aux personnes gardés à vue, ils ne le sont qu'à la demande, sans qu'il ne soit établi par les éléments du dossier qu'ils sont systématiquement proposés à l'arrivée en cellule ni, s'agissant des masques, qu'ils soient renouvelés selon une périodicité suffisante pour garantir leur efficacité. À cet égard notamment, le ministre de l'intérieur ne corrobore ses affirmations d'aucune donnée chiffrée, permettant de connaître le nombre de dispositifs distribués comparé au nombre de personnes gardées à vue quotidiennement, hebdomadairement ou mensuellement. Cet état de fait est de nature à porter atteinte au respect de la dignité des personnes gardées à vue et ne permet pas de garantir que les gardes à vue se déroulent dans des conditions matérielles conformes aux exigences de l'état de droit.
25. Dans ces circonstances et dès lors que les mesures de nature à remédier à cette situation ne sont pas structurelles, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de pendre toutes mesures de nature à garantir la traçabilité des opérations de désinfection des matelas fournis, ainsi qu'à assurer, par la mise en place d'un circuit de traitement adapté, que les matelas sales et propres ne se croisent pas et que les matelas propres soient stockés dans des conditions permettant le maintien de cette propreté. Il y a également lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre les dispositions utiles pour garantir que soient systématiquement proposés à chacune des personnes gardées à vue au sein du commissariat central de Rennes un surmatelas ou tout dispositif à usage unique de protection du matelas, une couverture à usage unique, des kits d'hygiène complets comprenant également un masque de protection, qui ne doit pas nécessairement être un masque FFP 2, et un petit flacon de gel hydroalcoolique, et pour que soit assurée la mise à disposition à la demande, après information adéquate, de masques en tant que de besoin. Il y a lieu d'ordonner que ces mesures soient prises dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai.
26. Dès lors que les couvertures fournies sont à usage unique, il n'y a en revanche pas lieu d'ordonner que des mesures soient prises pour assurer la traçabilité de leur nettoyage et désinfection.
S'agissant du local " entretien avec avocats " - " visite médicale " :
27. Il résulte de l'instruction qu'un seul local est actuellement disponible pour réaliser les visites médicales et les entretiens avec les avocats. Une mesure contraignant à la réalisation de travaux pour permettre l'existence de deux salles différentes, affectées à chacune des deux finalités en cause et dotées des équipements nécessaires, présente un caractère structurel et ne relève par suite pas de celles susceptibles d'être ordonnées par le juge des référés.
28. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le store de ce local a été réparé, le 6 janvier 2025, de sorte que la demande tendant à ce qu'une telle réparation soit ordonnée a perdu son objet.
S'agissant des pare-vues :
29. Si les dispositions de l'article L. 256-3 du code de la sécurité intérieure, réglementant la vidéo-surveillance dans les lieux privatifs de liberté, oblige à l'installation d'un pare-vue, fixé dans la cellule de garde à vue, garantissant l'intimité de la personne tout en permettant la restitution d'images opacifiées, il résulte de l'instruction que le système de vidéo-surveillance est désactivé dans les cellules du commissariat central de Rennes, de sorte que la mesure tendant à ce que soit ordonnée l'installation d'un pare-vue dans les cellules ne présente, à la date de la présente ordonnance, ni caractère d'urgence, ni utilité. Il en est de même de celle tendant à ce qu'il soit enjoint à l'occultation des caméras placées dans les cellules.
30. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que la configuration des sanitaires ne permette pas de garantir l'intimité des personnes gardées à vue. La mesure tendant à ce qu'il soit enjoint à l'installation de pare-vues dans les sanitaires ne satisfait par suite pas à la condition d'utilité.
S'agissant du système de détection incendie :
31. Il résulte de l'instruction que le bureau Veritas a réalisé un contrôle des moyens de secours concourant à la sécurité incendie les 3 et 4 octobre 2024 et aucun élément du dossier ne révèlerait que la vérification périodique obligatoire ne serait pas réalisée aux échéances que la réglementation impose, ni que les dispositifs de lutte contre l'incendie, notamment les extincteurs, ne seraient pas en nombre suffisant, disposés aux endroits adéquats et en état de fonctionnement. Dans ces circonstances, les demandes présentées sur ce point, tendant à ce que soient ordonné un contrôle total du système de détection incendie (notamment vérification des dispositifs de détection, révision des extincteurs, vérification du fonctionnement des systèmes d'évacuation des fumées, vérification du bon fonctionnement du système de déverrouillage des portes des cellules en cas d'incendie, contrôle de leur conformité aux normes coupe-feu / pare-fumée 2 heures), disposés des extincteurs dans des conditions adaptées aux risques et en nombre conforme à la réglementation, ainsi que formé le personnel aux manœuvres incendies, ne satisfait pas aux conditions d'urgence et d'utilité.
32. Il résulte en revanche de l'instruction que les cellules ne sont pas équipées d'un système de détection incendie et que la seule fouille des personnes gardées à vue ne peut apparaître suffisante pour garantir contre tout risque sur ce point. Eu égard aux risques que cette situation présente pour les intéressées et le personnel de police, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre toutes dispositions pour que les cellules de garde à vue du commissariat central de Rennes soient équipées d'un dispositif adéquat de détection incendie, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai.
En ce qui concerne les autres conditions posées par l'article L. 521-3 :
33. Eu égard à la situation de dépendance totale des personnes gardées à vue vis-à-vis de l'administration et à l'atteinte portée à leur dignité ou à la conformité des conditions de privation de libertés aux exigences de l'état de droit, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme satisfaite.
34. Les mesures ordonnées aux points 13, 15, 17, 18, 23, 25 et 32 apparaissent de nature à faire cesser les atteintes ainsi constatées et ne font par ailleurs obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, pas davantage qu'elles ne se heurtent à une contestation sérieuse.
Sur les frais liés au litige :
35. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que l'ordre des avocats du barreau de Rennes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'intervention du syndicat des avocats de France est admise.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur :
- de prendre toutes mesures pour assurer la mise à disposition de matelas pour tous les gardés à vue du commissariat central de Rennes ainsi que d'organiser le placement dans les cellules, notamment la cellule collective, dans des conditions permettant d'assurer que les personnes dont la garde à vue dépasse douze heures puissent s'allonger totalement, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai ;
- de prendre toutes mesures pour faire réaliser des travaux de réfection des cellules et des sanitaires accessibles aux personnes gardées à vue du commissariat central de Rennes, notamment de réfection des peintures, de traitement des moisissures, d'installation d'un système de ventilation et de renouvellement de l'air adéquat, ainsi que de modification du système de mise en action de la chasse d'eau des WC installés dans certaines cellules, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai ;
- de procéder à l'installation d'un système d'appel de type sonnette ou voyant lumineux dans chacune des cellules de garde à vue du commissariat central de Rennes, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai ;
- de procéder à l'installation d'horloges visibles de chaque cellule du commissariat central de Rennes, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai ;
- de prendre toutes mesures pour assurer la mise en place et la bonne tenue d'un registre des prestations d'entretien et de nettoyage, suffisamment détaillé pour que puisse être contrôlé le maintien des locaux de garde à vue du commissariat central de Rennes dans l'état de propreté requis, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai ;
- de prendre les dispositions utiles pour garantir que soient systématiquement proposés à chacune des personnes gardées à vue au sein du commissariat central de Rennes un surmatelas ou tout dispositif à usage unique de protection du matelas, une couverture à usage unique, des kits d'hygiène complets comprenant également un masque de protection, qui ne doit pas nécessairement être un masque FFP 2, et un petit flacon de gel hydroalcoolique, et pour que soit assurée la mise à disposition à la demande, après information adéquate, de masques en tant que de besoin, ces mesures devant être prises dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai ;
- de prendre toutes dispositions pour que les cellules de garde-à-vue du commissariat central de Rennes soient équipées d'un dispositif adéquat de détection incendie, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'issue de ce délai.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à l'ordre des avocats du barreau de Rennes, au ministre de l'intérieur et au syndicat des avocats de France.
Fait à Rennes, le 11 avril 2025.
Le juge des référés,
signé
O. Thielen
La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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