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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2500761

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2500761

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2500761
TypeDécision
FormationEloignement urgent
Avocat requérantJEANMOUGIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2025, M. B A, représenté par Me Jeanmougin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 23 janvier 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Rennes lui a notifié la fin de sa prise en charge dans un lieu d'hébergement pour demandeur d'asile ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de le réintégrer dans un lieu d'hébergement ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros hors taxes au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, le versement à son profit de la même somme sur le fondement du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait consulté le directeur du lieu d'hébergement préalablement à l'intervention de la décision attaquée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il se trouve dans une situation de vulnérabilité faisant obstacle à sa sortie du lieu d'hébergement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2025, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours prévus par les dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme René,

- et les observations de Me Jeanmougin, représentant M. A, qui maintient les conclusions de la requête et en reprend les moyens qu'il développe.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais, est entré en France selon ses déclarations le 29 mai 2021. Il a présenté une demande d'asile au guichet unique pour demandeurs d'asile le 3 décembre 2024 et a obtenu, le même jour, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il a bénéficié à ce titre d'un hébergement pour demandeurs d'asile géré par l'association Coallia à Rennes. Par courrier du 23 janvier 2025, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Rennes lui a notifié la fin de sa prise en charge dans ce lieu d'hébergement pour demandeur d'asile.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur la fin de non-recevoir :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 555-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions qui refusent, totalement ou partiellement, au demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qui y mettent fin, totalement ou partiellement, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. " Selon cet article : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. () ".

4. D'autre part, en vertu de l'article R. 421-5 du code de justice administrative, le délai de recours contentieux contre une décision administrative n'est opposable qu'à la condition d'avoir été mentionné, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision contestée.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse du 23 janvier 2025, qui comprend la mention des voies et délais de recours, a été notifiée à M. A le 29 janvier 2025 par lettre recommandée avec accusé de réception. Ainsi, la présente requête, enregistrée le 3 février 2025, a été déposée dans le délai de recours contentieux de sept jours prévu par les dispositions citées au point 3. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête opposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit, dès lors, être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 552-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les personnes morales chargées de la gestion des lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 sont tenues de déclarer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le cadre du traitement automatisé de données, les places disponibles dans les lieux d'hébergement. Ces personnes morales sont tenues d'alerter l'autorité administrative compétente en cas d'absence injustifiée et prolongée des personnes qui y ont été orientées pour la durée de la procédure et en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ". Aux termes de l'article R. 552-6 de ce code : " Le gestionnaire du lieu d'hébergement signale, dans les meilleurs délais, toute absence injustifiée et prolongée, tout comportement violent et tout manquement grave au règlement du lieu d'hébergement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au préfet du département dans lequel se situe ce lieu d'hébergement ".

7. En outre, aux termes de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur () Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Enfin, aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".

8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

9. La décision en litige du 23 janvier 2025 mettant immédiatement fin au bénéfice d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile est fondée sur le motif tiré de ce que M. A a eu un comportement inadapté à l'encontre d'une autre résidente de l'établissement, caractérisé par des faits de chantage, de vol et de violence sur personne.

10. Il est constant que M. A n'a pas été mis à même de présenter des observations avant l'édiction de la décision attaquée qui met fin immédiatement au bénéfice d'un lieu d'hébergement. Si l'Office français de l'immigration et de l'intégration se prévaut de l'urgence à l'éloigner compte tenu des violences qui lui sont imputées, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment de la plainte pénale déposée par la résidente le 15 janvier 2025, soit huit jours avant la décision attaquée, que les faits reprochés au requérant sont des faits de vol d'une carte d'identité et de violences commis le 10 janvier 2025 faisant suite à des faits de chantage qui auraient commencé le 21 décembre 2024. De plus, il ressort de la même plainte que la personne qui a déposé cette plainte a changé de structure d'hébergement dès le 13 janvier 2025. Dans ces conditions, il n'est pas justifié d'une situation d'urgence de nature à dispenser l'Office français de l'immigration et de l'intégration de l'accomplissement des formalités prévues par les dispositions précitées. Par ailleurs, la lettre du 7 janvier 2025, dont la notification au requérant n'est d'ailleurs pas établie, par laquelle la cheffe de service de la structure d'hébergement a adressé un avertissement à M. A en raison de son comportement inadapté auprès d'une autre personne hébergée dans ce lieu ne saurait être regardée comme ayant mis à même le requérant à présenter ses observations sur des faits au demeurant en partie postérieurs à cette lettre. Dans ces conditions, le requérant, qui a été privé d'une garantie, est fondé à soutenir que cette décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en l'absence de mise en œuvre d'une procédure préalable contradictoire.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 23 janvier 2025 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Eu égard au motif d'annulation de la décision obligeant M. A à quitter le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, le présent jugement implique seulement que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration réexamine la situation de M. A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que Me Jeanmougin, avocat de M. A, renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 000 euros à verser à Me Jeanmougin.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 23 janvier 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Rennes a notifié à M. A la fin de sa prise en charge dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Rennes de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Jeanmougin, avocat de M. A, la somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.

La magistrate désignée,

signé

C. RenéLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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