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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2501203

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2501203

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2501203
TypeDécision
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGOURLAOUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2025, M. B A, représenté par Me Gourlaouen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 février 2025 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice de des conditions matérielles d'accueil à compter du 19 février 2025, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut d'enjoindre à l'Office de l'immigration et de l'intégration de réexaminer sa situation ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'État, pris en la personne de l'OFII, le versement à Me Gourlaouen d'une somme de 1 500 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence de la signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation dès lors qu'il présente une vulnérabilité certaine en raison de son état de santé ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit, méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit, en raison de l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité ;

- la décision attaquée méconnaît le droit européen dès lors que si l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une demande de réexamen peut justifier le refus des conditions matérielles d'accueil, l'article 20 de la directive 2013/33/UE du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 prévoit uniquement qu'une demande de réexamen peut uniquement justifier la limitation des conditions matérielles d'accueil et non leur refus ;

- la décision attaquée ne respecte pas le principe de proportionnalité en lui refusant de façon automatique les conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2025, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/ UE du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 555-1, L. 922-1 à L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Albouy,

- les observations de Me Gourlaouen, représentant M. A, absent.

La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, né en 2000, est entré en France, le 8 avril 2022, Il a déposé alors une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). M. A s'est maintenu sur le territoire français et a déposé, le 19 février 2025, une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par une décision du même jour, qui constitue la décision attaquée, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé les conditions matérielles d'accueil prévues aux articles L. 551-8 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

2. M. A justifiant du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu, en raison de l'urgence, de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision attaquée :

3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () / 3° Il présente un demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".

4. Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature. ".

En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :

5. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme D C, directrice territoriale de l'OFII qui a reçu délégation à l'effet de signer tous les actes et décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction de Rennes en vertu d'une décision du 15 janvier 2019 régulièrement publiée. Par ailleurs, il ressort de l'article 8 d'une décision du 31 décembre 2023 du directeur général de l'OFII portant organisation générale de l'OFII, accessible sur le site internet de l'OFII, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constituent le fondement légal et indique qu'après examen des besoins de M. A et de sa situation personnelle et familiale, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est totalement refusé au motif qu'il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile. Cette décision mentionne dès lors les motifs de fait et de droit au vu desquels elle a été prise par la directrice territoriale de l'OFII et le moyen tiré du caractère insuffisant de sa motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :

7. En premier lieu, M. A, qui n'avait pas fait état de problèmes de santé lors du dépôt de sa première demande d'asile, fait valoir qu'il souffre depuis le début de l'année 2025 d'une grande détresse psychique caractérisée notamment par des angoisses et des troubles du sommeil, laquelle a justifié la mise en place d'un suivi infirmier spécialisé et la prescription d'un médicament de la classe des anxiolytiques. À l'occasion de l'entretien qui a eu pour objet d'évaluer sa vulnérabilité il lui a été remis un certificat vierge afin de pouvoir solliciter un avis du médecin coordonnateur de zone et éventuellement un réexamen de sa situation. Le directeur général de l'OFII soutient sans être contredit, que M. A n'a pas, pour le moment, usé de cette possibilité. Il n'est ni établi ni même allégué que la décision attaquée ferait obstacle à la poursuite de sa prise en charge médicale. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il présente un degré de vulnérabilité tel qu'en lui refusant les conditions matérielles d'accueil la directrice territoriale de l'OFII aurait commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'existence d'une erreur de droit et de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation du degré de vulnérabilité de M. A doivent être écartés.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale (refonte) : " Limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : () c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ". Le cas de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévu par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 3, correspond à l'une des hypothèses fixées à l'article 20 de la directive 2013/33/UE dans lesquelles les États membres peuvent " limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ". Par suite, le moyen tiré de ce que ces dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile seraient incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, laquelle contrairement à ce que soutient M. A n'a pas été prise automatiquement en raison de la nature de la demande qu'il a présentée, mais après un examen complet de sa situation au vu des éléments qu'il avait produits, ne méconnaît pas le principe de proportionnalité.

Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions présentées aux fins d'injonction.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées sur leur fondement par M. A.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.

Le magistrat désigné,

signé

E. AlbouyLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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