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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2501798

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2501798

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2501798
TypeOrdonnance
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme B. Celle-ci demandait une injonction pour obtenir un rendez-vous en préfecture afin de renouveler son titre de séjour, en raison de difficultés d'accès au téléservice ANEF. Le juge constate que la requérante n'a pas démontré avoir accompli les diligences nécessaires, notamment en sollicitant l'accompagnement prévu par l'arrêté du 1er août 2023, pour bénéficier d'une solution de substitution. En conséquence, la demande est rejetée comme manifestement mal fondée, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mars 2025, Mme A B, représentée par Me Roilette, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de la convoquer en préfecture dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, afin de lui délivrer un titre de séjour ou un récépissé le temps de l'instruction de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle est titulaire d'un titre de séjour pluriannuel délivré le 12 octobre 2020, arrivé à échéance le 11 octobre 2024 ; elle est mère de trois enfants, dont deux de nationalité française et enceinte de son quatrième enfant, devant naître le 26 août 2025 ; elle ne peut se connecter à son compte ANEF, ayant perdu son mot de passe, de sorte qu'elle a transmis sa demande de renouvellement de son titre de séjour par voie postale ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite dès lors qu'elle ne peut prouver la régularité de sa présence en France, ne peut plus y travailler ni percevoir d'allocations sociales, ni, par suite, subvenir aux besoins de son foyer ; elle a à sa charge exclusive ses enfants ; elle a cumulé une dette locative très importante et risque de perdre son logement ;

- la mesure sollicitée est utile ; la carence de la préfecture à statuer sur sa demande de renouvellement de son titre de séjour porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 22 juin 2023 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;

- l'arrêté du 1er août 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant les modalités d'accueil et d'accompagnement et les conditions de recours à la solution de substitution des usagers du téléservice " ANEF " ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. Aux termes de son article L. 522-1 : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. D'une part, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. / En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. Le ministre chargé de l'immigration fixe par arrêté les modalités de l'accueil et de l'accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa ".

4. D'autre part, l'arrêté du 1er août 2023 susvisé prescrit que les ressortissants étrangers présents en France, lorsqu'ils rencontrent des difficultés dans le cadre d'un dépôt en ligne de leur demande de titre de séjour devant être effectuée au moyen du téléservice mentionné par l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, bénéficient d'un accompagnement par assistance téléphonique et formulaire de contact mise en œuvre par un " centre de contact citoyens ", qui assure un rôle d'assistance dans le dépôt de la demande, d'identification des anomalies qui lui sont signalées et de relais vers l'administration compétente. Lorsque la saisine du " centre de contact citoyens " n'a pas permis d'effectuer le dépôt de cette demande, cet accompagnement est assuré par un accueil physique accessible sur rendez-vous au sein d'un point d'accueil numérique dans les préfectures et sous-préfectures du département de résidence disposant d'un service d'accueil des étrangers. Lorsqu'est constatée, à l'issue de ces démarches, l'impossibilité technique de déposer la demande de titre de séjour via ce téléservice, le préfet territorialement compétent invite l'étranger à bénéficier d'une solution de substitution consistant à déposer son dossier lors d'un rendez-vous physique et individuel, par voie postale ou par courriel.

5. Si Mme B, titulaire d'un titre de séjour pluriannuel délivré dans le cadre d'un regroupement familial et valable jusqu'au 11 octobre 2024, dont la demande de renouvellement doit être déposée au moyen du téléservice dédié ANEF depuis le 26 juin 2023, expose qu'elle est dans l'impossibilité de déposer son dossier de demande sur la plateforme dédiée, elle ne donne aucune précision circonstanciée sur les motifs de dysfonctionnement de son compte ANEF, se bornant à affirmer qu'elle aurait perdu son identifiant/mot de passe, et elle ne justifie pas ni de l'infructuosité de ses tentatives de connexion, ni des démarches entreprises pour réinitialiser son compte ni de vaines démarches pour contacter le " centre contact citoyen ". Si Mme B expose par ailleurs avoir transmis sa demande de renouvellement de titre de séjour par courrier postale le 10 octobre 2024, elle n'en justifie pas, se bornant à transmettre un accusé de réception du 27 février 2025, ne permettant en tout état de cause pas d'identifier le contenu du courrier ainsi envoyé.

6. Dans ces circonstances et en l'état des pièces du dossier, Mme B n'établit pas avoir accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu, ni se trouver dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. Dès lors qu'elle ne justifie ainsi pas avoir déposé régulièrement et selon les modalités appropriées sa demande de renouvellement de son titre de séjour, la mesure sollicitée par Mme B, tendant à ce que le préfet du Morbihan la convoque en préfecture afin de lui délivrer son titre de séjour ou, à tout le moins, réexamine sa demande et lui délivre un récépissé de demande de titre de séjour, ne satisfait pas à la condition d'utilité exigée par l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B au titre de ces dispositions doivent être rejetées, en application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Il en est de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées au titre des frais d'instance.

8. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement () ".

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la requête de Mme B, présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, est manifestement infondée. Dès lors, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée en toutes ses conclusions, en ce inclues celles présentées au titre de son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Fait à Rennes, le 1er avril 2025.

Le juge des référés,

signé

O. Thielen

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