jeudi 10 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2501895 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Avocat requérant | MONTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 mars 2025 et 7 avril 2025, M. C A, représenté par Me Monti, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté n° 002145 du 24 octobre 2024 de la directrice du centre expert pour les ressources humaines du personnel civil du ministère des Armées portant sanction disciplinaire et radiation des cadres ;
2°) d'enjoindre au ministre des armées de le réintégrer dans ses fonctions dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- la décision de radiation des cadres de l'armée l'a contraint à vendre sa maison, dès lors qu'il ne pouvait plus honorer le remboursement de son prêt immobilier et la pension alimentaire à verser pour ses trois enfants ;
- il doit se contenter de l'allocation de retour à l'emploi versée par France Travail d'un montant de 1 845,74 euros, alors que son salaire antérieur était de 2 948 euros et que le montant total des charges qu'il assume s'élève à 1 486 euros ;
Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- il n'est pas établi que la décision de radiation en litige a été signée par une autorité régulièrement habilitée à cet effet ;
- la convocation devant le conseil de discipline qui lui a été adressée mentionne que la sanction envisagée à son encontre relève du deuxième groupe alors que la sanction qui a été prononcée relève du quatrième groupe ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que les absences qui lui sont reprochées étaient dûment justifiées par des arrêts de travail ou des messages adressés à sa hiérarchie ;
- son employeur a profité de ses arrêts pour soins thérapeutiques, décidés par son médecin traitant et non par le médecin du travail, pour le licencier ;
- l'accident de la circulation qui lui est reproché n'aurait pas dû être porté à la connaissance de son employeur ;
- il justifie de vingt-trois ans de service auprès du ministère des Armées, sans avoir jamais rencontré préalablement de telles difficultés avec son employeur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2025, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, faute de justification de l'enregistrement d'une requête à fin d'annulation de la décision du 24 octobre 2024, conformément aux exigences de l'article R. 522-1 du code de justice administrative ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite, M. A ayant attendu plus de quatre mois entre la notification de la décision en litige et l'introduction de son recours en référé ;
- M. A a été informé, à plusieurs reprises et dès le 26 avril 2024, lors d'un entretien avec le directeur du centre d'identification des matériels de la Défense (CIMD), de la nature de la sanction envisagée à son encontre, appartenant au quatrième groupe ;
- la mention, dans la convocation du 24 septembre 2024, d'une demande de sanction relevant du deuxième groupe, est une simple erreur de plume dépourvue d'incidence sur la régularité de la procédure ;
- le relevé individuel de position de M. A permet d'établir ses nombreuses absences non justifiées, caractérisant un manquement à l'obligation de servir et d'exécuter ses fonctions, malgré les rappels réguliers de sa hiérarchie et les sanctions disciplinaires déjà prononcées pour des faits identiques.
Vu :
- la requête n° 2501566 enregistrée le 12 mars 2025 par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté n° 002145 du 24 octobre 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 modifié relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'État ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 avril 2025 :
- le rapport de Mme Thalabard,
- les observations de Me Monti, représentant M. A, qui confirme ses conclusions, par les mêmes moyens, en soulignant que l'intéressé rencontre des difficultés personnelles importantes, que ses absences étaient justifiées par des considérations médicales, qu'il n'a pas été en mesure de présenter utilement sa défense devant la commission administrative paritaire siégeant en formation disciplinaire compte tenu de la mention portée sur sa convocation d'une sanction envisagée du deuxième groupe, que le rapport circonstancié de sa hiérarchie démontre que ses absences ont été un prétexte pour l'écarter de ses fonctions, que les seules absences qui lui sont reprochées ne permettent pas de justifier la proportion de la sanction qui lui a été infligée ;
- les observations de M. B, représentant le ministre des Armées, qui s'en rapporte aux écritures en défense et qui rappelle qu'il n'existe aucune obligation de mentionner le quantum de la sanction envisagée dans le courrier de convocation devant la commission administrative paritaire, que M. A a fait l'objet de quatre sanctions au cours des deux années précédentes, pour des faits similaires, et qu'il y a donc eu une gradation de la sanction, que sa hiérarchie a fait beaucoup pour lui venir en aide, que les absences répétées de M. A ont placé le service dans de grandes difficultés et qu'un simple courriel ne saurait tenir lieu de justificatif d'absence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été nommé, à compter du 1er janvier 2002, dans le corps des techniciens supérieurs d'études et de fabrications de 3e classe du ministère de la défense. À partir du 1er octobre 2017, il a occupé un emploi de technicien en gestion de matériel au centre d'identification des matériels de la défense (CIMD), de Bruz (Ille-et-Vilaine). Sanctionné à trois reprises, en 2021 par un avertissement, en 2022 par un blâme et en 2023 par une exclusion temporaire de fonctions de deux jours, pour non-respect du règlement du travail relatif à la durée journalière de travail et à la gestion des plages horaires, il a été suspendu de ses fonctions pour une durée maximale de quatre mois, par décision du 5 août 2024, aux motifs notamment de ses absences répétées irrégulières et injustifiées provoquant une désorganisation du service. Par arrêté du 24 octobre 2024, la directrice du centre expert pour les ressources humaines du personnel civil du ministère des Armées a prononcé sa révocation, sanction disciplinaire du quatrième groupe, et, en conséquence, sa radiation des cadres du ministère des Armées. Par la présente requête, M. A demande la suspension de l'exécution de cet arrêté du 24 octobre 2024.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ces effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. D'une part, aux termes de l'article L. 530-1 du code de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. () ". Aux termes de l'article L. 531-1 du même code : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. ". L'article L. 532-5 de ce code précise que : " Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe de l'échelle des sanctions de l'article L. 533-1 ne peut être prononcée à l'encontre d'un fonctionnaire sans consultation préalable de l'organisme siégeant en conseil de discipline au sein duquel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme et la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés. ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 533-1 du code de la fonction publique : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : / a) L'avertissement ; / b) Le blâme ; /c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / 2° Deuxième groupe : / a) La radiation du tableau d'avancement ; / b) L'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par le fonctionnaire ; / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / d) Le déplacement d'office dans la fonction publique de l'État. / 3° Troisième groupe : / a) La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par le fonctionnaire ; / b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. / 4° Quatrième groupe : / a) La mise à la retraite d'office ; / b) La révocation. ".
5. Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 25 octobre 1984 : " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. () ". Selon l'article 4 de ce décret : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline quinze jours au moins avant la date de réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () ". L'article 8 du même décret précise, en outre, que : " Le conseil de discipline, au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé et des témoins ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée./ À cette fin, le président du conseil de discipline met aux voix la proposition de sanction la plus sévère parmi celles qui ont été exprimées lors du délibéré. Si cette proposition ne recueille pas l'accord de la majorité des membres présents, le président met aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée, jusqu'à ce que l'une d'elles recueille un tel accord. / La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents doit être motivée et être transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Lorsque cette autorité prend une décision autre que celle proposée par le conseil, elle doit informer celui-ci des motifs qui l'ont conduite à ne pas suivre sa proposition. () ".
6. Ainsi qu'il a été exposé au point 1, M. A a fait l'objet, le 5 août 2024, d'une mesure de suspension de fonctions pour une durée maximale de quatre mois, dans l'attente d'une décision définitive, compte tenu de ses absences répétées et injustifiées provoquant une désorganisation du service ainsi que des manquements récurrents à son obligation de réaliser les tâches confiées et à son devoir de dignité de fonctions caractérisé notamment par l'accident de trajet du 18 mars 2024 causé sous l'emprise d'un état alcoolique confirmé par la gendarmerie. Préalablement à cette mesure à caractère provisoire, dans l'attente notamment de la réunion de l'instance disciplinaire, le requérant a été reçu par sa hiérarchie, le 26 avril 2024, pour un entretien. À l'issue, il a été informé par un courrier du 7 mai 2024, dûment notifié, de la saisine de la commission administrative paritaire centrale, siégeant en formation disciplinaire, afin qu'elle se prononce sur une sanction de quatrième groupe. Par suite, au regard de la connaissance qu'avait M. A des griefs formulés à son encontre, et notamment du fait qu'il encourrait une sanction disciplinaire du quatrième groupe, et de l'information qui lui a été faite de son droit à obtenir la communication intégrale de son dossier individuel, la circonstance que la lettre du 24 septembre 2024 de convocation devant la commission administrative paritaire siégeant en formation disciplinaire ait indiqué, par erreur, que la demande qui serait examinée le concernant portait sur une sanction du deuxième groupe n'est pas de nature à entacher la régularité de la procédure disciplinaire menée à son encontre.
7. Ainsi, en l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. A ne paraît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
8. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions présentées par M. A tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 24 octobre 2024 de la directrice du centre expert pour les ressources humaines du personnel civil du ministère des Armées portant sanction disciplinaire et radiation des cadres ne peuvent par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence et sur la fin de non-recevoir opposée en défense, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au ministre des Armées.
Fait à Rennes, le 10 avril 2025.
La juge des référés,
signé
M. ThalabardLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au ministre des Armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.