lundi 14 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2501934 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | LE BOURDAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 mars 2025, M. A B, représenté par Me Le Bourdais, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2025 par lequel le préfet du Morbihan lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de réexaminer sa situation dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Bourdais de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2025, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Desbourdes, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Desbourdes ;
- les observations de Me Le Bourdais, représentant M. B, qui a insisté sur la circonstance que le requérant dispose d'une vie privée et familiale en France à laquelle il sera porté une atteinte disproportionnée, devant se marier prochainement avec une ressortissante française et attendant un enfant à naître, et s'est étonné de ce que l'arrêté ne précisait pas ce mariage alors que les éléments pertinents avaient été transmis aux services de la gendarmerie nationale ;
- les explications de M. B qui a indiqué qu'il est arrivé en France à la fin de l'année 2021 et qu'il y cherche du travail ;
- les observations de M. D, représentant le préfet du Morbihan, qui a fait valoir que le mariage de l'intéressé ne faisait pas obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement, l'intéressé ayant déclaré aux services de la gendarmerie nationale que sa future épouse le suivrait en Tunisie s'il y était renvoyé.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien, entré irrégulièrement en France il y a environ trois ans, a été interpellé le 25 mars 2025 par les services de la gendarmerie nationale et placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 26 mars 2025, le préfet du Morbihan l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays d'origine ou tout autre pays où il justifiera être légalement admissible comme pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence à Vannes. M. B demande au tribunal d'annuler le premier de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été signé par Mme E C, attachée d'administration. Celle-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par arrêté du préfet du Morbihan du 11 septembre 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Morbihan, à l'effet de signer, en l'absence de M. H, Mme G et Mme F, notamment les obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire français et que cette décision est, par suite, suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de ce que cette mesure d'éloignement serait insuffisamment motivée doit être écarté.
4. Il ressort des pièces du dossier que la fiancée de M. B a adressé la photographie d'un document intitulé " publication du mariage " affiché le 21 mars 2025 à la porte de la mairie de Vannes, à l'officier de police judiciaire en charge de la retenue administrative de l'intéressé. Toutefois, d'une part, M. B ne produit aucune preuve de réception de ce courrier électronique. D'autre part, en raison d'un reflet de vitre et de pochette plastique, la photographie produite ne permet pas de s'assurer, ni du lieu, ni de la date de ce mariage. Au demeurant, il ressort des termes mêmes de son arrêté que le préfet du Morbihan a tenu compte de la relation entretenue par M. B avec sa fiancée et de la circonstance que cette dernière serait enceinte de trois semaines. Dans ces conditions, la circonstance que le préfet n'a pas, en outre, mentionné le projet de mariage des intéressés ne saurait caractériser un défaut d'examen complet et approfondi de sa situation.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est entré irrégulièrement en France, n'y est présent que depuis trois ans environ. S'il projette de se marier le 26 avril 2025 à la mairie de Vannes avec une ressortissante française, il ne connaît cette dernière, selon les déclarations de celle-ci, que depuis mai 2024 et ne s'est installé avec elle qu'en août 2024, soit il y a moins d'un an. La mesure d'obligation de quitter le territoire français, si elle peut compromettre la tenue du mariage projeté, ne fait pas obstacle, toutefois, à ce que l'intéressé se marie à une autre date et poursuive à l'avenir une vie de couple en situation régulière en Tunisie, ou en France à condition toutefois dans ce dernier cas que l'intéressé revienne sur le territoire français muni d'un visa de long séjour. L'obligation de quitter le territoire français ne fait pas non plus obstacle, par elle-même, à ce qu'il soit présent auprès de sa compagne au terme de sa grossesse. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Morbihan aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". À supposer le moyen tiré de la méconnaissance du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant utilement soulevé eu égard à un enfant à naître, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, ce moyen doit être écarté en tant qu'il est dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français.
7. En revanche, eu égard à la grossesse de la compagne de M. B, laquelle est suivie en France, en interdisant à l'intéressé de revenir sur le territoire français pendant un an et, partant, en faisant potentiellement obstacle à la possibilité pour le requérant d'assister à la naissance de son enfant, le préfet du Morbihan a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le moyen tiré de la méconnaissance du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant invoqué contre l'interdiction de retour sur le territoire français, que l'arrêté du préfet du Morbihan du 26 mars 2025 doit être annulé en tant seulement qu'il interdit à M. B de retourner sur le territoire français pendant un an et que le surplus des conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doit, en revanche, être rejeté.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement, qui n'emporte que l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français et confirme, en revanche, l'obligation de quitter le territoire français, n'implique l'adoption d'aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par M. B à fin d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative permettent aux parties au litige d'obtenir la condamnation de la ou des parties adverses à prendre en charge les frais qu'elles ont exposés et non compris dans les dépens. Ces dispositions ne sauraient en revanche être valablement invoquées par le conseil de l'une des parties au litige, ledit conseil n'étant pas, en lui-même, une partie au litige. Par suite, les conclusions présentées par Me Le Bourdais à son profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Morbihan du 26 mars 2025 est annulé en tant seulement qu'il interdit M. B de retourner sur le territoire français pendant un an.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2025.
Le magistrat désigné,
signé
W. Desbourdes
La greffière d'audience,
signé
E. RamilletLa République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Rennes — N° TA35-2602049
Le Tribunal Administratif de Rennes a statué sur un recours en excès de pouvoir contre le refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil (CMA) à un demandeur d'asile iranien. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que le refus de la directrice territoriale de l'OFII était légal, car le demandeur, entré régulièrement avec un visa, n'avait pas présenté sa demande d'asile dans le délai de 90 jours sans motif légitime justifié. La décision s'appuie principalement sur les articles L. 531-27 et L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
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31/03/2026