Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 15 octobre 2025, la société Totem France, représentée par Me Gentilhomme, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, l’exécution de l’arrêté du maire de la commune de Plougrescant du 14 avril 2025 portant opposition à la déclaration préalable n° DP 22218 25 00006 déposée le 3 février 2025 pour l’implantation d’un pylône support d’antennes de téléphonie sur un terrain situé au lieu-dit Hent Castel à Plougrescant ;
2°) d’enjoindre au maire de la commune de Plougrescant de délivrer, dans un délai de 15 jours à compter de l’ordonnance à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard, une décision de non-opposition à la déclaration préalable en cause ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Plougrescant une somme de 5 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
la condition tenant à l’urgence est satisfaite, eu égard à l’intérêt public qui s’attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile, ainsi qu’aux engagements que les sociétés Free Mobile et Bouygues Télécom ont pris et qui figurent aux cahiers des charges joints aux autorisations qui leur ont été accordées par l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) ; le projet, qui permet de mutualiser un pylône pour supporter les antennes de différents opérateurs, aura pour effet d’améliorer la couverture d’une zone actuellement insuffisamment couverte par les réseaux 4 G de Free Mobile et Bouygues Télécom ; la préservation du littoral n’est pas remise en cause ; le projet prévoit le remplacement d’un pylône déjà autorisé au même endroit ;
il existe un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté en litige, dès lors que :
la procédure contradictoire prévue par les articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration n’a pas été respectée alors que l’arrêté porte retrait d’une décision tacite de non-opposition née le 3 avril 2025, la demande de complément d’instruction du 11 février 2025 portant sur une pièce qui n’était pas exigible ;
le motif tiré de la méconnaissance de l’article L. 121-8 du code de l’urbanisme est entaché d’erreur de droit : le projet ne constitue pas une extension de l’urbanisation mais seulement le remplacement d’un pylône déjà existant afin de permettre la mutualisation des antennes de plusieurs opérateurs sur un même site ; il doit être regardé comme le simple agrandissement d’une construction existante et non comme une construction nouvelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2025, la commune de Plougrescant, représentée par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des sociétés requérantes sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
l’urgence n’est pas caractérisée : l’intérêt public s’attachant à la préservation du littoral prévaut sur l’intérêt public qui s’attache à la couverture du territoire par les réseaux de téléphonie mobile ;
les moyens invoqués ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité :
le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire n’est pas fondé : le délai d’instruction de deux mois, qui a été interrompu par la demande de pièce complémentaire portant sur une pièce exigible, courait jusqu’au 21 avril 2025, de sorte qu’aucune décision tacite de non-opposition n’est née avant l’arrêté attaqué ;
le projet, qui consiste à supprimer l’antenne existante et à en installer une nouvelle à quelques mètres de l’emplacement de l’ancienne antenne, constitue une extension d’urbanisation prohibée par l’article L. 121-8 du code de l’urbanisme.
Vu
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2505836 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouju, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l’heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2025 :
- le rapport de M. Bouju ;
- les observations de Me Gentilhomme, représentant la société Totem France, qui maintient les conclusions de la requête par les mêmes moyens qu’il développe ;
- les observations de Me Le Moal, représentant la commune de Plougrescant, qui maintient ses conclusions, par les mêmes moyens qu’il développe.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
La société Totem France a déposé, le 3 février 2025, une déclaration préalable de travaux en vue du remplacement d’un pylône existant par un nouveau pylône destiné à supporter les antennes de radiotéléphonie mobile de plusieurs opérateurs et de l’installation d’équipements techniques, sur un terrain, cadastré n° A 1064, situé au lieu-dit Hent Castel à Plougrescant. Par arrêté du 14 avril 2025, le maire de Plougrescant s’est opposé à cette déclaration préalable. La société Totem France a formé, contre cet arrêté, un recours gracieux reçu par la commune le 9 mai 2025. Ce recours gracieux a été implicitement rejeté. La société Totem France a saisi le tribunal d’un recours en annulation contre l’arrêté du 14 avril 2025 et, dans l’attente du jugement au fond, demande au juge des référés d’en suspendre l’exécution.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ».
En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 423-1 du code de l’urbanisme et de celles des articles R. 423-22, R. 423-23, R. 423-38, R. 423-39, R. 423-41 et R. 424-1 du même code qu’à l’expiration du délai d’instruction tel qu’il résulte de l’application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV de ce code relatives à l’instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d’aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. En application de ces dispositions, le délai d’instruction n’est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n’est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l’urbanisme, c’est-à-dire lorsque cette pièce ne fait pas partie de celles mentionnées à ce livre. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l’expiration du délai d’instruction, sans qu’une telle demande puisse y faire obstacle. En revanche, la demande relative à l’une des pièces qui peuvent être exigées en application du livre IV du code de l’urbanisme fait obstacle à la naissance d’un permis tacite à l’expiration du délai d’instruction, la circonstance que la pièce ait pu être inutile étant sans incidence à cet égard.
Il résulte de l’instruction que le 11 février 2025, le maire de Plougrescant a demandé à la société requérante de compléter son dossier de déclaration préalable en indiquant les matériaux utilisés et les modalités d’exécution des travaux. La société a transmis les éléments demandés le 21 février 2025. La demande du maire, qui s’est fondé sur les articles R. 431-14, R. 431-14-1 et R. 441-8-1 du code de l’urbanisme, a porté sur des éléments qui peuvent être exigés en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l’urbanisme. Par suite, cette demande a fait obstacle à la naissance, le 3 avril 2025, d’une décision tacite de non-opposition et le moyen invoqué, tiré de ce que l’arrêté litigieux aurait irrégulièrement, en méconnaissance du principe du contradictoire, procédé au retrait d’une telle décision tacite, n’est pas, en l’état de l’instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cet arrêté.
En deuxième lieu, le moyen invoqué par la société Totem France, tiré de l’erreur de droit dont serait entaché le motif selon lequel le projet ne respecte pas l’article L. 121-8 du code de l’urbanisme, n’est pas, en l’état de l’instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué.
Il résulte de ce qui précède qu’en l’état de l’instruction, aucun des moyens invoqués par la société Totem France n’est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté du 14 avril 2025 du maire de Plougrescant. Par suite, dès lors qu’une des deux conditions posées par l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est pas remplie, les conclusions à fin de suspension de cet arrêté ne peuvent qu’être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées à fin d’injonction.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Plougrescant, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la société Totem France au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de cette société la somme demandée par la commune de Plougrescant, au même titre.
Les conclusions présentées de part et d’autre en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent ainsi être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Totem France est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Plougrescant présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Totem France et à la commune de Plougrescant.
Fait à Rennes, le 7 novembre 2025.
Le juge des référés,
signé
D. BoujuLa greffière d’audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet des Côtes d’Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.