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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2600529

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2600529

vendredi 23 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2600529
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL TENIER-SAADAOUI AVOCATES ASSOCIÉES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B... contestant son placement à l'isolement au centre pénitentiaire de Lorient-Ploemeur. Le requérant invoquait une atteinte grave à sa liberté personnelle et à son droit à la réinsertion, notamment par la perte de sa formation au CAP électricité. Le juge a estimé que la condition d'urgence, nécessaire à l'application de l'article L. 521-2, n'était pas remplie, faute pour le détenu de démontrer des circonstances particulières justifiant une intervention à très bref délai. La décision a été prise en application des articles L. 521-2 et L. 522-3 du code de justice administrative, ainsi que de l'article L. 213-8 du code pénitentiaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2026, M. A... B..., représenté par Me Ténier, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 16 janvier 2026 par laquelle la cheffe d’établissement du centre pénitentiaire de Lorient-Ploemeur l’a placé à l’isolement ;

2°) d’enjoindre à l’administration pénitentiaire de procéder à sa réintégration en régime de détention ordinaire ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’urgence est caractérisée : son placement à l’isolement le prive de la formation au « CAP électricité » qu’il suivait assidument et porte ainsi atteinte à son droit à la réinsertion professionnelle ; il le prive du bénéfice d’activités culturelles ou sportives ;
- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté personnelle et à son droit de suivre une formation et de participer à un certain nombre d’activités, en ce que :
sa dangerosité et la menace qu’il représenterait pour la sécurité des personnes et de l’établissement ne sont pas établies, pas davantage que ses prétendues velléités d’évasion ;
la décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
elle est insuffisamment motivée.






Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. »

En vertu de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il est manifeste qu’elle ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.

Incarcéré depuis le 3 juin 2022, M. B... est détenu au centre pénitentiaire de Lorient-Ploemeur. Placé provisoirement à l’isolement le 12 janvier 2026, la cheffe de cet établissement a, le 16 janvier 2026, décidé, sur le fondement de l’article L. 213-8 du code pénitentiaire, de son placement à l’isolement jusqu’au 12 avril 2026. L’intéressé demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cette décision du 16 janvier 2026.

Si, eu égard à son objet et à ses effets sur les conditions de détention, la décision plaçant d’office à l’isolement une personne détenue ainsi que les décisions prolongeant éventuellement un tel placement, prises sur le fondement de l’article L. 213-8 du code pénitentiaire, créent en principe, sauf à ce que l’administration pénitentiaire fasse valoir des circonstances particulières, une situation d’urgence justifiant que le juge administratif des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, puisse ordonner la suspension de leur exécution s’il estime remplie l’autre condition posée par cet article, il appartient, en revanche, à la personne détenue qui saisit le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du même code de justifier de circonstances particulières caractérisant, au regard notamment de son état de santé ou des conditions dans lesquelles elle est placée à l’isolement, la nécessité, pour elle, de bénéficier à très bref délai, du prononcé d’une mesure de sauvegarde sur le fondement de ce dernier article.

Pour justifier de l’urgence qu’il y aurait à suspendre à très bref délai, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la décision du 16 janvier 2026 le plaçant à l’isolement, M. B... fait valoir que cette décision le prive de l’accès à la formation de préparation au « CAP électricité » qu’il suivait de manière assidue et fait état, de manière générale, de la privation des activités culturelles ou sportives résultant du placement à l’isolement d’une personne détenue. Ces allégations, qui restent particulièrement sommaires, et les pièces produites, ne permettent pas d’établir que M. B... se trouverait actuellement exposé, du fait de son placement à l’isolement, à des conditions de détention telles qu’elles mettraient en péril, à très brève échéance, son projet de réinsertion ou le priveraient de toute possibilité de mener à bien son projet de formation ou d’exercer toute activité culturelle ou sportive. Il n’est, par ailleurs, fait état d’aucun risque particulièrement sérieux, grave et immédiat quant à l’altération de son état de santé. Dans ces conditions, M. B... n’établit pas être confronté à une situation particulière d’urgence telle qu’elle nécessite que le juge des référés doive faire usage, sous 48 heures, des pouvoirs qu’il tient de l’article L. 521-2 du code de justice administrative.

Il résulte de ce qui précède que la condition d’urgence posée par l’article L. 521-2 du code de justice administrative n’est pas remplie. Par suite, la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris celles présentées au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




O R D O N N E :



Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Copie de la présente ordonnance sera adressée au garde des sceaux, ministre de la justice.


Fait à Rennes, le 23 janvier 2026.


Le juge des référés,


Signé


D. Bouju



La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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