vendredi 30 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2000426 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PADZUNASS SALVISBERG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier 2020 et le 31 janvier 2022, M. C D, représenté par Me Salvisberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 25 juillet 2019 par laquelle le Conseil national de l'ordre des médecins a décidé de ne pas déférer devant la juridiction disciplinaire le docteur B A ;
2°) d'enjoindre au président du Conseil national de l'ordre des médecins de transmettre sa plainte à la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins de Rhône-Alpes dans un délai de sept jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du Conseil national de l'ordre des médecins une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la délibération du 25 juillet 2019 est entachée d'erreur de droit dès lors que les dispositions de l'arrêté du 6 mai 2000 relatif aux conditions d'aptitude des sapeurs-pompiers et du code de la santé publique interdisent à un médecin sapeur-pompier d'accepter une mission d'expertise auprès d'un sapeur-pompier dont il est le médecin-traitant ou avec lequel il est affecté dans le même centre d'incendie et de secours ;
- le docteur A, qui était son médecin-traitant et avec lequel il était affecté dans le même centre d'incendie et de secours, a commis une faute en acceptant de pratiquer sur lui une expertise médicale ;
- par conséquent, le Conseil national de l'ordre devait le déférer devant la chambre disciplinaire.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 décembre 2021 et le 10 février 2022, le Conseil national de l'ordre des médecins conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que seules les autorités visées à l'article L. 4124-2, alinéa 1er, du code de la santé publique peuvent déférer un médecin devant la chambre disciplinaire ;
- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 27 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 6 mai 2000 fixant les conditions d'aptitude médicale des sapeurs-pompiers professionnels et volontaires et les conditions d'exercice de la médecine professionnelle et préventive au sein des services départementaux d'incendie et de secours ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique,
- et les observations de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, sapeur-pompier volontaire auprès du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Savoie, a été victime le 13 février 2008 d'un accident de service. Le 5 octobre 2016, il a suivi une visite médicale d'aptitude aux fonctions de sapeur-pompier volontaire auprès du docteur A, médecin du SDIS de la Savoie. Le 7 juillet 2017, le SDIS de la Savoie a résilié l'engagement de M. D en raison de son inaptitude à exercer les fonctions de sapeur-pompier volontaire. Le 18 avril 2018, M. D a déposé une plainte devant le conseil départemental de l'ordre des médecins de la Savoie à l'encontre du docteur A. Le 19 avril 2018, le conseil départemental de l'ordre des médecins de la Savoie a transmis la plainte à la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins Rhône-Alpes. Par ordonnance du 15 octobre 2018, le président de la chambre disciplinaire de première instance Rhône-Alpes de l'ordre des médecins a rejeté la plainte en raison de son irrecevabilité. Le 28 février 2019, M. D a demandé au Conseil national de l'ordre des médecins de déférer le docteur A devant la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins Rhône-Alpes. Par une délibération du 28 juin 2019, transmise à M. D par un courrier du président du Conseil national de l'ordre des médecins en date du 25 juillet 2019, le Conseil national de l'ordre des médecins a décidé de ne pas déférer le docteur A devant la chambre disciplinaire. M. D doit être regardé comme demandant l'annulation de la délibération du 28 juin 2019.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 4124-2 du code de la santé publique : " Les médecins, les chirurgiens-dentistes ou les sages-femmes chargés d'un service public et inscrits au tableau de l'ordre ne peuvent être traduits devant la chambre disciplinaire de première instance, à l'occasion des actes de leur fonction publique, que par le ministre chargé de la santé, le représentant de l'Etat dans le département, le directeur général de l'agence régionale de santé, le procureur de la République, le conseil national ou le conseil départemental au tableau duquel le praticien est inscrit ".
3. Les personnes et autorités publiques mentionnées à cet article ont seules le pouvoir de traduire un médecin chargé d'un service public devant la juridiction disciplinaire à raison d'actes commis dans l'exercice de cette fonction publique. En particulier, le Conseil national ou un conseil départemental de l'ordre des médecins exerce, en la matière, une compétence propre et les décisions par lesquelles il décide de ne pas déférer un médecin devant la juridiction disciplinaire peuvent faire directement l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant la juridiction administrative.
4. En l'espèce, les conclusions de la requête de M. D tendent à l'annulation de la délibération du Conseil national de l'ordre des médecins du 28 juin 2019 de ne pas déférer le docteur A devant l'instance disciplinaire compétente. Il résulte de ce qui précède qu'une telle décision peut faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir devant la juridiction administrative. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D sont recevables et la fin de non-recevoir opposée en défense par le Conseil national de l'ordre des médecins doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Selon les dispositions de l'article 27 de l'arrêté du 6 mai 2000 fixant les conditions d'aptitude médicale des sapeurs-pompiers professionnels et volontaires et les conditions d'exercice de la médecine professionnelle et préventive au sein des services départementaux d'incendie et de secours : " Conformément au code de déontologie médicale, et notamment ses articles 100 et 105, le médecin sapeur-pompier ne peut accepter une mission de contrôle ou d'expertise auprès d'un sapeur-pompier dont il est le médecin traitant, ou celui des membres de sa famille habitant avec lui ou affecté dans le même centre d'incendie et de secours ".
6. M. D, pour demander au Conseil national de l'ordre des médecins de déférer le docteur A devant la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins Rhône-Alpes, a fait valoir devant lui qu'en acceptant d'effectuer la visite médicale d'aptitude aux fonctions de sapeur-pompier volontaire qui lui a été confiée par le service départemental d'incendie et de secours de la Savoie, ce praticien, qui était son médecin traitant et était affecté dans le même centre d'incendie et de secours, a méconnu notamment les dispositions précitées de l'article 27 de l'arrêté du 6 mai 2000. Or, si le Conseil national de l'ordre des médecins a examiné dans la délibération attaquée si le docteur A pouvait être regardé comme le médecin-traitant de M. D, il n'a en revanche pas examiné le point de savoir si ce médecin était affecté dans le même centre d'incendie et de secours que le requérant et devait à ce titre refuser la mission d'expertise, alors que l'intéressé avait produit plusieurs courriels, couvrant la période du 5 août 2014 au 5 août 2016, qui tendaient à démontrer que lors de la visite médicale d'aptitude du 5 octobre 2016 tous deux étaient affectés au centre de secours d'Albertville. Dans ces conditions, en refusant de saisir la chambre disciplinaire sans avoir examiné l'ensemble des griefs formulés par M. D dans sa plainte, le Conseil national de l'ordre des médecins a entaché d'erreur de droit la délibération du 28 juin 2019.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à solliciter l'annulation de la délibération du 28 juin 2019 du Conseil national de l'ordre des médecins.
Sur l'injonction :
8. L'exécution du présent jugement implique que la demande de M. D, tendant à ce que le docteur A soit déféré devant la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins Rhône-Alpes, soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au Conseil national de l'ordre des médecins de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. D.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Conseil national de l'ordre des médecins une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 28 juin 2019 du Conseil national de l'ordre des médecins est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au Conseil national de l'ordre des médecins de procéder au réexamen de la demande de M. D tendant à ce que le docteur A soit déféré devant la chambre disciplinaire de première instance de l'ordre des médecins Rhône-Alpes, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le Conseil national de l'ordre des médecins versera à M. D une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au Conseil national de l'ordre des médecins.
Délibéré après l'audience du 9 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
M. Heintz, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.
Le rapporteur,
M. HEINTZ
Le président,
V. L'HÔTE La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026