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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002008

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002008

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET DECOMBARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2020, M. B C, représenté par Me Decombard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 février 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre la décision du 2 octobre 2019 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Sud-Est a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande de renouvellement de carte professionnelle au regard des motifs du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une carte provisoire, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les agents du CNAPS et de la CLAC ayant procédé à la consultation du fichier dans lequel sont consignés les faits qui lui sont reprochés bénéficieraient d'une habilitation régulière les autorisant à le faire, en violation de la garantie que constitue cette habilitation ;

- la décision attaquée est fondée sur un casier judiciaire qui a été effacé ;

- elle méconnaît les dispositions du décret n° 2015-648 du 10 juin 2015 relatif à l'accès au traitement d'antécédents judiciaires et au fichier des personnes recherchées ;

- elle est fondée sur un fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) non consultable dans le cadre d'une enquête administrative ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- elle a des conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2021, le Conseil national des activités de sécurité privée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le décret n° 2015-648 du 10 juin 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- et les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 20 août 2019, M. C a sollicité auprès de la commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Est le renouvellement de sa carte professionnelle l'autorisant à exercer une activité privée de sécurité. Le 2 octobre 2019, la commission a rejeté sa demande au motif que les condamnations pénales de M. C concernent des faits démontrant un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité publique et à la sécurité des personnes et des biens. Le 6 février 2020, la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS a rejeté son recours administratif préalable obligatoire. M. C demande au tribunal l'annulation de la décision du 6 février 2020.

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () ". Aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. / () ".

3. En premier lieu, dès lors que les dispositions précitées prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la délivrance d'un agrément individuel, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise sur la demande d'agrément. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

4. En deuxième lieu, si M. C se réfère aux dispositions du décret n° 2015-648 du 10 juin 2015 relatif à l'accès au traitement d'antécédents judiciaires et au fichier des personnes recherchées, les dispositions utiles qu'il invoque ont été reprises par le 5° de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, de sorte qu'il doit être regardé comme se prévalant de ces dernières dispositions. Il ressort des pièces du dossier que le 3 septembre 2019, le procureur de la République a adressé au CNAPS une " fiche navette " portant sur l'accessibilité des données enregistrées au TAJ et concernant M. C. En outre, le 20 août 2019, le magistrat chargé du casier judiciaire national a fait parvenir au CNAPS le bulletin numéro 2 du casier judiciaire de l'intéressé. Enfin, le 12 septembre 2019, un agent de police judiciaire a complété une enquête de moralité portant sur M. C. Dès lors, ces éléments permettent d'établir que la décision attaquée a été prise après consultation des services de police et du procureur de la République pour complément d'information. En l'absence de tout changement dans les circonstances de fait retenues par la CNAC entre la date de sa décision et celle de la décision de la commission locale, la CNAC n'était pas tenue, à la suite de la consultation du TAJ le 29 octobre 2019, de saisir de nouveau les services de la police nationale ou les unités de la gendarmerie nationale pour complément d'information et le procureur de la République à fin de demande d'information sur les suites judiciaires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, à l'issue d'une enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession ou la direction d'une personne morale exerçant cette activité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ou que la condamnation prononcée en raison de ces agissements aurait été effacée de ce bulletin. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

6. Il ressort de la décision attaquée que pour refuser de renouveler l'agrément sollicité par M. C, la CNAC a relevé qu'il a été mis en cause, le 1er février 2015, en qualité d'auteur de faits de conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer son permis de conduire suite à un retrait total de ses points, de menace de mort réitérée et de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, commis le 1er février 2015. La matérialité des faits est établie par un arrêt de la cour d'appel de Grenoble du 12 septembre 2016 le condamnant à une peine de quatre mois d'emprisonnement, à l'interdiction d'obtenir la délivrance d'un permis de conduire pendant un an et à la confiscation du véhicule. La CNAC s'est également fondée sur la mise en cause du requérant le 1er février 2017, en qualité d'auteur de faits de détournement d'un véhicule confisqué par décision judiciaire, dont il a reconnu la matérialité, commis le 19 septembre 2016.

7. M. C se prévaut de la circonstance que, par un arrêt du 20 août 2019, la cour d'appel de Grenoble a procédé à l'effacement des mentions portées sur son casier judiciaire relatives aux trois condamnations dont il a fait l'objet les 10 mars 2010, 24 mai 2012 et 12 septembre 2016. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que la CNAC ne s'est pas fondée sur les condamnations dont il a fait l'objet en 2010 et en 2012, de sorte qu'il ne peut utilement s'en prévaloir. En outre, en ce qui concerne la condamnation du 12 septembre 2016, l'effacement des mentions du casier judiciaire ne supprime pas la matérialité des faits et ne suffit donc pas à exclure qu'il en soit tenu compte pour lui refuser la délivrance de l'agrément sollicité.

8. Si le requérant se prévaut de la circonstance que par décision du 5 mars 2020, le procureur de la République de Grenoble a ordonné l'ajout d'une mention sur toutes les lignes de son fichier TAJ interdisant la consultation de ces mentions dans le cadre d'une enquête administrative, cette décision, postérieure à la décision attaquée du 6 février 2020, est sans incidence sur sa légalité.

9. Si le requérant conteste enfin la matérialité des faits pour lesquels il a été mis en cause le 1er février 2017, il ressort de l'enquête de moralité de l'agent de police judiciaire du 12 septembre 2019 que M. C a déclaré avoir revendu le véhicule pour des raisons financières, ce qui implique nécessairement qu'il ait admis la matérialité des faits. En outre, M. C se prévaut de l'ancienneté des faits commis, et notamment de ceux ayant donné lieu à sa condamnation en 2016 par la cour d'appel de Grenoble. Toutefois, les faits qui lui sont reprochés comprennent notamment des menaces de mort réitérées ainsi que des insultes, l'intéressé ayant été maîtrisé par un responsable de sécurité et un agent d'un restaurant, ce qui révèle de sa part des difficultés à garder la maîtrise de soi lors de situations conflictuelles. Ce comportement est contraire à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs. Il est de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens et à la sécurité publique et est incompatible avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la CNAC aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

10. En cinquième lieu, si M. C se prévaut des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et professionnelle pour établir l'existence d'une erreur d'appréciation, les difficultés financières auxquelles il est confronté ainsi que la perte de son investissement personnel dans le domaine des activités privées de sécurité sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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