lundi 29 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002546 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BLANC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mai 2020, Mme D C, représentée par Me Blanc, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mars 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à la date du 31 décembre 2019 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est entrée en France le 5 décembre 2018 sous couvert d'un visa touristique ;
- elle a sollicité le 3 janvier 2019 un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;
- sa demande de titre a été rejetée le 21 août 2019, décision confirmée par le tribunal administratif le 12 décembre 2019 ;
- elle a présenté sa demande d'asile le 31 décembre 2019, soit quinze jours seulement après le rejet de sa requête.
L'OFII a présenté un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, postérieurement à la clôture de la requête et non communiqué.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Wyss a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, de nationalité burkinabé, est entrée en France le 5 décembre 2018 sous couvert d'un visa touristique. Elle a sollicité le 3 janvier 2019 un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Sa demande a été rejetée le 21 août 2019 par le préfet de la Haute-Savoie, et le recours qu'elle avait formé a été rejeté par le tribunal le 12 décembre suivant. Le 31 décembre 2019, Mme C a déposé une demande d'asile. Elle a été placée en procédure accélérée et l'OFII a refusé le même jour de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande d'asile avait été déposée plus de 120 jours après son entrée en France. Son recours gracieux a été rejeté le 25 mars 2020.
2. La directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Aux termes de l'article 20 de cette directive : " () 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. () ". Aux termes du 5 de ce même article : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité ". Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () 2° Refusé si le demandeur () n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ". Aux termes du III de l'article L. 723-2 de ce code : " L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code, dans sa version applicable : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : () 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ".
3. Cet article dispose, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " L'office statue en procédure accélérée () lorsque sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande dans le délai de cent-vingt jours à compter de son entrée en France ".
4. Il ressort des termes de la décision attaquée que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé, pour refuser à Mme C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sur le motif que sa demande d'asile n'a été enregistrée que le 31 décembre 2019, à l'expiration du délai de 120 jours requis par les dispositions précitées des articles L. 744-8, L. 723-2 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée. Le séjour régulier de la requérante sous couvert d'un récépissé de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ne faisait pas obstacle à ce que l'OFII lui oppose le dépôt tardif de sa demande d'asile, dès lors que les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent le refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil en cas de dépôt d'une demande d'asile au-delà d'un délai de 120 jours à compter de l'entrée en France, sans que le séjour régulier de l'étranger puisse faire obstacle à un tel refus et, par suite, constituer un motif légitime de présentation tardive d'une demande d'asile. Par conséquent, en refusant à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil en l'absence de motif légitime justifiant un dépôt tardif de sa demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées.
5. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, Mme B était âgée de 39 ans, célibataire et sans enfant. Si elle se prévaut de son état de santé, elle n'établit pas, en l'absence de justificatifs suffisants, qu'elle se serait trouvée dans une situation de vulnérabilité particulière.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par conséquent, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761 1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Blanc et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration .
Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
M. Villard, premier conseiller,
Mme Vaillant, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2022.
Le rapporteur,
J. P. Wyss
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
N. VILLARDLe greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026