mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2100854 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL FAVRE DUBOULOZ COFFY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2021, M. D B et Mme A B épouse C, représentés par Me Favre, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2020 par lequel le maire d'Anthy-sur-Léman a refusé de leur accorder un permis de construire pour la rénovation et l'agrandissement d'une construction existante et la construction d'un pavillon valant démolition partielle d'une construction existante, situés 25 route des Rives, sur le territoire communal ;
2°) de mettre à la charge de la commune d'Anthy-sur-Léman une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les consorts B soutiennent que :
- rien ne permet de retenir que le plan local d'urbanisme intercommunal est entré en vigueur à la date de l'arrêté attaqué ; dans ces conditions, la maire d'Anthy-sur-Léman s'est méprise en refusant le projet de construction au motif qu'il se situe en zone naturelle ;
- à supposer que le tènement se situe en zone naturelle, l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé plus précisément quant au motif qui s'oppose à la rénovation de la construction existante dont la maire estime à tort qu'il s'agit d'une construction nouvelle ;
- le classement du tènement en zone naturelle par le plan local d'urbanisme intercommunal est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, ce qui entache d'illégalité l'arrêté attaqué ; l'ancien classement de la parcelle en zone UCL et UC permet la réalisation de leur projet de construction.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2021, la commune d'Anthy-sur-Léman, représentée par Me Sevino, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Anthy-sur-Léman fait valoir que :
- les conclusions présentées par Mme B épouse C sont irrecevables, faute pour elle d'avoir intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;
- subsidiairement, les moyens de la requête sont infondés.
Par une lettre du 13 octobre 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 13 février 2023, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 20 mars 2024.
Par lettre du 4 novembre 2024, le tribunal a demandé à la commune d'Anthy-sur-Léman de lui transmettre la délibération du 25 février 2020 approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais, telle que transmise au préfet de la Haute-Savoie et de préciser si la commune d'Anthy-sur-Léman est couverte par un schéma de cohérence territoriale approuvé.
Le 20 novembre 2024, la commune d'Anthy-sur-Léman a produit une pièce complémentaire transmise le jour même aux requérants.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 novembre 2024 :
- le rapport de Mme Letellier,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Sevino, pour la commune d'Anthy-sur-Léman.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 mai 2020, M. D B a déposé une demande de permis de construire pour la rénovation et l'agrandissement d'une construction existante valant démolition partielle avec conservation du sous-sol et pour la construction d'un pavillon sur les parcelles cadastrées à la section C numéros 60, 62, 66, 67, 258, 260 et 272, situées 25 route des Rives, dont il est propriétaire indivis avec Mme A B épouse C, sur le territoire communal d'Anthy-sur-Léman. Le tènement a une superficie totale de 4 783 m² et se situe en bordure du lac Léman. Par un arrêté du 3 septembre 2020, le maire d'Anthy-sur-Léman a refusé d'accorder le permis de construire valant démolition partielle. Le 20 octobre 2020, M. B a présenté un recours gracieux auquel il n'a pas été répondu.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la date d'entrée en vigueur du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais :
2. D'une part, il résulte des articles L. 153-22 et L. 153-23 du code de l'urbanisme ainsi que de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales que pour être exécutoire un plan local d'urbanisme doit avoir été publié ou affiché " et transmis à l'autorité administrative compétente de l'Etat ". D'autre part, il résulte de la combinaison des articles R. 153-20 et R. 153-21 du code de l'urbanisme que la délibération adoptant un tel plan " est affiché[e] pendant un mois au siège de l'établissement public de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. / Il est en outre publié : () Au Recueil des actes administratifs mentionné à l'article R. 5211-41 du code général des collectivités territoriales, s'il existe, lorsqu'il s'agit d'une délibération de l'organe délibérant d'un établissement public de coopération intercommunale comportant au moins une commune de 3 500 habitants et plus ; (). / L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues au premier alinéa, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué. ".
3. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes couvertes par un schéma de cohérence territoriale approuvé, la délibération approuvant un plan local d'urbanisme entre en vigueur dès lors qu'elle a été publiée et transmise au représentant de l'Etat dans le département. Elle est ainsi exécutoire à compter de la date la plus tardive entre la date de publication et la date de transmission au représentant de l'Etat. S'il résulte des dispositions réglementaires des articles R. 123-24 et R. 123-25 du code de l'urbanisme que cette délibération doit faire l'objet d'un affichage pendant un mois et que cet affichage doit être mentionné de manière apparente dans un journal diffusé dans le département, le respect de cette durée d'affichage et celui de cette obligation d'information par voie de presse sont sans incidence sur la détermination de la date d'entrée en vigueur du plan local d'urbanisme.
4. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 25 février 2020 adoptant le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais, a été transmise en préfecture le 2 mars 2020 et que l'affichage en mairie d'Anthy-sur-Léman a été constaté à compter du 4 mars 2020. En outre, la commune d'Anthy-sur-Léman est couverte par le schéma de cohérence territoriale du Chablais approuvé le 30 janvier 2020. Dès lors, les formalités conditionnant l'entrée en vigueur du document d'urbanisme, avaient été accomplies dès le dépôt de la demande de permis de construire de M. B et, en tout état de cause, à la date de l'arrêté attaqué. Il suit de là que la maire d'Anthy-sur-Léman n'a pas commis d'erreur de droit en appliquant à la demande de permis de construire le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais qui classe les parcelles des requérants en zone naturelle.
En ce qui concerne le défaut de motivation :
5. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée (). ".
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à M. B le permis de construire, la maire d'Anthy-sur-Léman a visé le plan local d'urbanisme intercommunal du Bas-Chablais et notamment le règlement des zones N et NL. L'arrêté attaqué rappelle que la demande porte, d'une part, sur la rénovation et l'agrandissement de la construction existante, et d'autre part, sur la construction nouvelle d'un pavillon. Il précise que le projet de construction du pavillon se situe majoritairement en zone N, dont l'article N.I.1.a. du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal interdit toute construction de logements. Il rappelle également le contenu des articles NL.I.1.a. et NL.I.1.b. et précise que le projet de rénovation de la construction existante consiste en la démolition totale de celle-ci à l'exception du sous-sol, ce qui équivaut à une construction nouvelle qui n'est pas autorisée dans cette zone. Dès lors, l'arrêté attaqué qui comporte les considérations de droit et de fait, est suffisamment motivé. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation doit être écarté.
7. En second lieu, à supposer que les requérants puissent être regardés comme soutenant que la maire d'Anthy-sur-Léman se serait méprise en retenant que les modifications apportées à la construction existante ne sont pas telles que le projet doit être regardé comme une construction nouvelle, ils se bornent à porter une appréciation générale de l'insertion de la construction dans son environnement et sur sa surface sans assortir leur moyen d'aucune considération de droit. Par suite, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne l'exception d'illégalité du classement des parcelles en zone naturelle :
8. Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles () ".
9. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
10. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'extrait du règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal produit en défense que les parcelles des requérants se situent, en bordure du lac Léman, de part et d'autre de la bande des 100 m de ses rives, dans une zone faiblement urbanisée. Dans ces conditions, le choix des auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal de classer les parcelles des réquérants en zone NL " zone naturelle dédiée à la préservation du littoral " et en zone N " zone naturelle et forestière à protéger ", ainsi dénommées par le règlement graphique du document intercommunal, accessible au juge et aux parties sur le site internet de la commune d'Anthy-sur-Léman, n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. En tout état de cause, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ne sont pas tenus par le classement opéré dans le précédent document d'urbanisme communal qui classait les parcelles en zone UCL et UC suivant leur proximité avec les rives du lac. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement des parcelles en zone NL et N, invoqué par voie d'exception, doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 3 septembre 2020 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.
Sur les frais de justice :
12. Les conclusions présentées à ce titre par les consorts B, partie perdante, sont rejetées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la commune d'Anthy-sur-Léman à ce titre sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er: La requête des consorts B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Anthy-sur-Léman au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune d'Anthy-sur-Léman.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2024.
La rapporteure,
C. Letellier
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026