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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2101461

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2101461

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2101461
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCONRAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 mars 2021 et le 19 mai 2022, M. C A, représenté par Me Conrad, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Savoie a ordonné le dessaisissement de toutes les armes de toutes catégories qu'il détient et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toutes catégories ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de retirer son inscription fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes et de lui restituer son arme ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté est entaché d'erreur d'appréciation compte tenu de l'ancienneté des faits, de leur absence de gravité et de son comportement depuis 2014 ; la décision lui est préjudiciable.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 décembre 2021, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Holzem,

- les conclusions de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déclaré en 2018 détenir une carabine Browning BLR. Par un arrêté du 6 novembre 2020, le préfet de la Haute-Savoie lui a ordonné de se dessaisir de toutes les armes de toutes catégories en sa possession et lui a interdit d'acquérir ou de détenir des armes de toutes catégories. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme de toute catégorie de s'en dessaisir () Sauf urgence, la procédure est contradictoire () ". L'article R. 312-67 du même code prévoit que le préfet peut ordonner le dessaisissement d'une arme lorsqu'il résulte de l'enquête qu'il a diligentée que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme.

3. L'enquête administrative diligentée a mis en évidence que M. A était connu des services de police pour des faits de menace de mort, destruction de véhicule et violences aggravées commis en 1999, le non-paiement de la pension alimentaire de 2000 à 2014 et des faits de conduite en état d'ivresse ayant entraîné des blessures involontaires sur un tiers. Cependant, si les faits commis sont graves, leur ancienneté ne peut révéler que le comportement du requérant constitue au jour de l'arrêté attaqué un danger suffisamment grave pour lui-même ou pour autrui dans la mesure où son fils est désormais adulte, qu'il a refait sa vie, qu'il n'est plus nécessaire d'entretenir un quelconque lien avec son ex-épouse et qu'il n'apparaît pas que, depuis 2014, il se soit fait connaître pour conduite en état d'ivresse. Dès lors, le préfet de la Haute-Savoie a commis une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 6 novembre 2020 du préfet de la Haute-Savoie doit être annulé.

Sur les conclusions d'injonction :

5. L'annulation de l'arrêté en litige implique nécessairement que le préfet retire le requérant du FINIADA et qu'il lui restitue l'arme confisquée. Il y a lieu de lui fixer à cet effet un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de procès :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 6 novembre 2020 du préfet de la Haute-Savoie est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de procéder à l'effacement de M. A du fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de restituer les armes et munitions confisquées à M. A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 :L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

La rapporteure,

J. Holzem

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2101461

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