mercredi 5 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2108809 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ALDEGUER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 29 décembre 2021, 5 janvier 2022, 23 novembre 2022, 18 janvier 2023, 20 janvier 2023 et 23 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Aldeguer, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 71 480 euros en réparation de son préjudice, dont 66 480 euros au titre de son préjudice financier et 5 000 euros au titre de son préjudice moral, outre intérêts au taux légal et capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme d'un montant de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- l'Etat a fait preuve d'un défaut manifeste d'information en s'abstenant de l'informer des conséquences de son intégration dans la fonction publique territoriale sur son droit à départ anticipé à la retraite ;
- elle n'a pas fait l'objet d'un accompagnement adéquat pour la sortie du parcours adaptation / reconversion (PACD) ;
- elle aurait pu percevoir sa retraite à compter du 16 décembre 2021, alors qu'elle est actuellement en disponibilité de la fonction publique territoriale ce qui représente un préjudice annuel de 13 296 euros soit un préjudice matériel total de 66 480 euros au jour de ses 62 ans ;
- elle subit un préjudice moral dont elle demande réparation à hauteur de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 30 juin 2022 et 5 janvier 2023, et un mémoire du 2 février 2023 qui n'a pas été communiqué, la rectrice de l'académie de Grenoble conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requérante a bénéficié d'un PACD durant 3 ans avant d'intégrer la fonction publique territoriale et a pu durant cette période s'informer des conséquences du changement envisagé ;
- l'administration a respecté son devoir d'information puisque Mme A a bénéficié d'un document d'information générale sur sa retraite, un relevé de situation individuelle, un entretien d'information et une estimation individuelle globale ;
- elle n'a commis aucune faute à l'égard de Mme A.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public,
- et les observations de Me Aldeguer représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, a été nommée institutrice à compter du 1er septembre 1990 puis professeur des écoles à compter du 1er septembre 2006. Suite à des problèmes de santé, elle a bénéficié d'un parcours adaptation/reconversions (PACD) du 1er septembre 2010 au 31 août 2012. Elle a dans le cadre de ce dispositif réalisé des stages successivement au sein du CNFPT de la Haute-Savoie, de la mairie de Cluses et de la mairie de Chamonix, avant d'être recrutée par cette dernière commune par la voie de l'intégration directe à compter du 1er janvier 2013. Mme A a demandé que les services accomplis du 3 octobre 1988 au 31 décembre 2012 relèvent de la catégorie active. La caisse nationale de retraite de la fonction publique territoriale (CNRACL) lui a répondu que suite à son intégration dans la fonction publique territoriale ses services accomplis sur cette période relèvent de la catégorie sédentaire. Mme A estime que ne pouvant plus prétendre au dispositif de départ anticipé à la retraite à l'âge de 57 ans, elle a fait l'objet d'une mauvaise information des services de l'Etat et demande réparation de son préjudice matériel et moral pour un montant total de 71 480 euros.
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite dans sa version en vigueur au 1er janvier 2013, date de l'intégration de Mme A à la fonction publique territoriale : " I.- La liquidation de la pension intervient : / 1° Lorsque le fonctionnaire civil est radié des cadres par limite d'âge, ou s'il a atteint, à la date de l'admission à la retraite, l'âge mentionné à l'article L. 161-17-2 du code de la sécurité sociale, ou de cinquante-sept ans s'il a accompli au moins dix-sept ans de services dans des emplois classés dans la catégorie active. / Sont classés dans la catégorie active les emplois présentant un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles. La nomenclature en est établie par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article 53 du décret du 26 décembre 2003 dans sa rédaction applicable jusqu'au 31 août 2023 : " I. Pour les fonctionnaires de l'État intégrés d'office dans les cadres de la fonction publique territoriale ou hospitalière, les services relevant de la catégorie active au regard du code des pensions civiles ou militaires de retraite sont considérés comme tels au regard du présent régime () ". Selon les dispositions de ce même article qui ont été modifiées depuis le 1er septembre 2023 et s'appliquent aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2023, les services relevant de la catégorie active sont retenus pour tous les fonctionnaires d'Etat intégrés dans les cadres de la fonction publique territoriale ou hospitalière même s'il ne s'agit pas une intégration d'office.
3. Mme A, qui se borne à déplorer un défaut d'information relatif à ses droits à la retraite et plus particulièrement à la perte de la catégorie active pour les années réalisées en qualité d'institutrice, n'établit l'existence d'aucune faute imputable au rectorat.
4. En outre, si elle se prévaut du courrier de la CNRACL du 15 mars 2018, par lequel la caisse a qualifié les services exercés du 3 octobre 1988 au 31 décembre 2012 de sédentaires, l'intéressée n'a pas contesté cette décision. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que Mme A, qui indique ne plus pouvoir prétendre à une retraite anticipée, aurait présenté une demande en ce sens. Il ressort au contraire de ses écritures qu'elle serait toujours en disponibilité de la fonction publique territoriale. Par suite en l'absence de décision de la CNRACL se prononçant sur un départ anticipé à la retraite de Mme A en application des dispositions précitées, le préjudice dont se prévaut l'intéressée ne présente pas un caractère certain.
5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à rechercher la responsabilité du rectorat de Grenoble et sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre en charge de l'éducation nationale.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Grenoble.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025.
Le rapporteur,
F. Doulat
La présidente,
A. Triolet
La greffière
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre en charge de l'éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2108809
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