vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2200435 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PHELIP ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2022, Mme D B, représentée par Me Beraldin, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de l'Isle d'Abeau, la société Advivo et la communauté d'agglomération Portes de l'Isère in solidum à lui payer la somme de 24 405 euros à titre de dommages et intérêts, assortie des intérêts à compter du 19 janvier 2022 et de leur capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de la commune de l'Isle d'Abeau, de la société Advivo et de la communauté d'agglomération Portes de l'Isère, in solidum, une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens incluant le coût de l'expertise.
Elle soutient que :
- elle établit la matérialité des faits à l'origine de sa chute ;
- sa chute est intervenue à la fois sur un trottoir relevant du domaine public de la commune de l'Isle d'Abeau, et sur son prolongement en galets relevant du domaine privé de la société Advivo présentant une particulière dangerosité, aucun des deux ouvrages n'étant signalé ;
- son préjudice s'élève à 24 405 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2022, la commune de l'Isle d'Abeau conclut au rejet de la requête et demande que Mme B soit condamnée à lui payer la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 29 mars 2022 et le 2 janvier 2023, la communauté d'agglomération Portes de l'Isère, représentée par Me Phelip, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de Mme B ;
2°) subsidiairement, de condamner la société Advivo à la garantir de toute condamnation ;
3°) de condamner Mme B à lui payer la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 15 décembre 2022, la société Advivo, représentée par Me Tabouzi-Janot, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ;
2°) subsidiairement, de limiter l'indemnisation à la somme de 25 euros pour le déficit fonctionnel temporaire et de 500 euros pour les souffrances endurées ;
3°) de condamner Mme B à lui payer la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable faute de liaison du contentieux ;
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 16 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône transmet ses débours sans intervenir à l'instance.
Vu :
- l'ordonnance du 27 janvier 2021 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise du docteur E à la somme de 1 200 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure civile ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rogniaux,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public,
- les observations de Me Beraldin, représentant Mme B, et de par Me Tabouzi-Janot, représentant la société Advivo.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B recherche la responsabilité de la société Advivo, de la commune de l'Isle d'Abeau et de la communauté d'agglomération Portes de l'Isère à raison d'une chute qu'elle indique avoir fait sur un trottoir et des galets scellés dans une bande de ciment longeant le mur de l'immeuble où elle réside. Par une requête enregistrée le 4 décembre 2018, elle a saisi la présente juridiction statuant en référé pour obtenir la désignation d'un expert, requête à laquelle il a été fait droit par ordonnance du 27 septembre 2019. Par un courrier de son avocat du 28 mai 2019, Mme B a mis la commune de l'Isle d'Abeau en demeure de prendre en charge le préjudice lié à ses blessures. Par des courriers des 14 et 17 janvier 2022 restés sans réponse, elle a adressé une demande indemnitaire préalable à la société Advivo, à la commune de l'Isle d'Abeau et à la communauté d'agglomération Portes de l'Isère.
Sur les conclusions indemnitaires et leurs accessoires :
2. Il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve, d'une part, de la réalité de son préjudice, et, d'autre part, de l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. La collectivité en charge de l'ouvrage public ainsi mise en cause peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve, soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
3. Mme B verse aux débats une attestation établie par M. C A, qui affirme qu'il a appelé les pompiers, le 26 octobre 2015 vers 16 heures, après avoir assisté à la chute de celle-ci sur le trottoir de la rue des Goélettes. Rien ne permet donc de remettre en cause ce témoignage, précis et circonstancié, établi par une personne dûment identifiée par la production de sa carte d'identité. Au surplus, il concorde avec les éléments du rapport d'intervention du service départemental d'incendie et de secours, qui fait état d'une intervention " sur route " au niveau du 5 rue des Goélettes à l'Isle d'Abeau le 26 octobre 2015 vers 16h15. Il doit donc être tenu pour acquis que, ce jour-là, Mme B a chuté sur le trottoir situé devant le n°5 de la rue des Goélettes à l'Isle d'Abeau, où elle réside.
4. Cette dernière impute son accident au fait qu'alors qu'elle portait plusieurs sacs, son pied a heurté la bordure du trottoir, entraînant sa chute à la fois sur le trottoir et sur une bordure pavée de galets longeant l'immeuble dans lequel elle réside, qui appartient à la société Advivo.
5. Les galets scellés dans du ciment en bordure de la façade d'un immeuble n'ont pas joué de rôle causal dans sa chute dès lors qu'elle a buté contre le trottoir. Il résulte des photographies versées aux débats que la bordure protégeant la végétation, tout comme le bord du trottoir sur lequel elle dit avoir buté, sont d'une hauteur habituelle et ne présentent pas de défaut de conception ou d'entretien. Au surplus, l'accident a eu lieu devant la résidence dans laquelle vit Mme B, qui connaissait parfaitement les lieux. Ainsi, sa chute doit être imputée non à un défaut anormal de la chaussée, mais uniquement à son inattention.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit utile de se prononcer sur les fins de non-recevoir invoquées, que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'intérêts et de capitalisation qui en sont l'accessoire.
7. Par ailleurs, la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône ayant été mise en cause, le présent jugement lui est déclaré commun par application des dispositions de l'article L. 376-1 alinéa 8 du code de la sécurité sociale.
Sur les dépens et les frais du litige :
8. Conformément aux dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, Mme B étant la partie perdante, les dépens, incluant le coût de l'expertise ordonnée en référé et taxé à la somme de 1 200 euros, sont mis à sa charge définitive.
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge des défenderesses, qui n'ont pas la qualité de parties perdantes dans la présente instance.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme B, au titre des frais exposés par ces dernières et non compris dans les dépens, la somme de 500 euros à verser à la commune de l'Isle d'Abeau, la somme de 500 euros à verser à la communauté d'agglomération Portes de l'Isère et la somme de 500 euros à verser à la société Advivo.
D E C I D E :
Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Mme B versera à la commune de l'Isle d'Abeau une somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Mme B versera à la communauté d'agglomération Portes de l'Isère une somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Mme B versera à la société Advivo une somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Les dépens, incluant le coût de l'expertise ordonnée par le juge des référés par décision du 27 septembre 2019, taxé à la somme de 1 200 euros, sont mis à la charge définitive de Mme B.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à la commune de l'Isle d'Abeau, à la communauté d'agglomération Portes de l'Isère, à la société Advivo et à la caisse primaire d'assurance maladie du Rhône.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller,
Mme Rogniaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.
La rapporteure,
A. Rogniaux
Le greffier,
G. Morand
La présidente,
A. Triolet
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2301720
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