mercredi 9 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2202433 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET YOUSSEF NAILI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, M. B A, représenté par Me Naili, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 148,16 euros correspondant à des heures supplémentaires non prises, des congés annuels non pris, des crédits fériés annuels, un repos de pénibilité spécifique et un crédit annuel d'heures d'aménagement et de réduction du temps de travail (ARTT) ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que du fait de ses congés maladie, il a été dans l'impossibilité de prendre :
- 108 heures et 27 minutes d'heures supplémentaires qui doivent être indemnisées pour un montant de 1 659,99 euros ;
- ses congés annuels au titre de l'année 2020 et 2021 pour lesquels il doit être indemnisé à hauteur de 20 jours au titre de l'année 2020 et 3,33 jours au titre de l'année 2021 soit une somme de 2 363,32 euros ;
- 324 heures et 17 minutes de repos de pénibilité spécifique pour lesquelles il doit être indemnisé à hauteur de 4 695,51 euros ;
- 95 heures et 33 minutes de crédits fériés pour lesquelles il doit être indemnisé à hauteur de 1 381,88 euros ;
- 9 heures et 31 minutes d'ARTT pour lesquelles il doit être indemnisé à hauteur de 137,46 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, le préfet de la zone de défense Sud-Est conclut à ce qu'il soit prononcé un non-lieu s'agissant de l'indemnisation des jours fériés et des congés annuels, et au rejet des autres conclusions de la requête.
Il soutient que :
- M. A ayant bénéficié de l'indemnisation des jours annuels non pris à hauteur de 20 jours pour 2020 et 4 jours pour 2021, ainsi que des heures supplémentaires à hauteur de 108,27 heures pour un montant total de 1 350,13 euros, ses conclusions sont devenues sans objet sur ce point ;
- le crédit férié annuel et les repos de pénibilité spécifique doivent être utilisés dans l'année civile au titre de laquelle ils sont accordés et M. A, qui ne démontre pas en avoir été empêché en raison des nécessités de service, ne peut prétendre à une indemnisation ;
- le compteur des heures d'aménagement et de réduction du temps de travail présentant un solde nul au 31 décembre 2021, aucune indemnisation n'est due.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la fonction publique ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doulat,
- les conclusions de M. Callot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, brigadier de police, était affecté à la circonscription de sécurité publique de Bourgoin-Jallieu où il exerçait en patrouille de nuit. Suite à sa condamnation par le tribunal judiciaire de Bourgoin-Jallieu du 4 février 2021 à une peine d'emprisonnement avec sursis et à la déchéance de ses droits civiques, le ministre de l'intérieur a, par arrêté du 21 juin 2021 prononcé sa radiation des cadres à compter du 25 février 2021. M. A demande la condamnation de l'Etat à lui verser une somme totale de 10 148,16 euros correspondant à l'indemnisations des heures supplémentaires, des congés annuels, des crédits fériés annuels, du repos de pénibilité spécifique et du crédit annuel d'heures ARTT non pris.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les jours de congés et les heures supplémentaires
2. Il résulte de l'instruction et notamment de la fiche de paye de M. A que ce dernier a bénéficié du versement d'une somme de 2 596,90 euros correspondant à l'indemnisation de ses congés annuels non pris en 2020 et 2021, et d'une somme de 1 350,13 euros correspondant à l'indemnisation des heures supplémentaires non prises, soit un total non contesté de 3 947,03 euros. Dès lors, il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'indemnisation des jours de congés et des heures supplémentaires.
En ce qui concerne les heures de crédit férié annuel et les repos de pénibilité spécifique
3. Aux termes de l'article 133-33 de l'arrêté du 6 juin 2006 portant règlement général d'emploi de la police nationale : " Les fonctionnaires actifs des services de la police nationale travaillant en régime cyclique bénéficient : / 1. D'un crédit férié annuel, exprimé en heures, selon des modalités précisées par l'instruction générale relative à l'organisation du travail dans la police nationale. / () / 2. De repos de pénibilité spécifique (RPS), liée aux horaires irréguliers du travail cyclique, sous forme de temps compensés obtenus à partir de coefficients multiplicateurs, non cumulables, de 0,1 pour les nuits (21 heures/6 heures) et de 0,4 pour les dimanches effectivement travaillés. / () / Le crédit férié et les repos de pénibilité spécifique sont utilisés par les fonctionnaires attributaires dans l'année civile au titre de laquelle ils sont accordés. Ils ne peuvent être versés au compte épargne-temps. Les RPS qui, compte tenu des nécessités du service, n'auraient pu être pris dans le délai ainsi prescrit, restent dus () ".
4. Les dispositions précitées font obstacle à toute indemnisation ou compensation financière des heures de crédit férié annuel et de repos de pénibilité spécifique qu'il appartient aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale de prendre avant le 31 décembre de l'année civile en cours. Si M. A soutient qu'il a été empêché de bénéficier de ses heures de crédit férié annuel et de repos de pénibilité spécifique en raison de ses congés maladie, aucune des dispositions relatives au repos de pénibilité spécifiques ne prévoit de possibilité de compensation financière dans l'hypothèse où ces périodes de repos ne pourraient être effectivement prises. En outre, ces repos ne peuvent être regardés comme présentant le caractère de congés annuels au sens de la directive n° 2003/88/CE du 4 novembre 20 des dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003. Par suite, la demande présentée par M. A tendant à l'indemnisation des heures de crédit férié annuel et de repos de pénibilité spécifique ne peut qu'être rejetée.
En ce qui concerne les crédits d'heures ARTT
5. Il résulte de l'instruction que le compteur de crédits d'heures ARTT de M. A présente un solde nul au 31 décembre 2021. Dès lors, le requérant ne saurait prétendre à une quelconque indemnisation à ce titre et ses conclusions doivent sur ce point être rejetées.
6. Il résulte de tout ce qui précède qu'un non-lieu à statuer doit être prononcé s'agissant des conclusions relatives aux jours de congés et aux heures supplémentaires et que les autres conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, soit condamné à verser à M. A la somme qu'il demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'indemnisation des congés payés et des heures supplémentaires.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. Ban, premier conseiller.
M. Doulat, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2025.
Le rapporteur,
F. Doulat
La présidente,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00031
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00061
09/04/2026
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00081
09/04/2026