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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2204199

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2204199

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2204199
TypeDécision
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2022 et 19 mars 2024 sous le n°2204199, Mme A D, représentée par Me Laborie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2021 du président du conseil départemental de la Savoie fixant à 3 500 euros le montant brut annuel global de son régime indemnitaire à compter du 1er avril 2019 ;

2°) de mettre à la charge du département de la Savoie une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité par la voie de l'exception, dès lors que l'arrêté du même jour portant changement d'affectation constitue une sanction déguisée et est entaché de rétroactivité ; elle aurait donc dû être regardée comme occupant un poste de chef de service relevant de la catégorie A pour la fixation de la part variable ;

- en tout état de cause, le grade d'assistant socio-éducatif a été revalorisé en 2019 et relève également de la catégorie A, ce dont la délibération du 27 juin 2011 ne tient pas compte ;

- l'arrêté en litige, qui lui attribue un coefficient de modulation de seulement 0,8, n'a pas été précédé d'un rapport de son supérieur hiérarchique, visé par le N+2, et transmis à la direction générale des services, comme le prévoient les dispositions de l'article 6 du règlement relatif au régime indemnitaire et au complément de rémunération des agents du département de la Savoie lorsque le coefficient attribué est inférieur à 1 ;

-n'ayant pu faire l'objet d'une évaluation annuelle en raison de son placement en congé maladie, le régime indemnitaire dont elle bénéficiait en 2018 aurait dû être reconduit en 2019 comme le prévoit les dispositions de l'article 10 du même règlement ;

- en tout état de cause, en application de l'article 12 du même règlement, la modification de son régime indemnitaire ne pouvait prendre effet avant le 1er jour du mois suivant sa prise de poste ;

-la fixation d'un coefficient de seulement 0,8, alors que ses évaluations professionnelles réalisées en 2016 et 2017 sont positives, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

-elle s'inscrit dans le cadre du harcèlement moral dont elle fait l'objet ;

-elle caractérise une atteinte au principe de l'égalité entre agent ;

-l'arrêté en litige du 8 février 2021 est entaché d'une rétroactivité illégale en ce qu'il prend effet au 1er avril 2019.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le président du conseil département de la Savoie conclut au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

II) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2022 et 19 mars 2024 sous le n°2204200, Mme A D, représentée par Me Laborie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2021 par lequel le président du conseil départemental de la Savoie a mis fin, à compter du 1er avril 2019, à la NBI dont elle bénéficiait ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Savoie de lui rétablir le bénéfice de la NBI et de procéder à la reconstitution financière de sa carrière ;

3°) de mettre à la charge du département de la Savoie une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité par la voie de l'exception, dès lors que l'arrêté du même jour portant changement d'affectation

-constitue une sanction déguisée,

- s'inscrit dans le cadre du harcèlement moral dont elle fait l'objet ;

-est entaché de rétroactivité ;

-a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il lui a été refusé sans motif légitime de consulter son dossier avant la séance de la commission administrative paritaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le président du conseil département de la Savoie conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il ne soit prononcé l'annulation de l'arrêté attaqué qu'en tant qu'il a une portée rétroactive, et au rejet des conclusions à fin d'injonction ;

3°) en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

III) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 juillet 2022 et 19 mars 2024, sous le n°2204201, Mme A D, représentée par Me Laborie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2021 du président du conseil département de la Savoie portant changement d'affectation définitive à compter du 1er avril 2021 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Savoie, à titre principal, de la réintégrer au poste de chef de service " Enfance Jeunesse Famille au sein de la délégation territoriale de l'avant-pays savoyard, et de régulariser sa situation à compter du 1er avril 2019, dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge du département de la Savoie une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige constitue une sanction déguisée, qui est dépourvu de base légale et n'a pas respecté les règles de procédure applicables aux sanctions disciplinaires ;

- il constitue une mesure discriminatoire qui trouve son origine dans le courrier du 12 octobre 2018 par lequel elle a alerté le directeur général des services du département des risques psycho sociaux encourus par les agents de son service ;

-les critiques formulées par le département sur sa manière de servir ne sont pas justifiées ; son état de santé ne pouvait davantage justifier la mesure ;

- il est entaché d'une rétroactivité illégale ;

- il a été pris en considération de sa personne sans qu'elle ne puisse consulter son dossier administratif préalablement à son édiction ;

-ni sa manière de servir, ni son état de santé, ne peuvent justifier cette mesure.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 janvier 2024 et 5 février 2025, le président du conseil département de la Savoie conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il ne soit prononcé l'annulation de l'arrêté attaqué qu'en tant qu'il a une portée rétroactive ;

3°) en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Des pièces ont été produites par le département de la Savoie le 5 février 2025 à la suite d'une mesure d'instruction ordonnée par le Tribunal le 23 janvier 2025 et tendant à obtenir communication du rapport établi au terme de l'enquête administrative diligentée à la suite de la réception du courrier du 12 octobre 2018 de Mme D et du déclenchement d'une procédure d'alerte éthique.

Un mémoire enregistré14 février 2015 de Mme D n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces des dossiers, et notamment les trois décisions du 9 mai 2022 par lesquelles Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale pour chacune des procédures susvisées.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Villard,

- les conclusions de Mme Frapolli, rapporteure public,

- et les observations de Me Vial-Grelier, représentant Mme D, et de Me Auger, représentant le président du conseil départemental de la Savoie.

Considérant ce qui suit :

1.Mme D, assistante socio-éducative de 1ère classe du département de la Savoie, a été affectée à compter du 1er avril 2016 sur le poste de chef du service " Enfance Jeunesse Famille " au sein de la délégation territoriale de l'avant pays savoyard, située sur la commune de Saint-Genix-sur-Guiers. Le 16 décembre 2016, elle a été victime d'une agression sur les lieux du service, qui n'a pas entrainé d'arrêts de travail. A compter du 6 avril 2018, elle a été placée en congé de maladie reconnu imputable au service, en raison d'une rechute de son agression du 16 décembre 2016. Après avoir brièvement repris le service entre le 10 et le 22 janvier 2019, elle a de nouveau été placée en congé maladie imputable au service, renouvelé depuis sans interruption, toujours au titre d'une rechute de l'accident de service du 16 décembre 2016. Par arrêté du 18 janvier 2019, le président du conseil départemental de la Savoie l'a temporairement affectée en qualité de chargée de mission au sein de la délégation départementale enfance jeunesse et famille de la direction générale adjointe à la vie sociale. Un arrêté du 1er avril 2019 a ensuite décidé de son affectation d'office, au sein de la même direction, sur un poste de référent mineur non accompagné. Ces décisions ont été annulées pour vice de forme ou de procédure par un jugement du tribunal du 17 novembre 2020.

2.Par les trois arrêtés en litige du 8 février 2021, le président du conseil départemental de Savoie a de nouveau affecté d'office Mme D sur le même poste de référent mineur non accompagné à compter du 1er avril 2019, et a en conséquence fixé le montant brut annuel global de son nouveau régime indemnitaire et lui a supprimé le bénéfice de NBI. A la suite de l'échec de la tentative de médiation intentée par le centre de gestion de la fonction publique territoriale de la Savoie, Mme D demande au tribunal d'annuler ces trois arrêtés.

3.Les requêtes susvisées ont fait l'objet d'une instruction commune et portent sur la contestation de décisions liées. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.

Sur la légalité de la mesure de mutation d'office dans l'intérêt du service :

En ce qui concerne le moyen tiré de la mesure disciplinaire déguisée :

4.Un changement d'affectation prononcé d'office revêt le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée lorsque, tout à la fois, il en résulte une dégradation de la situation professionnelle de l'agent concerné et que la nature des faits qui ont justifié la mesure et l'intention poursuivie par l'administration révèlent une volonté de sanctionner cet agent.

S'agissant de la dégradation de la situation professionnelle de Mme D

5.Si l'affectation de Mme D sur un poste de référent mineurs non accompagnés correspond à son grade et à ses qualifications, il est constant que cette affectation entraine pour l'intéressée une perte des fonctions d'encadrement et une baisse de rémunération. De plus, compte tenu des motifs énoncés au point suivant qui fondent cette mutation d'office, elle ne peut qu'être préjudiciable à sa carrière. Ainsi, il est établi que la décision en litige entraine une dégradation de la situation professionnelle de Mme D.

S'agissant de la nature des faits reprochés et de l'intention poursuivie par l'administration :

6.Il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes du rapport de saisine de la CAP, du compte rendu de la séance de la CAP du 27 mars 2019, et des écritures en défense, que la mutation dans l'intérêt du service de Mme D est fondée sur une remise en cause de ses compétences professionnelles et de son savoir être, que ce soit dans ses relations avec les usagers, les agents ou sa hiérarchie, ainsi que sur le conflit personnel qui l'opposait à sa supérieure hiérarchique directe, Mme C, déléguée territoriale.

7.En premier lieu, s'agissant du défaut d'établissement des comptes rendus de réunion malgré les demandes réitérées de Mme C, ce manquement n'est établi par aucune des pièces du dossier, et notamment pas par le courriel de Mme C du 1er mars 2018 adressé à Mme E, directrice générale adjointe de la vie sociale, qui se borne à évoquer une finalisation tardive des entretiens professionnels de ses agents par Mme D, et comporte au demeurant des commentaires dépréciatifs et inappropriés sur la personnalité de l'intéressée. Il en va de même des allégations selon lesquelles Mme D aurait privilégié les référents éducation jeunesse au détriment des assistantes sociales et des puéricultrices, alors au demeurant que l'intéressée produit au contraire une attestation établie par une assistante sociale qui indique n'avoir jamais constaté de difficultés dans ses relations professionnelles avec elle.

8.En deuxième lieu, s'agissant du comportement hostile de Mme D envers certains usagers, l'échange de courriels entre Mme C et M. F en date des 21 et 22 mars 2019, où cette dernière évoque seulement le fait que la mère d'une enfant ayant fait l'objet d'un signalement n'aurait " pas donné suite " à un entretien prévu avec Mme D, est insusceptible d'établir que cette mère aurait renoncé à une mesure d'accompagnement pour sa fille en raison du comportement inapproprié de Mme D à son égard. De même, il est reproché à Mme D de s'être opposée sans raison et avec animosité à la demande d'un père tendant à la poursuite de l'accompagnement éducatif dont bénéficiait ses enfants dans l'ancien département de résidence de leur mère, à la suite du déménagement de cette dernière, ce qui a conduit Mme E à lui adresser le 5 mars 2019 un courrier d'excuse au nom du département. Cependant, il ressort au contraire d'une attestation établie par la mère de ces enfants le 1er février 2025 que Mme D a rencontré les parents à plusieurs reprises mais que les enfants refusaient de voir leur père, les visites médiatisées ensuite ordonnées par le juge des enfants ayant d'ailleurs été suspendues suite aux propos violents qu'il avait tenu à l'encontre de ses enfants et du personnel.

9.Il est également reproché à Mme D, à la suite d'un incident survenu le 16 décembre 2016 avec la mère d'une enfant suivie, de s'être " présentée et estimée victime ", et de ne pas avoir su " canaliser son sentiment d'insécurité " en adoptant une posture " hostile et peu constructive ", s'agissant notamment de la décision de Mme C d'assurer elle-même l'accompagnement des parents de cette enfant en raison de sa défaillance. Cependant, il est constant que cet " incident " du 16 décembre 2016 a en réalité consisté en une agression subie par Mme D de la part de cette usagère sur les lieux du service, qui a été reconnue comme un accident imputable au service. Il ressort également des pièces du dossier que cette agression s'inscrit dans le cadre d'un harcèlement constant des agents du service par les parents de l'enfant, ces agents subissant régulièrement des insultes et des menaces de mort, notamment de la part du père, qui s'est d'ailleurs présenté le 15 février 2018 avec une arme à feu aux abords des locaux du service. Par ailleurs, si le département fait valoir qu'il a déposé quatre plaintes à l'encontre des parents et qu'à compter de l'agression de Mme D par la mère de l'enfant en décembre 2016, les contacts avec ces derniers ont été assurés directement par Mme C, qui n'exerçait pourtant ses fonctions qu'à mi-temps sur la période allant de septembre 2016 à septembre 2017, il ressort des pièces du dossier que Mme D a continué à être associée aux décision prises s'agissant de cette enfant et a notamment assuré le suivi des mesures éducatives avec le juge des enfants, alors même qu'elle avait déposé plainte en son nom personnel contre les parents en raison des insultes, menaces et agression dont elle avait été victime. Ce n'est finalement qu'au mois de mai 2018, soit un mois après que Mme D ait été placée en congé maladie imputable au service, que le suivi de cette enfant a été délocalisé pour être confié à un autre service. Dès lors, en admettant même que l'opposition de Mme D au maintien du suivi de cette enfant par elle-même et son service ait pu s'exprimer de manière trop virulente, aucun reproche ne peut être retenu à son encontre sur ce point, compte tenu du climat particulièrement anxyogène nécessairement engendré par cette situation regrettable, et qui a pesé au demeurant sur l'ensemble des agents du service.

10.Enfin, il est surtout reproché à Mme D, alors que le rapport de saisine de la CAP n'en fait pas même mention, d'avoir adopté une posture contestataire envers l'institution dans le cadre d'un conflit personnel qui l'opposait à Mme C, sa supérieure hiérarchique directe, ce qui aurait gravement perturbé le bon fonctionnement du service. Le département fait également valoir qu'à la suite du placement en congé maladie imputable au service de Mme D à compter du 6 avril 2018, la situation se serait apaisée, de sorte que dans la perspective de sa reprise de fonction au début de l'année 2019, l'intérêt du service commandait sa mutation d'office.

11.Cependant, il ressort des pièces du dossier, que le 5 décembre 2018, les représentants du personnel des services du département de la Savoie ont demandé la tenue en urgence d'une séance extraordinaire du comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail afin d'évoquer la souffrance allant en s'aggravant des agents de la délégation territoriale de l'avant pays savoyard, placés sous la responsabilité de Mme C. Il ressort par ailleurs du support de restitution de l'alerte éthique du 23 mars 2019, établi après l'audition de vingt-huit des agents de la délégation territoriale et faisant notamment suite au courrier du 12 octobre 2018 adressé par Mme D au directeur général des services du conseil départemental de la Savoie, afin de dénoncer les agissements de Mme C à l'encontre des agents du service et d'elle-même, ainsi que du procès-verbal de la séance du comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail du 4 avril 2019, que tout au long de l'année 2018, les équipes de l'ensemble de la délégation territoriale de la Savoie ont souffert d'épuisement professionnel et d'un recours alarmant aux arrêts de travail, en raison notamment de la posture et de la personnalité de Mme C, à l'égard de laquelle il avait d'ailleurs été décidé en conséquence la mise en place d'un encadrement renforcé. Il ressort par ailleurs de l'attestation établie en faveur de Mme D par Mme B, médecin de la Protection maternelle et infantile retraitée depuis le 1er octobre 2020, que ce n'est qu'après le départ de Mme C, à une date non précisée, que les arrêts maladie ont cessé et que le service a pu retrouver une ambiance sereine.

12. Dans ces conditions, les difficultés rencontrés par les services de la délégation de l'Avant Pays Savoyard tout au long de l'année 2018 ne peuvent être imputées au comportement de Mme D, qui n'exerçait alors plus ses fonctions de chef du service " Enfance Jeunesse Famille " depuis le 6 avril 2018 et son placement en congé maladie imputable au service, ni même au conflit qu'elle entretenait avec Mme C.

13.Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la nature des faits qui lui sont reprochés, à leur absence de matérialité établie, et aux conséquences que cette décision a eu sur sa situation professionnelle, la mutation d'office dont Mme D a fait l'objet doit être regardée comme révélant en réalité l'intention de l'administration de sanctionner l'intéressée, en lui imputant à tort les difficultés rencontrés par le service. En admettant même qu'en raison du conflit existant entre Mme D et Mme C, une telle mesure aurait également pu être prise dans l'intérêt du service, elle doit être regardée comme présentant en l'espèce le caractère d'une mesure disciplinaire déguisée. Ainsi, la mutation d'office ne figurant pas au nombre des sanctions prévues par l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 qui peuvent être infligées à un fonctionnaire territorial, l'arrêté en litige du 8 février 2021 du président du conseil département de la Savoie est dépourvu de base légale

15.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, que l'arrêté du 8 février 2021 portant mutation d'office de Mme D doit être annulé.

Sur la légalité des autres décisions attaquées :

16.Les arrêtés du 8 février 2021 fixant le montant brut annuel global du régime indemnitaire de Mme D et supprimant la NBI dont elle bénéficiait, qui constituent des mesures d'application de la mesure de mutation d'office du même jour annulée par le présent jugement, sont ainsi également dépourvues de base légale et doivent être annulées par voie de conséquence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17.Les annulations prononcées par le présent jugement impliquent nécessairement qu'à titre rétroactif, l'intéressée soit réintégrée juridiquement dans l'emploi de chef de service qu'elle occupait précédemment, et qu'il soit procédé à la reconstitution administrative et financière de sa carrière à compter du 1er avril 2019. Il y a lieu d'accorder à l'administration un délai d'un mois pour ce faire à compter de la notification du jugement, sans qu'il apparaisse nécessaire en l'état de l'instruction d'assortir cette injonction d'une astreinte.

18.En revanche, dès lors qu'il est constant que Mme D est placée en congé de maladie imputable au service quasiment sans interruption depuis le mois d'avril 2018, soit depuis presque sept ans à la date du présent jugement, et qu'une éventuelle reprise de fonction ne pourra avoir lieu qu'après avis du conseil médical en application de l'article 17 du décret susvisé du 30 juillet 1987, la présente décision n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint à l'administration de prononcer sa réintégration effective dans le poste qu'elle occupait. Le surplus des conclusions à fin d'injonction est donc rejeté.

Sur les frais des instances :

19.Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 et 75-I de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Mee Laborie, avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 4 000 euros.

20.En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département de la Savoie demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés susvisés du 8 février 2021 portant mutation d'office et fixant le régime indemnitaire de Mme D sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au département de la Savoie de réintégrer juridiquement Mme D dans l'emploi de chef de service " Enfance Jeunesse Famille " qu'elle occupait précédemment, et de procéder à la reconstitution administrative et financière de sa carrière à compter du 1er avril 2019.

Article 3 : Le département de la Savoie versera à Mee Laborie une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au président du conseil départemental de la Savoie.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

M. Villard, premier conseiller,

Mme Pollet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.

Le rapporteur,

N. VILLARD

Le président,

J.P. WYSSLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2204199 - 2204200 - 2204201

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