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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2206758

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2206758

vendredi 20 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2206758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème Chambre
Avocat requérantGALLO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A... B... visant à annuler l'arrêté préfectoral de dessaisissement de ses armes. La juridiction a jugé que la demande d'indemnisation était irrecevable pour défaut de demande préalable, que l'arrêté avait été signé par une autorité compétente en vertu d'une délégation, et que le préfet n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fondant sa décision sur des condamnations pénales anciennes mais graves liées à l'usage d'armes. La décision s'appuie sur les articles L. 312-11 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure ainsi que sur l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 octobre 2022, 23 février 2023, 28 août 2023 et 19 juin 2024, M. A... B..., représenté par Me Gallo, demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de l’Isère a ordonné le dessaisissement de ses armes de toute catégorie, de ses munitions et de leurs éléments ;

2°) de condamner l’Etat à lui verser une indemnité de 5 000 euros en réparation du préjudice moral qu’il estime avoir subi en raison du dessaisissement de ses armes ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
l’arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
l’arrêté est entaché d’un erreur manifeste d’appréciation, dès lors que le préfet n’établit pas un risque de trouble à l’ordre public ou un risque actuel pour la sécurité des personnes ;
il a subi un préjudice moral indemnisable à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de l’Isère, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- la demande indemnitaire est irrecevable faute de demande préalable ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, il y a lieu de substituer le 2° de l’article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure à l’article L. 312-11 de ce code.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Argentin,
- les conclusions de Mme Bourion, rapporteure publique.

Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

Le 21 février 2022, M. B... a déclaré l’acquisition d’une arme de chasse. Par l’arrêté contesté du 27 juillet 2022, le préfet de l’Isère a ordonné, sur le fondement de l’article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure, à M. B... de se dessaisir de toutes les armes de toute catégorie en sa possession, des munitions et de leurs éléments, lui a interdit d’acquérir ou de détenir des armes de toute catégorie, a inscrit cette interdiction dans le fichier national des interdits d’acquisition et de détention d’armes et a retiré la validité de son permis de chasser. M. B... demande au tribunal d’annuler cet arrêté et de condamner l’Etat à réparer le préjudice moral qu’il estime avoir subi.

En premier lieu, aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d’une somme d’argent, elle n’est recevable qu’après l’intervention de la décision prise par l’administration sur une demande préalablement formée devant elle (…) ».

En l’espèce, M. B... n’a pas formé de demande indemnitaire préalable auprès du préfet de l’Isère tendant à la réparation du préjudice qu’il estime avoir subi. Dans ces circonstances, les conclusions indemnitaires sont irrecevables et ne peuvent qu’être rejetées.

En deuxième lieu, l’arrêté attaqué a été signé par M. C... D..., directeur de cabinet de la préfecture de l’Isère, qui bénéficiait à cet effet d’une délégation de signature consentie par le préfet du 2 février 2022, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : « (…) le représentant de l’Etat dans le département peut, pour des raisons d’ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d’une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s’en dessaisir (…) ». Aux termes de l’article R. 312-67 du même code : « Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l’arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque (…) / 3° Il résulte de l’enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d’une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l’article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ».

Pour prononcer le dessaisissement d’armes contesté, le préfet de l’Isère s’est fondé sur des faits, commis le 21 novembre 2013, de dégradation de biens d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes et sanctionnés par une peine d’emprisonnement de dix-huit mois avec sursis prononcé le 13 février 2014 par le tribunal correctionnel de Grenoble, ainsi que sur des faits de violence, avec usage d’un couteau, commis le 19 décembre 2013, sanctionnés par une condamnation de deux ans d’emprisonnement avec sursis prononcée le 17 février 2016 par un jugement du tribunal correctionnel de Grenoble. Si ces faits sont anciens, ils sont en lien avec l’usage d’armes, notamment d’une arme à feu en ce qui concerne les faits du 21 novembre 2013, sont particulièrement graves, et dénotent un comportement incompatible avec le port d’une arme. Au demeurant, le requérant a fait l’objet d’une interdiction de détention d’armes prononcée sur le fondement du 14° de l’article 132-45 du code pénal par le jugement précité du 17 février 2016. Dans ces circonstances, M. B... n’est pas fondé à soutenir que le préfet de l’Isère a commis une erreur d’appréciation en lui ordonnant de se dessaisir des armes en sa possession et en lui en interdisant l’acquisition ou la détention.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête doivent être également rejetées.

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B... demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la préfète de l’Isère.



Délibéré après l’audience du 11 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Le Frapper, présidente,
M. Villard, premier conseiller,
M. Argentin, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2026.



Le rapporteur,

S. Argentin

La présidente,

M. Le Frapper

La greffière,






L. Bourechak


La République mande et ordonne à la préfète de l’Isère en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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