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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300487

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300487

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300487
TypeDécision
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Huard, demande au tribunal:

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2022-CL-02 du 15 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2023-AP-031 du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Isère l'a assignée à résidence pour une durée de six mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement de réexaminer sa demande après remise d'un récépissé l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C soutient que :

- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de délai de départ volontaire est insuffisamment motivé ;

- il est disproportionné et entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai prive de base légale l'interdiction de retour en France ;

- cette interdiction n'est pas motivée ;

- sa durée a été fixée sans examen des critères fixés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York ;

- sa durée est disproportionnée et entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai prive de base légale la décision l'assignant à résidence ;

- l'assignation à résidence méconnaît l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire enregistré le 13 avril 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 avril 2023:

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Huard, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante macédonienne, serait entrée en France en août 2010. Après rejet définitif de sa demande d'asile en décembre 2012, elle a fait l'objet, en juin 2012, juin 2014 et juillet 2016, de trois obligations de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécutées. En janvier 2020, elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de l'Isère lui a, par arrêté du 15 décembre 2022, opposé un refus et a prescrit son éloignement du territoire français. Ultérieurement, par arrêté du 11 janvier 2023, Mme C a été assignée à résidence pour une durée de six mois. Dans la présente instance, elle demande l'annulation pour excès de pouvoir de ces deux arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Mme C a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 25 janvier 2023. Eu égard aux circonstances de l'espèce il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 susvisé:

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, à l'exigence de motivation définie aux articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ".

5. Si à la date de la décision attaquée, Mme C se prévaut d'une durée de 12 ans de présence en France, elle ne l'établit pas alors, au demeurant, qu'elle y a pour l'essentiel séjourné irrégulièrement, à la faveur de l'inexécution de trois précédentes obligations de quitter le territoire français. Les quelques attestations de connaissances et la circonstance qu'elle disposerait d'une promesse d'embauche ne suffisent pas à caractériser une intégration sociale d'une particulière intensité. Sur un plan familial, son compagnon, également macédonien, se trouve dans la même situation administrative que la sienne. Dans la mesure où, par ailleurs, rien n'indique que les deux enfants encore mineurs du couple ne pourraient pas poursuivre leur parcours en Macédoine, il n'y a pas d'obstacle avéré à ce que ces derniers accompagnent leurs parents dans cet Etat. Il est vrai que les deux enfants majeurs du couple, respectivement âgés de 19 et 22 ans à la date de la décision attaquée, résident pour leur part régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire valable, respectivement, jusqu'en juillet 2024 et octobre 2023. Toutefois, les deux aînés n'ont pas vocation à continuer à vivre avec leurs parents et rien ne fait au demeurant obstacle à ce qu'ils rendent visite à leur famille en Macédoine. Il résulte de ce qui précède que le refus de titre de séjour ne méconnaît ni les dispositions citées au point précédent ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Pour les motifs exposés au point précédent, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus de titre de séjour est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

7. L'article 3-1 de la convention de New York ne garantit pas aux deux autres enfants du couple, Erdjan et Samara, respectivement âgés de 16 ans et 8 ans à la date de la décision attaquée, de se maintenir dans l'Etat où résident leurs deux aînés, devenus majeurs, ainsi qu'il a été dit au point 5. S'il est vrai que la requérante justifie qu'Erdjan a effectué l'intégralité de son parcours scolaire en France, il est inscrit au titre de l'année 2022-2023 en parcours de formation MLDS et rien n'indique qu'il ne pourrait pas poursuivre son insertion professionnelle en Macédoine. Rien ne fait par ailleurs obstacle à la scolarisation de la benjamine en Macédoine. Dans ces circonstances, et alors que le refus de titre n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme C de ses enfants mineurs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

8. L'obligation de quitter le territoire français contestée comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent. Elle satisfait donc à l'obligation de motivation qu'impose l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de forme dont elle serait entachée doit donc être écarté.

9. L'exception d'illégalité du refus de titre ainsi que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention de New-York, directement invoqués contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés par les motifs exposés aux points 3 à 7.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

10. Le refus de délai de départ volontaire comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent. Il satisfait par suite à l'exigence de motivation qu'impose l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de forme dont il serait entaché doit donc être écarté.

11. En se bornant à évoquer la rupture brutale de ses liens professionnels, alors qu'elle n'en dispose pas, et de ses liens sociaux et amicaux, la requérante ne fait pas état, en l'espèce, d'intérêts rendant nécessaire son maintien temporaire sur le territoire national. De même, rien n'indique que la scolarité de ses enfants mineurs ne pourrait pas être poursuivie sans interruption en Macédoine. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Isère a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire. Le moyen correspondant doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France :

12. Il résulte des éléments exposés aux points précédents que l'exception d'illégalité des décisions faisant obligation à Mme C de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire, excipée à l'encontre de la décision lui interdisant tout retour en France pendant deux ans, doit être écartée.

13. L'interdiction en litige comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent. Elle satisfait par suite à l'exigence de motivation qu'impose l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de forme dont elle serait entachée doit donc être écarté.

14. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

15. Il résulte de l'arrêté en litige que la durée de l'interdiction de séjour contestée a été fixée par le préfet de l'Isère après examen des critères énoncés par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance, par cette interdiction, de ces dispositions doit être écarté.

16. Compte tenu des conditions de séjour de la requérante en France et de sa situation familiale, telles qu'exposées aux points 5 et 7, elle n'est pas fondée à soutenir que l'interdiction en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York. Les moyens correspondants doivent être écartés.

17. M. C s'est soustraite à l'exécution de trois précédentes obligations de quitter le territoire français, ne justifie pas en France, comme exposé au point 5, d'attaches personnelles d'une particulière intensité, autres que ses deux enfants majeurs qui pourront rendre visite à leurs parents en Macédoine. Le préfet de l'Isère n'a donc pas entaché l'interdiction contestée d'erreur manifeste d'appréciation en en limitant la durée à deux années, nonobstant la circonstance que la présence de l'intéressée en France ne représente pas une menace pour l'ordre public. Le moyen correspondant doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de l'ensemble de la requête, qui en sont l'accessoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2023 susvisé portant assignation à résidence :

Sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen dirigé contre l'assignation de résidence :

19. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

20. Il résulte expressément des termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la mesure d'assignation à résidence ordonnée en application de ces dispositions a pour objet, non de mettre à exécution d'office une mesure d'éloignement prise antérieurement, mais d'autoriser temporairement l'étranger à se maintenir en France lorsqu'il n'existe pas de perspective raisonnable de mise à exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet pour des motifs qu'il appartient à l'étranger lui-même d'établir.

21. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que Mme C dispose d'un passeport et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Ainsi, le préfet de l'Isère, en assignant à résidence Mme C pour une durée de six mois sur le fondement des dispositions citées au point 19 a entendu faciliter l'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, et non autoriser l'intéressée à se maintenir provisoirement en France en raison de l'absence de perspectives raisonnables d'éloignement que Mme C aurait fait valoir devant lui.

22. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Isère a assigné à résidence Mme C pour une durée de six mois méconnaît l'article L. 731-3 et doit être annulé.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

23. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Me Huard au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le préfet de l'Isère a assigné à résidence Mme C pour une durée de six mois est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet de l'Isère et à Me Huard.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

Mme Frapolli, premier conseiller,

Mme Fourcade, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023

Le rapporteur,

I. B

Le président,

C. VIAL-PAILLER

Le greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2300487

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