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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2300492

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2300492

mardi 7 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2300492
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELAS RTA AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la demande d'un contribuable contestant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des pénalités pour les années 2015 et 2016. Le tribunal a jugé que la procédure de rectification de l'administration fiscale, qui a requalifié les revenus de la vente de biens immobiliers de bénéfices commerciaux en plus-values privées, était régulière, car elle ne relevait pas de la procédure de répression des abus de droit (article L. 64 du Livre des Procédures Fiscales). Il a également estimé que le contribuable n'avait pas droit à l'abattement pour durée de détention prévu par l'article 150 VC du Code Général des Impôts, l'immeuble ayant été utilisé pour son activité professionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2023, M. B... A... C..., représenté par la SELAS RTA, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des intérêts et majorations correspondants ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la procédure est irrégulière en ce qu’il n’a pas pu bénéficier de l’avis du comité consultatif de répression des abus de droit ;
- l’administration fiscale a commis une erreur de droit en n’appliquant pas l’abattement prévu par l’article 150 VC du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le directeur départemental des finances publiques de l’Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Vaillant, rapporteure,
- les conclusions de Mme Galtier, rapporteure publique.


Considérant ce qui suit :

M. D... a exercé une activité d’exploitant d’une pension-hôtel et colonie de vacances de 1983 à 2014. A compter du 6 février 2015, il a déclaré une activité de marchand de biens à raison de la vente de certains lots issus de la réhabilitation en logement des bâtiments de la colonie. Il a fait l’objet d’une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2014 au 31 décembre 2015. Estimant que l’activité déclarée par le requérant ne pouvait pas être qualifiée de marchand de biens, l’administration fiscale lui a notifié une première proposition de rectification en date du 21 juillet 2017 tendant à annuler les bénéfices industriels et commerciaux au titre de l’activité de marchand de biens et une seconde proposition de rectification en date du 26 janvier 2018, tirant les conséquences financières, en matière d’impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016, des rectifications proposées dans la catégorie des plus-values immobilières imposables selon le régime des particuliers. Après avoir vainement adressé le 23 décembre 2021 au service une réclamation contentieuse, M. D... demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires afférentes aux plus-values immobilières mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016.

Sur la régularité de la procédure d’imposition :

Aux termes de l’article L. 64 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable en l’espèce : « Afin d’en restituer le véritable caractère, l’administration est en droit d’écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d’un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d’une application littérale des textes ou de décisions à l’encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n’ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d’éluder ou d’atténuer les charges fiscales que l’intéressé, si ces actes n’avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. / En cas de désaccord sur les redressements notifiés sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l’avis du comité consultatif pour la répression des abus de droit. L’administration peut également soumettre le litige à l’avis du comité. / Si l’administration ne s’est pas conformée à l’avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification. / Les avis rendus feront l’objet d’un rapport annuel qui est rendu public. ».

Si M. D... soutient que la procédure d’imposition serait irrégulière faute pour l’administration d’avoir mis en œuvre la procédure de répression des abus de droit prévue par l’article L. 64 du livre des procédures fiscales, il résulte de l’instruction que le vérificateur s’est fondé, pour remettre en cause les bénéfices industriels et commerciaux, sur l’absence d’activité de marchand de biens telle qu’elle résulte de l’article 35 du code général des impôts, notamment l’absence de caractère habituel des opérations d’achats à titre onéreux suivis de ventes. Ce faisant, l’administration n’a pas entendu, même de manière implicite, écarter un acte ayant eu pour seul motif d’éluder les charges fiscales qu’aurait normalement supportées M. D.... Il en résulte que l’administration n’avait pas à recourir à la procédure de répression des abus de droit prévue à l’article L. 64 du livre des procédures fiscales. Par suite, M. D... n’est pas fondé à invoquer l’absence de respect des garanties offertes par cette procédure.

Sur le bien-fondé des impositions :

En vertu de l’article 150 VC du code général des impôts, la plus-value brute réalisée lors de la cession à titre onéreux de biens immobiliers bâtis est réduite d’un abattement fixé à 6 % pour chaque année de détention au-delà de la cinquième et 4 % au titre de la vingt-deuxième année de détention.

Il résulte de l’instruction que l’immeuble acquis par M. A... C... à titre gratuit le 23 janvier 1995, à la suite d’une donation de la nue-propriété, a conservé son affectation à la réalisation de son activité professionnelle, à savoir une activité d’exploitant d’une pension-hôtel et colonie de vacances, bien qu’il n’ait été inscrit à l’actif du bilan de l’entreprise que postérieurement à l’acquisition de l’usufruit, au décès du donateur usufruitier le 25 octobre 2002. Le requérant n’est donc pas fondé à soutenir qu’il détenait l’immeuble en litige dans son patrimoine privé depuis 1995 jusqu’à son inscription à l’actif du bilan de la colonie de vacances. En retenant que l’immeuble en litige était entré dans le patrimoine privé de M. D... le 31 décembre 2014 à la cessation de l’activité de colonie de vacances, qu’il le détenait ainsi depuis moins de cinq ans en 2015 et 2016 et qu’il n’y avait donc pas à appliquer l’abattement prévu par l’article 150 VC du code général des impôts, le service n’a pas commis d’erreur de droit.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge de la requête de M. D... doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés par M. D... et non compris dans les dépens.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et au directeur départemental des finances publiques de l’Isère.


Délibéré après l’audience du 16 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. L’Hôte, président,
M. Lefebvre, premier conseiller,
Mme Vaillant, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2026.



La rapporteure,

AS. VAILLANT
Le président,

V. L’HÔTE

La greffière,

L. ROUYER




La République mande et ordonne au ministre de l’action et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.






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