jeudi 14 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2303932 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 20 juin 2023 et le 3 août 2023, Mme B D, représentée par Me Vigneron, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-LS 220 du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard et à défaut de réexaminer sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut de produire l'avis du collège des médecins de l'OFII, de justifier qu'un rapport médical a bien été établi et que la composition du collège était conforme à l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- compte tenu de son ancienneté, l'avis du collège de médecins ne reflète pas son état de santé à la date du refus de séjour attaqué ;
- le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins ;
- elle ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle devra être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- un retour en Algérie méconnaitrait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est tardive et que les moyens ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Barriol,
-et les observations de Me Provost, substituant Me Vigneron, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante algérienne née le 2 janvier 1961, est entrée en France le 21 février 2020 sous couvert d'un visa valable du 13 novembre 2019 au 10 mai 2020. Elle a sollicité le 11 mai 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Mme D demande l'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté dans son ensemble :
2. L'arrêté a été signé par M. E A, directeur de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui bénéficiait à ce titre d'une délégation de signature accordée par le préfet de l'Isère par arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publiée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien de 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".
4. En l'espèce, le préfet a versé au dossier l'avis médical rendu le 12 août 2022 par le collège des médecins de l'OFII et dont l'existence est dès lors établie. Il produit également le bordereau de transmission du directeur de l'OFII dont il ressort que cet avis a été rendu après qu'un rapport médical a été établi le 8 juillet par le médecin de l'OFII. Il ressort également des pièces du dossier que la composition du collège de médecins ayant prononcé cet avis était conforme aux exigences de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé. Enfin, aucun texte ni aucun principe ne limite la durée de validité de l'avis émis par le collège de médecins. La requérante ne démontrant par ailleurs pas que son état de santé aurait évolué entre la date de l'avis et celle de l'arrêté attaqué, la seule mention dans un certificat médical que le MGUS (pic monoclonal de signification indéterminé) présenterait un risque de se transformer en myélome ne l'établissant pas. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que l'avis du 12 août 2022 n'était pas de nature à éclairer le préfet sur la réalité de son état de santé au moment où la décision a été prise 4 mois plus tard. Il suit de là que le moyen tiré du vice de procédure dont serait entaché l'arrêté du 19 décembre 2022 doit être écarté en toutes ses branches.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère se soit estimé lié par l'avis du collège de médecins et aurait ainsi méconnu l'étendue de sa compétence.
6. En troisième lieu, selon le collège des médecins de l'OFII, si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pourra bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Mme D fait valoir qu'elle est atteinte de multiples pathologies graves, et ne peut bénéficier du suivi quotidien dont elle a besoin ni des traitements adaptés dans son pays d'origine. Elle soutient que différents rapports et articles de presse mettent en exergue les défaillances du système de soins algérien et la difficulté d'accès, pour les ressortissants de ce pays, aux soins et aux professionnels de santé. Toutefois, si elle produit des certificats médicaux et des comptes rendus médicaux qui démontrent la réalité des pathologies dont elle est affectée, elle ne verse pas au dossier de documents probants permettant de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII quant à la possibilité de bénéficier effectivement de traitements appropriés en Algérie. Les éléments médicaux n'établissent pas plus que son état de santé se serait dégradé depuis le 12 août 2022 et aurait justifié une nouvelle saisine pour avis du collège des médecins de l'OFII et notamment pas, le certificat médical du 19 janvier 2023 indiquant qu'elle " est suivie dans le service d'hématologique pour un MGUS (pic monoclonal de signification indéterminé) qui peut se transformer en myélome ". Au vu des documents produits par les deux parties, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante obèse atteinte notamment d'un diabète de type 2, d'une insuffisance rénale, d'un syndrome d'apnée du sommeil, de la maladie de Crohn, d'un MGUS et d'une cardiopathie, ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations précitées du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
7. En quatrième lieu, Mme D fait valoir la présence de son époux et d'une de ses filles et de petits-enfants sur le territoire et qu'elle serait isolée en Algérie. Toutefois, son époux réside en France depuis 2009. Elle a ainsi vécu éloigné de ce dernier depuis plus de dix ans et aucune demande de regroupement familial n'a été formulée. Sa fille réside sur le territoire en raison de l'état de santé de son enfant. Mme D a vécu jusqu'à l'âge de 59 ans en Algérie où elle conserve de fortes attaches en la présence de cinq autres enfants ainsi que deux de ses sœurs. Enfin, comme il a été indiqué précédemment elle peut bénéficier de soins adaptés à ses problèmes de santé dans son pays. Dans ces circonstances, le préfet de l'Isère a pu légalement prendre l'arrêté attaqué sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale qui lui est garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegardes des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de l'Isère n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus sur la situation personnelle de l'intéressée.
8. En cinquième lieu, si elle fait valoir que l'arrêté a pour effet de l'éloigner de sa fille majeure et de ses petits-enfants, cette circonstance ne saurait méconnaitre l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :
9. Le refus de titre de séjour n'étant pas illégal, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.
10. Le refus de titre de séjour n'étant pas illégal, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale.
11. Le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, et les moyens tirés de ce que la mesure d'éloignement violerait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
12. Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.
13. Mme D n'établit pas qu'elle serait personnellement exposée à des risques pour sa vie en cas de retour en Algérie alors qu'elle peut bénéficier d'un traitement approprié en Algérie comme il a été précédemment exposé au point 6. Par suite, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Pour les motifs indiqués précédemment, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de Mme D aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, d'astreintes et celles aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Vigneron et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.
La rapporteure,
E. Barriol
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026