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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305000

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305000

jeudi 23 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305000
TypeDécision
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantALDEGUER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Aldeguer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui accorder un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou de procéder à un nouvel examen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

* En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il a été pris en méconnaissance des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il viole les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 septembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller ;

- et les observations de Me Aldeguer, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, est entrée en France le 15 mai 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Après le rejet le 19 février 2021 d'une première demande de titre de séjour, elle a sollicité le 7 juillet 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 21 juillet 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit () au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

3. Pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien précitées, le préfet de l'Isère s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 26 octobre 2022, qui a estimé que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que l'intéressée peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Algérie, et peut voyager sans risque. La requérante ne produit aucun élément de nature à établir que la décision du préfet serait entachée d'erreur d'appréciation quant à son état de santé. Par suite ce moyen doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme B, qui se borne à produire les cartes d'identité française et titre de séjour de ses sœurs ainsi que le certificat de décès de sa mère, ne justifie d'aucune insertion sociale, amicale ou professionnelle de nature à démontrer qu'elle aurait établi en France, où elle est entrée à l'âge de 49 ans, le centre de ses intérêts matériels et moraux. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 5) de l'article 6 de l'accord-franco-algérien.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 5, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

E. PROST

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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