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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2305098

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2305098

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2305098
TypeDécision
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMARCEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2023, M. B D, représenté par Me Marcel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2022 par lequel le préfet de l'Isère l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît son droit d'être entendu ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant interdiction de circulation sur le territoire pour une durée de six mois :

- est insuffisamment motivée ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, la préfecture de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doulat a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant roumain né le 7 mars 1996 est entré en France pour la dernière fois en avril 2022 selon ses déclarations. M. D a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire datée du 17 janvier 2022 qu'il affirme avoir exécutée en février 2022 avant de revenir sur le territoire français au mois d'avril de la même année. Suite à son interpellation, le préfet de l'Isère l'a, par l'arrêté attaqué du 27 novembre 2022, obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution forcée de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de circulation pour une durée de six mois.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les éléments de fait propres à la situation du requérant et les considérations de droit sur lesquels il se fonde, ce que le requérant se borner à contester sans argument. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. En outre, tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a pu faire valoir les éléments concernant sa situation lors de son audition réalisée le 27 novembre 2022 par les services de la gendarmerie, la question de l'exécution d'une éventuelle mesure d'éloignement ayant été expressément posée à l'intéressé. En outre M. C ne fait valoir aucun élément utile et pertinent qu'il n'aurait pas été mis en mesure de porter à la connaissance de l'autorité préfectorale et qui aurait été susceptible d'influer sur le sens de la décision. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision en litige a été prise en violation du droit de l'intéressé à être entendu doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 233-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".

7. Par la seule production d'une attestation pôle emploi et d'une fiche de paye d'octobre 2022 d'un montant de 487,08 euros bruts, M. D n'établit pas la réalité de son activité professionnelle. S'il affirme que sa compagne Mme A a une micro-entreprise de récupération de ferraille il ne justifie pas des revenus du foyer, alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. D est hébergé gratuitement par le centre communal d'action sociale de Grenoble, qu'il vit de mendicité et qu'il bénéficie de l'aide médicale de l'Etat. Par suite M. C ne saurait prétendre remplir l'une des conditions lui donnant droit au séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le requérant ne justifiant d'aucun droit au séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990, publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Le requérant soutient que la décision attaquée aurait pour conséquence de le séparer de son enfant. Toutefois, il n'apporte aucun élément concernant l'enfant de sept mois évoqué lors de son audition, ne justifie pas de son lien de filiation et n'indique pas en quoi il pourrait se trouver séparé de celui-ci dès lors que les membres de la cellule familiale possèdent, a priori, tous la même nationalité. Par suite la décision attaquée ne contrevient pas à l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. M. D se borne à soutenir que les conséquences de l'obligation de quitter le territoire sont manifestement excessives. Toutefois, au regard de l'entrée récente de M. D sur le territoire, au fait qu'il n'établit pas avoir exécuté la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre et qu'il ne ressort pas de pièces du dossier que la famille ne pourrait se reconstituer dans leur pays d'origine, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

11. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas illégale, M. D n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

12. Pour les motifs précédemment exposés, en fixant comme pays de destination la Roumanie ou tout autre pays dans lequel M. D serait légalement admissible, le préfet n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'interdiction de circuler sur le territoire :

13. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". L'article L. 251-1 du même code, partiellement cité au point 6, permet également d'éloigner les ressortissants européens lorsque : " 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit () ".

14. Le préfet qui, dans son arrêté, vise exclusivement le 1° de l'article L. 251-1 et se borne à indiquer qu'en application de l'article L. 251-4 précité il peut prononcer une interdiction de circulation sur le territoire français sans faire état d'un abus de droit ou d'une menace, n'énonce pas les éléments de fait et de droit sur lesquels il entend fonder sa décision. Dès lors, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à son encontre, M. D est fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. D présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La décision par laquelle le préfet de l'Isère a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Marcel et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient

Mme Triolet, présidente,

M. Ban, premier conseiller,

M. Doulat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

Le rapporteur,

F. DOULAT

La présidente,

A. TRIOLET

Le greffier,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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