mardi 17 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306209 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Avocat requérant | LAGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 septembre 2023, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Me Posak, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions des articles L. 551-1 et suivants du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision du 15 septembre 2023 par laquelle le président de la fédération départementale des chasseurs de la Drôme a autorisé le président de l'association communale de chasse agréée (ACCA) de Lus La Croix Haute à prélever un tétras-lyre durant la campagne 2023/2024 ;
2°) de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs de la Drôme la somme de 850 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a qualité et intérêt pour agir ;
- l'urgence est constituée dès lors que la décision attaquée organise la chasse d'une espèce en forte régression et qu'elle sera exécutée entre le 20 septembre et le 11 novembre 2023 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée qui ne précise ni son auteur ni sa date et qui est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de la directive " Oiseaux " n°2009/147/CE du 30 novembre 2009, des article L.420-1 et L.110-1 II 3 et 9° du code de l'environnement, de l'état de conservation défavorable du tétras-lyre ainsi que du faible échantillonnage de poules permettant de rendre compte du succès reproducteur à l'échelle départementale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, la fédération départementale des chasseurs de la Drôme, représentée par Me Bonzy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt pour agir de la LPO ;
- la requête est irrecevable faute d'avoir été précédée de la présentation du recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article R.425-9 du code de l'environnement ;
- la requête est irrecevable en l'absence de recours dirigé contre l'arrêté préfectoral d'ouverture et de fermeture de la chasse du 26 juin 2023 et de l'arrêté du 23 juin 2011 fixant un plan de chasse tétras-lyre obligatoire ;
- la situation d'urgence n'est pas établie dès lors que l'association requérante, qui a attendu le 27 septembre 203 pour contester la décision attaquée du 15 septembre 2023, n'a pas exercé de recours contentieux contre le schéma départemental de gestion cynégétique 2021-2027, l'arrêté du 23 juin 2011 et l'arrêté du 26 juin 2023 ;
- la situation d'urgence n'est pas établie au regard de la règlementation stricte des modalités de chasse du tétras-lyre et compte tenu de l'absence de donnée fournie par la requérante ;
- la zone géographique n'a fait l'objet que d'une seule attribution de prélèvement alors que les préconisations de l'observatoire des galliformes de montagne en permettaient dix ;
- les moyens soulevés ne sont pas propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 27 septembre 2023 sous le numéro 2306208 par laquelle l'association LPO Auvergne-Rhône-Alpes demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la directive 2009/147/CE du parlement européen et du conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Triolet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de tenue en présence de Mme Bonino, greffière d'audience, Mme Triolet a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Posak, représentant la LPO Auvergne-Rhône-Alpes ;
- les observations de Me Bonzy, représentant la fédération départementale des chasseurs de la Drôme.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. En l'état de l'instruction, et plus particulièrement au regard, d'une part, des conclusions relatives à l'évolution démographique de la population des tétras-lyres issues du dernier bilan décennal de l'observatoire des galliformes de montagne et de l'effectif estimé de poules dans la partie iséroise de la région bioclimatique Préalpes et dépression intra-alpine du Nord-zone de transition pour l'évaluation du succès reproducteur en 2023 et, d'autre part, du caractère modeste du prélèvement litigieux, aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
3. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la fédération des chasseurs de la Drôme et sur la condition tenant à l'urgence, les conclusions à fins de suspension de la décision attaquée doivent être rejetées.
4. Partie perdante, la ligue de protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes ne peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de mettre à sa charge les frais exposés par la Fédération des chasseurs de la Drôme au même titre.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la ligue de protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la fédération départementale des chasseurs de la Drôme présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la ligue de protection des oiseaux Auvergne-Rhône-Alpes et à la fédération départementale des chasseurs de la Drôme.
Fait à Grenoble, le 17 octobre 2023.
La juge des référés,
A. Triolet
La greffière,
J. Bonino
La République mande et ordonne au ministre de l'écologie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.