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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2306452

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2306452

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2306452
TypeDécision
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCHURMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 octobre 2023 et le 5 décembre 2023, M. C A, représenté par Me Schürmann, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir en cas d'annulation de la décision pour un motif de fond, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir en cas d'annulation de la décision pour un motif de forme, et d'assortir ces injonctions d'une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour a été prise par un signataire incompétent ; elle est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est entachée d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Naillon,

- et les observations de Me Schürmann, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant iranien, a formulé une première demande d'asile le 21 janvier 2004, qui a fait l'objet d'un refus par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 30 juin 2004, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 avril 2005, puis il a fait l'objet d'un arrêté du 12 août 2005 portant reconduite à la frontière. M. A déclare être entré pour la dernière fois en France en février 2011. Il a formulé une demande de réexamen de sa demande d'asile le 11 mai 2011, qui a fait l'objet d'un refus par l'OFPRA le 26 mai 2011, confirmé par la CNDA le 17 février 2012 et le 22 juin 2012. Le 25 octobre 2013, il a formulé une nouvelle demande de titre de séjour. Par arrêté du 9 mars 2015, le préfet a refusé de lui délivrer ce titre, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour durant trois ans. Le 17 mars 2021, il a sollicité un titre de séjour, à titre principal pour des motifs privés et familiaux, à titre subsidiaire pour des considérations exceptionnelles et humanitaires. Par l'arrêté attaqué du 12 septembre 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, et lui a interdit de revenir sur le territoire français durant trois ans.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence [], l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur [] ".

4. M. A produit des pièces qui, par leur contenu, leur nombre, et leur régularité, sont de nature à établir qu'il est présent sur le territoire français depuis plus de dix ans. En particulier, concernant l'année 2018, Mme B atteste avoir logé à titre gratuit M. A, dans sa résidence située à Saint-Egrève, à compter du mois de janvier 2016, pour une période de quatre ans. Alors que le préfet de l'Isère envisageait, par la décision attaquée, de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par M. A qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, il était tenu de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 12 septembre 2023 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. D'une part, il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de sa demande de titre de séjour valant autorisation de travailler dans un délai de huit jours.

7. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Schürmann, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Schürmann de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er :M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :L'arrêté du 12 septembre 2023 du préfet de l'Isère est annulé.

Article 3 :Il est enjoint préfet de l'Isère de réexaminer la situation de M. A et de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour valant autorisation de travailler, dans les délais respectifs de trois mois et huit jours à compter de la notification du présent jugement.Article 4 :L'Etat versera à Me Schürmann une somme de 900 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 :Le surplus des conclusions est rejeté.Article 6 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Schürmann, et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Holzem, première conseillère,

Mme Naillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

L. Naillon

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°230645

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