mercredi 12 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2306820 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | Juge unique 8 |
| Avocat requérant | SARL NOVAS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés 20 octobre 2023, le 8 mars 2024 et le 4 février 2025, Mme E C, représentée par Me Combes, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admette à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 32 250 euros en réparation des préjudices subis du fait de la carence de l'Etat à lui proposer un logement, somme à réévaluer au jour du jugement ou au jour de la prise en charge effective de Mme C dans un logement social adapté à ses besoins ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la carence de l'Etat à lui proposer un logement adapté à ses besoins et capacités est une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- cette faute lui a causé des préjudices qu'il convient d'indemniser.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- aucune faute n'est imputable à l'administration ;
- elle n'invoque aucun préjudice sérieux ou à défaut, le surévalue.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience :
- le rapport de M. WYSS,
- et les observations de Me Combes, représentant Mme C et de Mme B, représentant la préfète de l'Isère.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 21 mars 2022, la commission de médiation de l'Isère a reconnu le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de Mme C. En l'absence de proposition de logement dans le délai légalement imparti, le président du tribunal administratif de Grenoble a, par une ordonnance n°2300409 du 8 mars 2023, enjoint à la préfète de l'Isère d'assurer le logement de Mme C avant le 30 avril 2023. Estimant que cette obligation n'a pas été honorée, Mme C a adressé une demande indemnitaire préalable à la préfète de l'Isère le 20 juin 2023. Par une décision implicite née le 20 août 2023, la préfète de l'Isère a rejeté cette demande.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute :
2. D'une part, lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans l'Isère à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
3. D'autre part, il résulte des dispositions du septième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et des articles R. 441-16-1 et R. 441-16-3 du même code que, lorsqu'un demandeur a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une commission de médiation, il incombe au représentant de l'Etat dans le département de définir le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, sans être tenu par les souhaits de localisation formulés par l'intéressé dans sa demande de logement social. Seul le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement adaptée est de nature à faire perdre à l'intéressé le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation.
4. Aux termes de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation : " A compter du 1er décembre 2008, le recours devant la juridiction administrative prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 peut être introduit par le demandeur qui n'a pas reçu d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités passé un délai de trois mois à compter de la décision de la commission de médiation le reconnaissant comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence. Dans les départements d'outre-mer et dans les départements comportant au moins une agglomération, ou une partie d'une agglomération, de plus de 300 000 habitants, ce délai est de six mois ".
5. En l'espèce, Mme C a été reconnue prioritaire et devant être hébergée d'urgence par une décision du 21 mars 2022. En applications des dispositions précitées de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation, la préfète de l'Isère avait jusqu'au 21 septembre 2022 pour lui faire une offre de logement adapté à ses besoins et capacités. Pour soutenir qu'elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité, la préfète de l'Isère fait valoir que Mme C a été positionnée sur plusieurs logements à compter du 28 mars 2023 et qu'elle les a refusés ou n'a pas transmis les documents nécessaires à l'étude de son dossier par les bailleurs sociaux.
6. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme C a refusé l'attribution d'un premier logement situé à Grenoble sur lequel elle a été positionnée le 28 mars 2023 au motif notamment qu'elle a sollicité un logement en rez-de-chaussée et qu'un logement en hauteur serait incompatible avec son état de santé. Il résulte du certificat médical produit par la requérante, qu'eu égard à son état de santé, elle doit occuper un logement situé en rez-de-chaussée. Par conséquent, elle a pu refuser, pour un motif légitime, ce premier logement.
7. La préfète produit ensuite en défense plusieurs courriels justifiant du fait que Mme C a été positionnée sur d'autres logements. Le 23 mai 2023, Mme C a été positionnée sur un logement situé à Saint-Egrève. Toutefois, il ne résulte d'aucune de ces pièces qu'une proposition de logement aurait été effectivement faite par l'un des bailleurs à Mme C.
8. Le 30 octobre 2023, la préfète de l'Isère a ensuite positionné la requérante sur un logement situé à Vaulx-Milieu. Toutefois, par une décision du 8 décembre 2023, le bailleur a refusé l'attribution du logement à Mme C au motif qu'elle est dans l'incapacité de faire face aux dépenses du logement. Ainsi, Mme C ne peut être regardée comme ayant été positionnée sur un logement adapté à ses capacités.
9. Le 14 décembre 2023, la préfète de l'Isère a positionné l'intéressée sur un quatrième logement situé à Rives. Toutefois, la préfète ne produit aucun autre élément permettant d'établir que ce logement aurait été effectivement proposé à Mme C. Il résulte du courriel du 14 décembre 2023 que deux autres personnes ont également été positionnées sur ce logement.
10. Enfin, le 16 mai 2024, Mme C a été positionnée sur un cinquième logement situé à Rives-sur-Fure. Le bailleur a toutefois refusé l'attribution au motif que l'intéressée n'a pas produit l'ensemble des pièces demandées. Mme C n'apporte aucune justification à l'absence de production de ces pièces et le rejet de sa demande d'attribution est ainsi lié à son propre comportement. Si elle soutient qu'elle a été positionnée sur un logement T4 alors que la commission de médiation de médiation l'a considérée comme prioritaire et devant être logée d'urgence sur un logement T5, il ne résulte pas de l'instruction que le logement en question, composé d'une pièce à vivre et de trois chambres, aurait été inadapté aux besoins de Mme D et de sa famille.
11. Ainsi l'administration, en ne proposant pas d'offre de logement adapté au besoin du demandeur dont le dossier a été reconnu prioritaire et urgent, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité pour la période du 21 septembre 2022 au 16 mai 2024
En ce qui concerne les préjudices :
12. Il résulte de la décision de la commission de médiation du 21 mars 2022 que Mme C a été reconnue prioritaire et devant être logée d'urgence au motif qu'elle est dans l'attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral et est menacée d'expulsion sans solution de relogement. Par ailleurs, il résulte des pièces médicales versées au dossier que la requérante souffre de troubles neurologiques importants et qu'elle a de très faibles ressources. L'absence de proposition de logement social dans le délai imparti l'a donc laissé dans une situation de précarité de nature à lui causer des troubles dans ses conditions d'existence.
13. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation des préjudices de Mme C en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 8 000 euros tous intérêts confondus pour la période du 21 septembre 2022 au 16 mai 2024.
Sur les frais liés au litige :
14. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Combes, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Combes d'une somme de 1 100 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 8 000 euros tous intérêts compris.
Article 2 : L'Etat versera à Me Combes une somme de 1 100 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Combes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à Me Combes et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2025.
Le président,
J.P. WYSSLa greffière,
A. CHEVALIER
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2300029
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A... contestant l'arrêté de mise en sécurité urgent pris par le maire de La Motte d'Aveillans le 22 août 2022. Le juge a écarté le moyen d'incompétence, estimant que le transfert de la compétence "politique du logement" à la communauté de communes n'inclut pas la police spéciale de sécurité des immeubles menaçant ruine, qui reste une prérogative du maire. Il a également jugé que le danger imminent était caractérisé par l'état de délabrement de l'immeuble, justifiant les mesures ordonnées sur le fondement des articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l'habitation. Enfin, le tribunal a considéré que l'absence de mention du propriétaire mitoyen n'entachait pas la légalité de l'arrêté, la procédure étant dirigée contre le seul propriétaire de l'immeuble dangereux.
23/02/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2207978
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de la SCI du Four, qui demandait l’annulation de l’arrêté du préfet de l’Isère du 30 juin 2022. Cet arrêté, pris sur le fondement des articles L. 511-1 et suivants du code de la construction et de l’habitation et L. 1331-22 du code de la santé publique, interdisait définitivement l’habitation d’un logement jugé insalubre. Le tribunal a estimé que les non-conformités, notamment l’accès par une dépendance sans ouverture et l’impossibilité de mise en conformité, justifiaient cette mesure. La solution retenue confirme la légalité de l’arrêté préfectoral.
18/02/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2204398
Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. A... contestant l'arrêté du préfet de l'Isère du 15 février 2022, qui imposait des mesures de traitement de l'insalubrité pour un logement à Vienne. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la sous-préfète bénéficiant d'une délégation de signature régulière. Il a également jugé que l'arrêté était légalement fondé sur les articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique, qui qualifient d'insalubres les pièces à hauteur sous plafond insuffisante, sans que le requérant puisse utilement invoquer le décret du 30 janvier 2002 relatif au logement décent. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.
18/02/2026
Tribunal Administratif de Grenoble — N° TA38-2403200
Le Tribunal administratif de Grenoble annule les décisions des 23 novembre 2023 et 21 mars 2024 par lesquelles la commission de médiation de la Haute-Savoie a refusé de reconnaître la demande de logement de M. C... comme prioritaire et urgente. Le tribunal retient que le requérant, expulsé et sans logement adapté, conteste l’existence d’une proposition d’hébergement, et que la préfète, n’ayant pas produit de mémoire, est réputée avoir acquiescé aux faits. En application des articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation, ainsi que de l’article R. 612-6 du code de justice administrative, le tribunal enjoint à la préfète de saisir la commission pour un réexamen dans un délai de deux mois. Les conclusions relatives aux frais de justice sont rejetées.
19/01/2026