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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2307149

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2307149

lundi 24 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2307149
TypeDécision
PublicationC
FormationJuge unique 8
Avocat requérantCOHEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble a rejeté la requête de M. C, qui contestait la décision du 22 mai 2023 constatant l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les retraits de points sous-jacents. Le juge a estimé que le moyen tiré du défaut de notification des retraits de points était inopérant, car cette notification n'affecte pas la légalité des retraits mais seulement leur opposabilité. Il a également jugé que la réalité des infractions était établie par les mentions au système national des permis de conduire, et que les réclamations produites par le requérant, datées d'août 2023, étaient postérieures aux infractions et ne pouvaient remettre en cause les retraits. La décision s'appuie sur les articles L. 223-1 et L. 223-3 du code de la route.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 novembre 2023 et le 19 janvier 2024, M.B C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 48 SI du 22 mai 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises entre le 25 août 2020 et le 24 octobre 2022 ensemble la décision implicite de rejet du recours hiérarchique adressé au ministère de l'intérieur le 9 août 2023 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite affecté d'un capital de points, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- la réalité des infractions a été contestée par des réclamations écrites aux autorités ;

- absence d'information préalable à ces retraits de points ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application des articles L. 222-2-1 et R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été présenté au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, demande au tribunal l'annulation de la décision 48 SI du 22 mai 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises entre le 25 août 2020 et le 24 octobre 2022 ensemble la décision implicite de rejet du recours hiérarchique adressé au ministère de l'intérieur le 9 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort du relevé intégral d'information relatif au permis de conduire de M. C, daté du 2 janvier 2024 et produit par le ministre de l'intérieur, qu'une " reconstitution totale du solde à 2 ans " a été faite le 16 mars 2021. Toutefois la décision 48SI datée du 22 mai 2023 indique un solde nul à cette date en mentionnant les retraits de points afférents aux infractions commises les 25 août 2020 (- 1 point), 22 décembre 2020 (- 1 point), 1er février 2021 (- 1 point), 24 mars 2021 (- 1 point), 24 juillet 2021 (- 1point), 5 août 2021 (- 1 point), 6 octobre 2021 (- 1 point), 13 octobre 2021 (- 1 point), 29 mai 2022 (- 1 point), 15 juin 2022 (-3 points), 18 juin 2022 (-2 points) 4 août 2022 (- 1 point) et 24 octobre 2022 (- 1 point).

En ce qui concerne la notification des décisions de retrait de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Ainsi, M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que les retraits de points en litige ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne la réalité des infractions ayant données lieu aux retraits de points :

4. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Il résulte des dispositions combinées des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route et des articles 529 et suivants du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ;

5. Le requérant produit à l'instance deux courriers de réclamation datés du 9 août 2023, sur le fondement de l'article 530 du code de procédure pénale, pour d'une part, les douze infractions des 5 août 2021, 24 mars 2021, 22 décembre 2020, 13 octobre 2021, 6 octobre 2021, 25 août 2020, 24 juillet 2021à 20h03 et 20H58, 1er février 2021, 14 décembre 2019, 28 septembre 2019 et 30 août 2019 et, pour d'autre part, les trois infractions des 24 octobre 2022, 4 août 2022 et 29 mai 2022. Le requérant produit en outre le bordereau de paiement daté du 1er août 2023 établissant la preuve des recouvrements des amendes forfaitaires majorées le concernant à l'exception de trois d'entre elles soit celles relatives aux infractions du 29 mai 2022, du 4 août 2022 et du 24 octobre 2022. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de contester utilement les mentions portées sur le relevé d'information intégral dès lors que ces démarches n'établissent pas que ces requêtes ont entraîné les annulations des titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. Il suit de là que la réalité des infractions doit être tenue pour établie conformément aux dispositions susmentionnées de l'article L. 223-1 du code de la route.

Sur le moyen tiré du défaut d'information préalable :

6. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223 1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

7. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant, que ce dernier a payé les amendes forfaitaires relatives aux infractions commises les 15 et 18 juin 2022. Il découle de cette seule constatation que le requérant a nécessairement reçu l'avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci serait inexact ou incomplet, comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que les décisions de retraits de points prises à la suite de ces infractions auraient été prises au terme de procédures irrégulières.

8. Concernant les amendes forfaitaires majorées, le paiement par le contrevenant de telles amendes suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'établir que le recouvrement a eu lieu par voie forcée, aux traces duquel il a nécessairement accès compte tenu des diverses formalités de cette modalité de recouvrement des amendes.

9. Il ressort du relevé d'information intégral de M. C que toutes les autres infractions ont fait l'objet d'émissions de titres exécutoires et du bordereau de situation des amendes et condamnations pécuniaires du requérant au 1er août 2023, que les amendes forfaitaires majorées relatives à ces infractions ont fait l'objet d'un recouvrement à l'exception des trois dernières soit celles relatives aux infractions du 29 mai 2022, du 4 août 2022 et du 24 octobre 2022. En outre le requérant produit à l'instance un avis de saisie administrative à tiers détenteur daté du 18 août 2023 pour les amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions commises le 24 juillet 2021, 29 mai 2022 et 4 août 2022. Toutefois la qualification de ces quatre infractions est " excès de vitesse inférieur à 20 km/H " et sanctionnée du retrait d'un point. Il est constant que M. C avant l'infraction du 24 juillet 2021 avait commis la même infraction le 1er février et le 7 juillet 2021, puis à deux reprises dans les mois précédant le 29 mai 2022. Ainsi, la seule circonstance que le contrevenant n'aurait pas été informé, lors de la constatation de ces infractions, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité les décisions de retrait de points suite aux infractions précitées dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions identiques antérieures et suffisamment récentes.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision 48SI du 22 mai 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité du permis de conduire de M. C pour solde de points nul, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises entre le 25 août 2020 et le 24 octobre 2022 et la décision implicite de rejet du recours hiérarchique adressée au ministère de l'intérieur le 9 août 2023, sont rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

11. Les conclusions accessoires à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l'annulation des décisions en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2025.

La magistrate désignée,

D. A

La greffière,

A. Chevalier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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