lundi 22 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2400009 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | HUARD |
Vu la procédure suivante :
I°/ Par une requête enregistrée sous le n°2400009 le 2 janvier 2024, Mme A D, agissant au nom de son fils B D, représentée par Me Huard, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 7 décembre 2023 portant clôture de sa demande de document de circulation pour étranger mineur ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'enregistrer sa demande et de délivrer un document de circulation pour étranger mineur à B D dans un délai de huit jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence est remplie : la décision en litige place son enfant dans une situation de précarité administrative ; celui-ci se trouve priver de la possibilité de voyager à l'étranger notamment lors des vacances scolaires alors qu'une partie de leur famille réside en Algérie et en cas de refus de visa de retour lors d'un voyage à l'étranger, elle se trouverait bloquée à l'étranger avec son enfant mineur alors que celui-ci est scolarisé en France et qu'elle est salariée ; la décision en litige est manifestement illégale ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision car elle est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que son titre de séjour a une durée d'un an ; elle méconnaît l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ; elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est sérieux.
II°/ Par une requête enregistrée sous le n°2400011 le 2 janvier 2024, Mme A D, agissant au nom de son fils C D, représentée par Me Huard, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 7 décembre 2023 portant clôture de sa demande de document de circulation pour étranger mineur ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'enregistrer sa demande et de délivrer un document de circulation pour étranger mineur à C D dans un délai de huit jours ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence est remplie : la décision en litige place son enfant dans une situation de précarité administrative ; celui-ci se trouve priver de la possibilité de voyager à l'étranger notamment lors des vacances scolaires alors qu'une partie de leur famille réside en Algérie et en cas de refus de visa de retour lors d'un voyage à l'étranger, elle se trouverait bloquée à l'étranger avec son enfant mineur alors que celui-ci est scolarisé en France et qu'elle est salariée ; la décision en litige est manifestement illégale ;
- il existe un doute sérieux concernant la légalité de la décision car elle est entachée d'incompétence ; elle est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que son titre de séjour a une durée d'un an ; elle méconnaît l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ; elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2024, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est sérieux.
Vu :
- les requête en annulation enregistrées sous les n°2400008 et 2400010 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bedelet pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 16 janvier 2024 au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de Mme Bedelet, juge des référés ;
- les observations de Me Huard, représentant Mme D. Mme D fait également valoir que les décisions en litige privent ses enfants de la possibilité d'effectuer un voyage scolaire ; qu'une demande de visa de retour peut être refusée et que le délai d'obtention d'un tel visa est long ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 décembre 2023, Mme D, de nationalité algérienne et titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 23 octobre 2024, a sollicité pour ses deux enfants mineurs B et C, la délivrance d'un document de circulation pour étranger mineur sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par deux courriels intitulés " notification de clôture de la demande ", un agent instructeur du ministère de l'intérieur et des Outre-mer a informé Mme D que ces deux demandes ont été clôturées au motif que son titre de séjour a une durée de validité de moins d'un an. Par deux requêtes, Mme D demande la suspension de ces décisions.
2. Les deux requêtes posent des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de joindre pour statuer par une seule ordonnance.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la demande de suspension d'exécution :
4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative permet au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
6. Au regard de l'objet comme des effets du document de circulation pour étranger mineur, qui permet seulement à son titulaire d'être réadmis en France sans avoir à justifier d'un visa et n'a aucune incidence sur la régularité de son séjour, son refus comme son retrait ne sauraient, en principe et en l'absence de circonstances particulières relatives à la situation concrète de l'étranger, créer une situation d'urgence.
7. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution des décisions en litige, Mme D soutient que celles-ci placent ses enfants dans une situation de précarité administrative. Elle fait valoir qu'ils se trouvent priver de la possibilité de voyager à l'étranger notamment dans un cadre scolaire ou familial alors qu'une partie de leur famille réside en Algérie et en cas de refus de visa de retour lors d'un voyage à l'étranger, elle se trouverait bloquée à l'étranger avec ses deux enfants mineurs alors que ceux-ci sont scolarisés en France et qu'elle est salariée. Toutefois, l'absence de document de circulation n'interdit pas à l'enfant de voyager à l'étranger, ni de revenir en France sous couvert d'un visa de retour. En outre, les étrangers mineurs scolarisés en France ne sont pas tenus d'être en possession d'un document de circulation lorsqu'ils effectuent un voyage scolaire dans un Etat de l'Union européenne, sous réserve que leur établissement scolaire se soit vu délivrer un document de voyage collectif. Par ailleurs, Mme D ne justifie ni de ce qu'un voyage serait prévu, en particulier à bref délai, que ce soit dans un cadre scolaire ou familial ni des raisons pour lesquelles un visa de retour pourrait être refusé ni enfin de ce que le délai d'obtention d'un tel visa serait incompatible avec un prochain voyage. Enfin, la circonstance que la décision attaquée serait entachée d'illégalité est, par elle-même, sans incidence sur l'appréciation de la condition d'urgence. Par suite, les requêtes doivent être rejetées dans l'ensemble de leurs conclusions pour défaut d'urgence.
O R D O N N E
Article 1er :Mme D est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 :Les requêtes de Mme D sont rejetées.
Article 3 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D, à Me Huard et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 22 janvier 2024.
La juge des référés,
A. Bedelet
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400009 et 2400011que