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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2401634

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2401634

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2401634
TypeDécision
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantMEBARKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2024, M. B A, représenté par Me Mebarki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de l'Isère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter du prononcé du jugement ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les deux jours de la notification du jugement et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil qui s'engage à exercer l'option prévue à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à renoncer à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué dans son ensemble est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît le 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bourion, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré en France le 22 septembre 2016, sous couvert de son passeport revêtu d'un visa de court séjour valable pour une durée de trente jours du 6 septembre 2016 au 4 mars 2017. Le 21 septembre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des 5) et 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien que le préfet de l'Isère lui a refusé par arrêté du 5 juillet 2023. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il résulte de l'instruction que par un avis rendu le 2 février 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a indiqué que si l'état de santé de requérant nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et l'intéressé peut voyager sans risque. Toutefois, M. A fait valoir qu'après un premier examen médical en décembre 2020, le neurologue a posé un diagnostic de troubles neurologiques graves avec de l'autisme, que depuis janvier 2021 il fait l'objet d'un suivi psychiatrique, que le 11 septembre 2023 un psychologue spécialisé en neuropsychologie lui a diagnostiqué un trouble envahissant du développement, limitant son autonomie et engendrant un besoin d'accompagnement et de prise en charge spécifique, que le 27 septembre 2023 un médecin psychiatre a constaté un trouble du spectre autistique associant des troubles majeurs dans les interactions sociales, un trouble de la communication verbale et non verbale avec un besoin d'accompagnement de sa sœur qui est sa tutrice et enfin, que le 24 avril 2023 le juge des tutelles de Grenoble a estimé qu'il était dans l'impossibilité de pourvoir seul à ses intérêts en raison d'une altération, médicalement constatée, soit de ses facultés mentales, soit de ses facultés corporelles de nature à empêcher l'expression de sa volonté, que ni une mesure de sauvegarde de justice, ni une mesure de curatelle ou d'habilitation assistance n'apparaissaient suffisantes pour protéger ses intérêts et qu'en conséquence il convenait de nommer sa sœur en qualité de personne habilitée à le représenter pour une durée de dix ans. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, le requérant démontre qu'en refusant de l'admettre au séjour alors qu'il est dans l'entière dépendance de sa sœur résidant en France, le préfet de l'Isère a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi par sa décision et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif qui le fonde, que le préfet de l'Isère délivre à M. A un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que le conseil de M. A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mebarki de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de l'Isère du 5 juillet 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer à M. A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 900 euros à Me Mebarki en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Mebarki renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mebarki et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bourion, première conseillère,

M. Ruocco-Nardo, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur,

I. BOURION

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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