Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2407213

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2407213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBERNARD DUGUET

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Grenoble, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie avait retiré le permis de conduire de M. B pour fraude. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, compte tenu de la nécessité du permis pour l'activité professionnelle de l'intéressé et pour les soins de sa fille handicapée. Il a également retenu l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, en raison d'un moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte. Le tribunal a enjoint au préfet de restituer provisoirement le permis de conduire dans un délai de quinze jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2024, M. C B, représenté par Me Bernard-Duguet, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a retiré son permis de conduire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui restituer son permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a besoin de son permis de conduire dans son activité d'artisan intérimaire et pour trouver un emploi ; par ailleurs, sa fille est handicapée et il doit la conduire chez l'orthophoniste et l'ergothérapeute ;

- il n'a pas été informé de la possibilité de se faire assister d'un conseil ou mandataire pendant la procédure contradictoire ;

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- il n'a commis aucune fraude justifiant le retrait de son permis de conduire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 23 septembre 2024 sous le numéro 2407212 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Chevalier, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Bernard-Duguet, avocat de M. B, et de M. B,

Me Bernard-Duguet reprend les moyens de la requête et soutient en outre que le délai de dix jours laissé à son client pour répondre au courrier d'engagement de la procédure contradictoire était insuffisant.

- les observations de Mme D, représentant le préfet de la Haute-Savoie.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Haute-Savoie a retiré son permis de conduire pour fraude.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. Il résulte de l'instruction que M. B, artisan peintre en intérim, a besoin de son permis de conduire pour se rendre sur les chantiers où il intervient, dans un rayon de 120 kms autour d'Annecy. Par ailleurs, M. B fait valoir qu'il dispose toujours de douze points et qu'il ne présente aucun danger pour lui-même et les autres usagers de la route. La condition d'urgence est ainsi remplie.

4. Par ailleurs, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que M. E, adjoint à la cheffe du bureau des polices administratives n'avait pas compétence pour signer la décision de retrait attaquée est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

5. il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée.

6. Il y a lieu d'enjoindre à l'administration de restituer à M. B son permis de conduire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 29 juillet 2024 du préfet de la Haute-Savoie est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie de restituer à M. B, à titre provisoire, son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Fait à Grenoble, le 11 octobre 2024.

Le président,

J. P. ALa greffière,

A. CHEVALIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.