lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2407766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Vigneron, demande au juge des référés :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution du refus implicite du préfet de l'Isère de lui renouveler son titre de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " étudiant " dans un délai d'un mois ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de 30 jours et, dans les deux cas, de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État ou le préfet de l'Isère une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée dès lors qu'elle passe les examens en vue d'intégrer l'école des avocats et qu'elle souhaite retourner en décembre à Madagascar, où elle n'est pas revenue depuis six ans ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle a été prise par une autorité incompétente, qu'elle n'est pas motivée, qu'elle est entachée d'un défaut d'examen, qu'elle méconnaît l'article L. 422-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant du refus de renouvellement ainsi que l'article L. 423-23 du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Vu :
- la requête enregistrée le 9 octobre 2024 sous le numéro 2407763 par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Morand, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de Me Vigneron qui indique que sa cliente, qui a obtenu son master 2 en droit, est actuellement inscrite à l'institut d'études juridiques (IEJ) en vue de préparer le concours d'avocat ; que l'urgence est présumée s'agissant d'un renouvellement et caractérisée dès lors qu'elle aura les résultats des écrits de ce concours ce jeudi 24 octobre pour une formation qui commence au 1er janvier 2025 ; qu'en outre, elle souhaite se rendre à Madagascar, notamment pour se recueillir sur la tombe de son père et a pris un billet d'avion en décembre.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
1. Par décision du 4 juin 2024, Mme B s'est vu accorder l'aide juridictionnelle totale dans la présente procédure. Par suite, il n'y pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur la demande de suspension d'exécution :
2. Les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative permettent au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution d'une décision administrative ou de certains de ses effets lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
4. Ressortissante malgache née en mars 2000, Mme B est arrivée en France en qualité d'étudiante en septembre 2018. Elle justifie qu'elle était autorisée au séjour en dernier lieu par un titre valable du 1er octobre 2021 au 20 septembre 2023. Elle en a demandé le renouvellement le 17 août 2023 via la plateforme Anef et s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction valable du 1er décembre 2023 au 29 février 2024. Le 23 avril 2024, après suspension d'un refus d'enregistrement du 23 janvier 2024, elle est parvenue à faire enregistrer une demande de titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale et à se voir délivrer un récépissé valable jusqu'au 22 octobre 2024. Elle indique qu'elle est titulaire d'un master 2 en droit des affaires et passe actuellement le concours d'entrée à l'école des avocats.
5. La décision litigieuse refuse le renouvellement du titre de séjour de Mme B, qui va se trouver de façon imminente en situation irrégulière. Ainsi, la condition d'urgence est présumée satisfaite. En l'absence de toute contestation par le préfet, qui n'a pas défendu, cette condition est remplie.
6. En l'état de l'instruction et alors qu'il n'est pas contesté que Mme B a demandé les motifs de la décision en litige par le courrier du 12 septembre 2024 qu'elle produit, le moyen tiré du défaut de motivation apparaît de nature à créer un doute sérieux quant à sa légalité. Il en est de même du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est constant qu'à l'issue de l'année universitaire 2023-2024, Mme B a obtenu un master 2 en droit des affaires avant de s'inscrire à l'IEJ pour préparer le concours d'accès à l'école des avocats.
7. En revanche et en l'état des pièces produites sur la vie privée et familiale, aucun des autres moyens soulevés n'apparaît de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Sur les conclusions en injonction :
8. La présente décision implique qu'il soit enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour portant la mention " étudiante " à Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Ces injonctions doivent être assorties d'une astreinte de 200 euros par jour de retard passé l'un ou l'autre délai.
Sur les frais de procès :
9. Mme B bénéficie de l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à Me Vigneron sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision implicite du préfet de l'Isère refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme B est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de l'Isère de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour portant la mention " étudiant " à Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer un document provisoire justifiant de la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Ces injonctions sont assorties d'une astreinte de 200 euros par jour de retard passé l'un ou l'autre délai.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 800 euros à Me Vigneron sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 21 octobre 2024.
La juge des référés,
A. C
Le greffier,
G. Morand
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026