**Sujet principal** : Recours contre une radiation de la liste des demandeurs d'emploi et la suppression de l'allocation de retour à l'emploi (ARE) pour insuffisance d'actes de recherche.
**Juridiction** : Tribunal administratif de Grenoble (juge unique).
**Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la demanderesse. Il estime que l'administration a légalement constaté l'insuffisance de ses démarches actives de recherche d'emploi, malgré son statut d'infirmière, et que la sanction d'un mois de radiation et de suppression de l'ARE n'est pas disproportionnée.
**Textes appliqués** : Articles L. 5411-6, R. 5411-11, R. 5411-12, L. 5412-1 (3°c), R. 5412-5 et L. 5426-2 du code du travail.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2024, et des pièces produites les 14 et 15 avril 2025, Mme D... A... demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 29 juillet 2024 confirmant la décision du 8 juillet 2024 par laquelle le directeur régional de France Travail Auvergne Rhône-Alpes a prononcé sa radiation de la liste des demandeurs d’emploi et la suppression de son allocation de retour à l’emploi pour une durée d’un mois ;
2°) d’enjoindre à France Travail de procéder au versement de l’allocation de retour à l’emploi pour le mois de juillet 2024.
Elle soutient que :
- cette décision n’est pas justifiée au regard des motifs reprochés ;
- la formation proposée ne correspondait pas à son profil, étant déjà infirmière ;
- elle n’a pas été accompagnée correctement par France travail n’ayant rencontré son conseiller que lors de son inscription sur la liste des demandeurs d’emploi ;
- la décision est disproportionnée ;
- elle lui cause un préjudice compte tenu de la précarité de sa situation financière en tant que mère isolée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2025, le directeur régional de France Travail Auvergne Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président du tribunal a désigné Mme C..., en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Mme C... a présenté son rapport au cours de l’audience tenue le 4 mars 2026, les parties n’étant ni présentes ni représentées.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Il résulte de l’instruction qu’après une période de désinscription de la liste des demandeurs d’emploi à compter du 31 janvier 2019, Mme A... s’est de nouveau inscrite le 26 octobre 2023, puis après une période d’interruption, était de nouveau inscrite du 9 avril au 8 juillet 2024, date de la radiation litigieuse pour insuffisance d’action en vue de retrouver un emploi. Postérieurement à la décision attaquée et à la période de sanction, elle a de nouveau été inscrite le 8 août 2024. Elle demande au tribunal d’annuler la décision du 29 juillet 2024 par laquelle le directeur régional de France Travail Auvergne Rhône-Alpes a rejeté sa réclamation et confirmé sa décision du 8 juillet 2024 prononçant sa radiation de la liste des demandeurs d’emploi et la suppression de son allocation de retour à l’emploi pour une durée d’un mois. Elle demande également au tribunal de la rétablir dans ses droits au bénéfice de l’aide au retour à l’emploi pour le mois de juillet 2024.
En vertu de l’article L. 5411-6 du code du travail, toute personne inscrite sur la liste des demandeurs d’emploi et disponible pour occuper immédiatement un emploi doit accomplir de manière permanente, tant sur proposition de l’opérateur France travail que de leur propre initiative comme le prévoit l’article R. 5411-11 du même code, des actes positifs et répétés en vue de retrouver un emploi. Le caractère réel et sérieux des démarches entreprises par le demandeur d’emploi est apprécié en tenant compte de sa situation et de la situation du marché du travail, comme le prévoit l’article R. 5411-12 du code susvisé. L’article R. 5412-5 de ce code dispose que « La radiation de la liste des demandeurs d’emploi entraine l’impossibilité d’obtenir une nouvelle inscription (…). ». Elle porte, selon le 1° de cet article sur une période d’un mois lorsqu’est constaté pour la première fois, un manquement mentionné au c du 3° de l’article L. 5412-1 qui prévoit que : « I.-Le revenu de remplacement mentionné à l'article L. 5421-1 et les allocations mentionnées aux articles L. 5131-5 et L. 5131-6 sont suspendus ou supprimés, en tout ou partie, ou le demandeur d'emploi est radié de la liste des demandeurs d'emploi mentionnée à l'article L. 5411-1 en fonction des manquements constatés, de leur fréquence et de la nature du revenu ou de l'allocation perçus par le demandeur d'emploi. Sauf motif légitime, sont sanctionnés les manquements aux obligations énoncées dans le contrat d'engagement relatives à l'assiduité, à la participation active aux actions prévues par le plan d'action et à l'obligation de réaliser des actes positifs et répétés en vue de trouver un emploi, parmi lesquels figurent les candidatures à des offres d'emploi, en vue de créer, de reprendre ou de développer une entreprise, de réaliser des actions concourant à l'insertion sociale et professionnelle et de mettre en œuvre, le cas échéant, le projet de reconversion professionnelle mentionné au 2° du II de l'article L.5422-1. Pour l'appréciation des manquements aux obligations d'assiduité, il est tenu compte de l'absence du demandeur d'emploi aux actions de formation, d'accompagnement et d'appui à la mise en œuvre de son projet d'insertion sociale ou professionnelle prévues par le contrat d'engagement. (…) ». Aux termes de l’article L. 5426-2 du code : « Le revenu de remplacement est supprimé […] dans les cas mentionnés au 1° à 3° de l’article L. 5412-1, à l’article L. 5412-2 et II de l’article L. 5426-1-2 (…) ».
Le contrôle de la recherche d’emploi, dont est chargé l’opérateur France Travail, en application du 3° de l’article L. 5312-1 du code du travail, vise à s’assurer que les demandeurs d’emploi accomplissent des actes positifs et répétés de recherche d’emploi. Il peut aboutir à sanctionner les demandeurs d’emploi qui ne respectent pas leurs obligations, à identifier un besoin de remobilisation, ou à constater l’effectivité de la recherche d’emploi.
Au cas d’espèce, Mme A... s’est inscrite le 26 octobre 2023 en recherche d’un emploi de cadre de santé, métier en tension sur le territoire. Le 17 juin 2024, en l’absence de reprise d’emploi depuis son inscription, Mme A... a fait l’objet d’un contrôle à l’issue duquel un avertissement avant sanction lui a été adressé. Les justificatifs produits par l’intéressée se limitant à quatre candidatures, sur une période de huit mois, sur des emplois de recherche en soins infirmiers entre le 11 avril et le 11 juin 2024 et une inscription à l’université de Lausanne pour l’automne 2024, ont été jugés insuffisants par France Travail qui lui a infligé la sanction litigieuse par décision du 8 juillet 2024 pour insuffisance d’action en vue de retrouver un emploi, à l’encontre de laquelle Mme A... a présenté une réclamation rejetée par la décision attaquée, confirmant la sanction prononcée. Mme A... se borne à soutenir qu’elle n’a pas bénéficié d’un accompagnement adapté dans sa recherche d’emploi de la part de France Travail. Il résulte toutefois de l’instruction qu’à plusieurs reprises elle n’a pas déféré aux convocations à l’initiative de France Travail notamment le 5 décembre 2023 et invitée à participer à un forum sur le secteur de la santé, l’intéressée a prétexté à tort que les employeurs et les opportunités d’emploi étaient absents. La requérante ne conteste pas que durant la période du 26 octobre 2023 au 17 juin 2024, elle n’a pas pris contact, ni sollicité France Travail concernant sa recherche d’emploi, alors qu’elle pouvait contacter sa conseillère ou solliciter un rendez-vous en ligne depuis son espace personnel, comme elle n’a d’ailleurs fait par la suite, le 6 septembre 2024 postérieurement à la décision de sanction litigieuse. Dans ces conditions, Mme A..., qui ne justifie pas, dans le cadre de la présente instance, avoir préalablement à la sanction litigieuse, de l’accomplissement d’actes positifs et répétés de recherche d’emploi n’est pas fondée à soutenir que la décision attaquée lui infligeant une sanction de radiation de la liste des demandeurs d’emploi sur une période d’un mois, serait infondée et disproportionnée.
Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er :
La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à Mme B... et à France Travail Auvergne Rhône-Alpes.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.
La magistrate désignée,
E. C...La greffière,
P. MILLERIOUX
La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.