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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2501076

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2501076

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2501076
TypeDécision
PublicationC
Avocat requérantSCP JOSEPH AGUERA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2025, Mme E Rivière, représentée par Me Laborie, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) d'assortir l'injonction prononcée par le juge des référés dans l'article 2 de son ordonnance n°2409750 du 24 décembre 2024 d'une astreinte de 500 euros par jour de retard et ce, à compter du 8 janvier 2025 et, à défaut, du jour de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de compléter cette injonction, sous la même astreinte, afin de lui assurer la possibilité de réintégrer ses fonctions dès la fin de son congé de maladie tout en étant protégée des agissements du président de la chambre du commerce et de l'industrie (CCI) de Grenoble ainsi que la prise en charge des frais d'avocat engagés dans l'intervalle des deux ordonnances ;

3°) de mettre à la charge de la CCI de région Auvergne Rhône Alpes une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le président de la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes ne lui a pas accordé, à titre provisoire, le bénéfice de la protection fonctionnelle en méconnaissance de l'injonction prononcée par l'ordonnance du 24 décembre 2024 ; l'inexécution partielle de cette ordonnance constitue un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative ;

- en l'absence d'exécution de cette ordonnance, elle est fondée à demander une astreinte en vue d'assurer l'exécution des mesures ordonnées par le juge des référés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2025, la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de région Auvergne-Rhône-Alpes, représentée par Me Ceccaldi, conclut au non-lieu à statuer sur la requête ou à son rejet, à titre reconventionnel, à ce qu'il soit mis fin à la suspension de l'exécution de la décision du président de la CCI de région Auvergne Rhône-Alpes du 21 novembre 2024 et, en tant que de besoin, à ce qu'il soit mis fin à l'injonction faite à ce président d'accorder provisoirement à Mme Rivière le bénéfice de la protection fonctionnelle et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme Rivière au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la CCIR a réglé les factures d'honoraires d'avocat communiquées par Mme Rivière ; le président a accordé à Mme Rivière, à titre provisoire, le bénéfice de la protection fonctionnelle ; l'ordonnance du juge des référés ayant été exécutée, il n'y a plus lieu d'y statuer ou, au besoin, il convient de la rejeter ;

- les conclusions de la requérante tendant à compléter l'injonction prononcée par le juge des référés excèdent les conséquences de la décision dont il est demandé l'exécution ; en effet, Mme Rivière pourra réintégrer son poste au terme de son arrêt de travail et après avoir subi une visite médicale de reprise ; la CCIR prendra alors les mesures appropriées en considération des préconisations du médecin qui réalisera la visite médicale de reprise ;

- elle a diligenté un complément d'enquête administrative qui conclut à l'absence de preuves suffisantes pour retenir un harcèlement moral et sexuel, ce qui constitue un élément nouveau au sens de l'article L. 521-4 du code de justice administrative ; ses conclusions reconventionnelles sont donc recevables ; les éléments révélés par ce complément d'enquête sont de nature à justifier qu'il soit mis fin à la suspension de la décision de refus contestée en l'absence désormais de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée et à l'urgence, Mme Rivière étant toujours en arrêt de travail et percevant sa rémunération.

Vu :

- la requête n° 2409748 enregistrée le 9 décembre 2024 par laquelle Mme Rivière demande l'annulation de la décision du 21 novembre 2024 du président de la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes et l'ordonnance n°2409750 du 24 décembre 2024 du juge des référés suspendant cette décision ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du commerce ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°52-1311 du 10 décembre 1952 relative à l'établissement obligatoire d'un statut du personnel administratif des CCI ;

- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie, des chambres de commerce et d'industrie et des groupements consulaires ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Laborie, représentant Mme Rivière, de Mme Rivière, de Me Ceccaldi représentant la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes et de Mme B représentant la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Depuis le 1er avril 2020, Mme Rivière exerce les fonctions de directrice générale de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Grenoble sous le statut d'agent public. A compter du 23 août 2023, elle a été placée en congé de maladie prolongé, en dernier lieu, jusqu'au 23 décembre 2024. Par courrier du 26 septembre 2024 complété le 6 novembre 2024, Mme Rivière a demandé au président de la chambre de commerce et d'industrie région (CCIR) Auvergne-Rhône-Alpes, autorité gestionnaire du personnel de la CCI territorial de Grenoble en application de l'article 2-2-5 de ses statuts, le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison des agissements du président de la CCI de Grenoble, M. C D, élu à cette fonction en décembre 2021, qu'elle estime constitutifs de harcèlement sexuel et moral. Une enquête externe a été diligentée par la CCI de 17 au 23 octobre 2023. Par décision du 21 novembre 2024, le président de la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté la demande de Mme Rivière tendant à bénéficier de la protection fonctionnelle. Par ordonnance n°2409750 du 24 décembre 2024, le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision du 21 novembre 2024 et a enjoint à la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes d'accorder, à titre provisoire, le bénéfice de la protection fonctionnelle à Mme Rivière dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance. Par la présente requête, Mme Rivière demande au juge des référés, sur le fondement de de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de prononcer une astreinte en vue d'assurer l'exécution des mesures décidées par le juge des référés et d'ordonner une nouvelle injonction.

Sur les conclusions présentées par Mme Rivière :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

3. Si l'exécution d'une ordonnance prononçant une injonction sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative peut être recherchée dans les conditions définies par les articles L. 911-4 et L. 911-5 du même code, l'existence de cette voie de droit ne fait pas obstacle à ce qu'une personne intéressée demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-4 du même code, de compléter la mesure de suspension demeurée sans effet par une injonction et une astreinte destinée à en assurer l'exécution.

4. Par ailleurs, toute personne intéressée peut également présenter, à l'occasion d'une instance engagée par une autre partie sur le fondement de l'article L. 521-4, des conclusions reconventionnelles tendant à ce que soient autrement modifiées les mesures ordonnées par le juge des référés,

5. D'une part, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'ordonnance du 24 décembre 2024, la CCI région Auvergne-Rhône-Alpes (CCIR) a remboursé à Mme Rivière les factures d'honoraires d'avocat qu'elle avait acquittées pour la défense de ses intérêts. En outre, par décision du 11 février 2025, son président lui a accordé, à titre provisoire, le bénéfice de la protection fonctionnelle mais dans un délai excédant les 15 jours accordés par le juge des référés pour ce faire. Dès lors, si l'ordonnance du 24 décembre 2024 n'était que partiellement exécutée à la date de l'introduction de la requête, ce qui constitue un élément nouveau au sens et pour l'application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, elle doit être regardée, en revanche, comme ayant été entièrement exécutée à la date de la présente décision. Dès lors, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à assortir l'injonction prononcée par le juge des référés d'une astreinte.

6. D'autre part, Mme Rivière demande de compléter l'injonction prononcée par l'ordonnance du 24 décembre 2024 en lui assurant la possibilité de réintégrer ses fonctions dès la fin de son congé de maladie tout en étant protégée des agissements du président de la CCI de Grenoble. Elle est toutefois en arrêt de travail jusqu'au 25 avril 2025 et elle pourra réintégrer son poste à la CCI de Grenoble au terme de ce congé si elle est jugée physiquement apte par le médecin du travail conformément aux dispositions de l'article 42 du statut du personnel administratif des CCI. Aussi, à ce stade, l'injonction demandée par la requérante doit être rejetée alors qu'il n'appartient pas au juge de se comporter en administrateur en prenant lui-même des mesures tendant à assurer l'obligation de protection pesant sur la CCIR. Il appartiendra toutefois à cette dernière en sa qualité d'employeur, lorsque Mme Rivière reprendra ses fonctions à la CCI de Grenoble, de prendre les mesures appropriées pour remplir son obligation de protection vis-à-vis de son agent ou de s'assurer qu'elles soient prises en mettant notamment en place une organisation lui permettant de ne plus se trouver sous l'autorité directe de M. C D tout en prenant en compte les éventuelles préconisations du médecin du travail.

Sur les conclusions reconventionnelles de la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes :

7. Les éléments issus du rapport établi le 21 février 2025 à la suite du complément d'enquête réalisé par un cabinet externe à la demande de la CCI région Auvergne-Rhône-Alpes ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à justifier qu'il soit mis fin à la suspension de la décision du 21 novembre 2024 refusant l'octroi de la protection fonctionnelle à Mme Rivière pour défaut de moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision ou d'urgence. Dès lors, les conclusions reconventionnelles présentées par la CCIR doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes le versement à Mme Rivière d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées par la CCI de région Auvergne-Rhône Alpes sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à assortir l'injonction prononcée par le juge des référés dans l'article 2 de son ordonnance du 24 décembre 2024 d'une astreinte.

Article 2 : La CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes versera à Mme Rivière la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E Rivière et à la chambre de commerce et d'industrie de région Auvergne-Rhône-Alpes.

Copie en sera adressée à la chambre de commerce et d'industrie de Grenoble et à la préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes,

Fait à Grenoble, le 5 mars 2025.

Le juge des référés,

JL A.

Le greffier,

S. Ribeaud

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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