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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2502084

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2502084

jeudi 20 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2502084
TypeDécision
PublicationD
Avocat requérantSARL NOVAS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2025, M. D B, représenté par Me Combes, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 17 octobre 2024, notifiée le 13 janvier 2025, par laquelle la commission de médiation de l'Isère a refusé de reconnaître sa demande de logement comme urgente et prioritaire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de saisir la commission de médiation de l'Isère afin que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il ne peut se maintenir dans son logement actuel car le loyer est inadapté à ses ressources ;

- il remplit les critères prévus par le code de la construction et de l'habitation et la commission ne peut légalement motiver son refus par la circonstance qu'il a déjà été priorisé dans le cadre d'un dispositif de droit commun pour l'accès à un logement social.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, le requérant étant logé et ayant bénéficié de deux propositions de logement en mai et août 2024 ;

- le moyen de M. B n'est pas de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 24 février 2025 sous le numéro 2502024 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bourechak, greffière d'audience, M. A a lu son rapport et entendu les observations de Me Combes, avocat de M. B, et de Mme C, représentant la préfète de l'Isère.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a demandé le 1er mars 2024 à la commission de médiation de l'Isère de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement. Par décision du 17 octobre 2024, notifiée le 13 janvier 2025, la commission a rejeté sa demande au motif que M. B avait déjà été priorisé dans le cadre d'un dispositif de droit commun pour l'accès social, le plan départemental d'action pour le logement et l'hébergement des personnes défavorisées de l'Isère (PALDHI). M. B demande la suspension de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. Si M. B est logé, il résulte de l'instruction qu'il réside dans le parc privé, qu'il s'acquitte d'un loyer mensuel de 796,26 euros pour un revenu de 1 367,25 euros, soit un reste à vivre de 571 euros. Par ailleurs, il a une dette de loyer de 4 672,70 euros qui s'accroît chaque mois. Il justifie de l'existence d'une situation d'urgence. Si la préfète a indiqué à l'audience que le dossier du requérant, reconnu prioritaire dans le cadre du PALDHI, serait prochainement présenté aux bailleurs pour un relogement sur le contingent préfectoral, après deux échecs en 2024, aucun calendrier n'est produit. Dans ces conditions, la condition d'urgence est remplie.

4. Par ailleurs, en l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la commission de médiation ne pouvait refuser la demande présentée au titre du droit au logement opposable par M. B au motif que ce dernier avait déjà été priorisé dans le cadre du PALDHI est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. Dès lors, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 17 octobre 2024 de la commission de médiation de l'Isère.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution de la présente ordonnance implique que la commission de médiation de l'Isère réexamine la demande de M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la commission de médiation de l'Isère de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat au profit de M. B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision de la commission de médiation de l'Isère en date du 17 octobre 2024 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de l'Isère de réexaminer la demande de logement de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 20 mars 2025.

Le président,

J.P. A

La greffière,

L. BOURECHAK

La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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