vendredi 14 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2502721 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | MARCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 mars 2025, Mme B, représentée par Me Marcel, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'ordonner, la suspension de la décision par laquelle la préfète de l'Isère a fixé une date tardive pour l'enregistrement de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de trois jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'urgence est caractérisée car la décision attaquée la prive dans l'attente de l'enregistrement de sa demande d'asile du bénéfice des conditions matérielles d'accueil alors qu'elle n'est pas hébergée, qu'elle est sans ressources et vulnérable ;
- en différant l'enregistrement de sa demande d'asile et en la privant de ce fait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la préfète de l'Isère porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit d'asile et le respect de la dignité humaine ;
- cette atteinte est manifestement illégale dès lors que l'administration méconnaît l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2025, la préfète de l'Isère, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que le délai d'enregistrement de la demande d'asile de la requérante est le fait de l'atteinte maximale des capacités de gestion des flux de demandes d'asile par ses services et qu'il ne porte en tout état de cause pas une atteinte grave à une liberté fondamentale, que la requérante n'établit pas être privée d'hébergement, ni même d'avoir infructueusement tenté de solliciter dans l'attente de l'enregistrement de sa demande d'asile une place en hébergement d'urgence.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution et notamment son préambule ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Ribeaud, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations de Me Marcel, avocate de Mme B.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. L'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'enregistrement de la demande d'asile " a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément ".
4. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'articles L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que seules les personnes ayant enregistré leur demande d'asile sont susceptibles de bénéficier des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, la privation du bénéfice de ces dispositions en raison d'un délai d'enregistrement de la demande d'asile qui excède les délais légaux mentionnés au point précédent peut conduire le juge des référés à faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu'elle est manifestement illégale et qu'elle comporte en outre des conséquences graves pour le demandeur d'asile.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B, ressortissante guinéenne née le 21 décembre 2006, s'est présentée le 28 février 2025 auprès de l'association Adate, en charge du premier accueil des demandeurs d'asile. Il lui a été remis une invitation à se présenter à la préfecture de l'Isère pour l'enregistrement de sa demande d'asile le 28 avril 2025. Le fait de différer au-delà du délai de 10 jours ouvrés l'enregistrement d'une demande d'asile, à près de deux mois, fait obstacle à l'examen de cette dernière et prive par conséquent l'étranger du droit d'être autorisé à demeurer régulièrement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande et porte par conséquent par lui-même une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du demandeur pour que la condition d'urgence soit, sauf urgence particulière, satisfaite, et, ce alors même, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ne revêt pas un caractère automatique. La préfète de l'Isère ne peut utilement faire valoir pour écarter la présomption d'urgence la circonstance que l'intéressée sera reçue 60 jours plus tard. En l'absence de circonstances particulières utilement invoquées par la préfète de l'Isère, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 est remplie dans la présente requête. En outre, il résulte des écritures de la requérante, que cette dernière n'a aucune ressource et qu'elle vit dans la rue, contrairement à ce que soutient la préfète de l'Isère.
6. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la privation du bénéfice des dispositions relatives à l'accueil des demandeurs d'asile en raison d'un délai d'enregistrement de sa demande de presque deux mois, qui comporte pour elle des conséquences graves, porte une atteinte manifestement illégale au droit d'asile.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous à Mme B pour l'enregistrement de sa demande d'asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du 19 mars 2025.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Marcel renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de Mme B à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à verser à Me Marcel.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous à Mme B pour l'enregistrement de sa demande d'asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance. Cette injonction est assortie d'une astreinte de 50 euros par jour de retard par jour de retard à compter du 19 mars 2025.
Article 3 : L'Etat versera une somme de 600 euros à Me Marcel sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à Me Marcel et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 14 mars 2025.
Le juge des référés,
C.C
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.