mercredi 2 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2502814 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SEGHIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mars 2025, Mme B A, représentée par Me Seghier, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la décision implicite refusant de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie : elle est en situation irrégulière ; elle ne peut se voir attribuer la pension de réversion en raison de son absence de titre de séjour ;
- les moyens tirés de la méconnaissance du défaut de motivation, de l'article 7bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'erreur manifeste d'appréciation, sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2025, la préfète de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- elle lui a délivré une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
- la condition d'urgence n'est plus remplie.
- la requérante ne justifie aucunement de diligences restées infructueuses tendant à se voir délivrer une nouvelle attestation de prolongation envers ses services.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 mars 2025 sous le n° 2502796 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.
Au cours de l'audience publique tenue le 2 avril 2025 en présence de Mme Jasserand, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu Me Seghier, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née le 5 novembre 1947 à Ouled Larbi Mila (Algérie), est entrée en France en 2001 pour rejoindre son époux et a séjourné depuis lors régulièrement sous couvert de certificat de résidence algérien d'une durée de 10 ans dont le dernier a expiré le 26 août 2024. Elle a déposé le 13 septembre 2024 une demande de renouvellement de son titre de séjour et une attestation de confirmation de dépôt d'une demande de renouvellement lui a été remis. Son époux étant décédé le 2 octobre 2023, elle a déposé une demande de pension de réversion qui lui a été refusée par la Caisse régionale d'assurance retraite Rhône-Alpes. Estimant être en présence d'une décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour, elle a saisi le 30 janvier 2025 la préfète de l'Isère d'une demande de communication des motifs de ce refus implicite, à laquelle il n'a pas été répondu.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " A ceux de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () " Enfin le premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. La préfète de l'Isère a délivré le 24 mars 2025 à Mme A une attestation de prolongation de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour qui lui permet de conserver l'ensemble des droits attachés au titre de séjour précédemment détenu. Si la requérante fait valoir que sa demande de pension de réversion a été refusée par la Caisse régionale d'assurance retraite Rhône-Alpes ainsi que les aides au logement au motif qu'elle n'était pas en situation régulière, il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé hors délai sa demande de renouvellement de titre de séjour et n'a pas davantage cherché à obtenir une attestation de confirmation de dépôt d'une demande de renouvellement. Elle est donc en partie à l'origine de la situation d'urgence qu'elle invoque. De surcroit, elle peut désormais justifier de la régularité de sa situation au regard du séjour tant auprès de la Caisse d'allocations familiales que de la Caisse régionale d'assurance retraite. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie en l'espèce. La requête de Mme A ne peut donc qu'être rejetée.
O R D O N N E :
Article 1er :La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'Intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 2 avril 2025.
Le juge des référés,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.