vendredi 11 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2503767 |
| Type | Ordonnance |
| Publication | D |
| Avocat requérant | KORN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2025, M. C D, Mme J E et leurs enfants mineurs : B D E, I D E et H D E, représentés par Me Korn, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'admettre M. C D, Mme J E au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prendre en charge les cinq membres de la famille G dans un hébergement d'urgence conforme aux articles L.345-2-2 et L.345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et d'assurer leur accompagnement social, sans délai, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, leur Conseil renonçant le cas échéant à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ; de dire que dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. C D, Mme J E par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 500 euros serait mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Ils soutiennent que :
- l'urgence est caractérisée : la préfecture avait jusqu'au 7 avril 2025 pour convoquer les requérants aux fins d'enregistrer leurs demandes d'asile et de se voir remettre un récépissé ; toutefois, cette ordonnance n'a pas été exécutée ; la famille G comprend deux adultes et trois enfants, B (15 ans), Victorina (9 ans) et H (5 ans) ; ce simple constat suffit à admettre la particulière vulnérabilité de la famille, laquelle se trouve aujourd'hui sans ressources et sans abri;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, à savoir le droit des personnes sans abri, en situation de détresse, d'accéder à tout moment à une structure d'hébergement d'urgence ; il y a une atteinte grave et manifestement illégale au principe de dignité de la personne humaine. à l'article 3 de la de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme, à l'interêt supérieur des enfants.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de justice administrative.
- le code de l'action sociale et des familles.
Le président du Tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé ;
Les parties ont été informées de la date de l'audience publique.
Au cours de l'audience publique du 10 avril 2025 à 11h00, M. Vial-Pailler a présenté son rapport et a entendu :
- les observations de Me Korn, représentant M. C D, Mme J E et leurs enfants mineurs : B D E, I D E et H D E.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire Mme A F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 dispose que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée ( ) ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".
4. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Il n'est pas discuté par la préfète de l'Isère, qui n'a pas produit d'écritures en défense, que M. C D, né le 18 décembre 1972, de nationalité angolaise, Mme J E, née le 14 mai 1984, de nationalité angolaise, sont arrivés en France le 23 mars 2025 pour y former une demande d'asile, accompagnés de leurs enfants mineurs : B D E, né le 6 avril 2009, I D E, né le 7 mai 2015 et H D E, née le 31 mai 2019. En dépit d'une ordonnance du juge des référés du 1er avril 2025 enjoignant à la préfète de l'Isère de leur accorder un rendez-vous à brève échéance pour faire enregistrer leurs demandes d'asile, ce rendez-vous ne leur a, à la date de la présente ordonnance, été délivré que pour le 15 mai 2025, de sorte que M. C D, Mme J E et leurs enfants ne sont pas en mesure de bénéficier des conditions matérielles d'accueil qui peuvent être accordées aux demandeurs d'asile. Eu égard à la situation particulière de cette famille, qui la place sans doute possible parmi les familles les plus vulnérables, les requérants sont fondés à soutenir que leur absence de prise en charge constitue une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans l'application des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. Dans ces circonstances, la carence de l'Etat dans son obligation d'assurer l'hébergement d'urgence des personnes sans abri doit être regardée comme faisant apparaître une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
6. Dans ces circonstances, il y a lieu de prescrire à la préfète de l'Isère de désigner à M. C D, à Mme J E et à leurs enfants un lieu d'hébergement d'urgence, dans les conditions prévues par les dispositions précitées des articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3, susceptible de les accueillir dans un délai de 3 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans ces mêmes circonstances, il y lieu, d'assortir cette prescription d'une astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, sous réserve de l'admission définitive de M. C D et de Mme J E à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 800 euros à Me Korn, avocate ces derniers, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, la même somme sera directement versée à M. C D et à Mme J E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE
Article 1er : M. C D et Mme J E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de proposer à M. C D, à Mme J E et à leurs trois enfants un lieu susceptible de les accueillir, dans un délai de 3 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et ce sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C D et de Mme J E à l'aide juridictionnelle et sous réserve que leur avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Korn une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros leur sera versée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, Mme J E, à Me Korn et au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.
Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.
Fait à Grenoble, le 11 avril 2025.
Le juge des référés,
C. Vial-Pailler
La greffière,
L. Rouyer
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.