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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2503769

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2503769

vendredi 11 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2503769
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantKORN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2025, M. D A, Mme B A, M. C A, représentés par Me Korn , demandent au juge des référés :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution des décisions par lesquelles la préfète de l'Isère a fixé une date tardive pour l'enregistrement de leurs demandes d'asile et de celles de leurs enfants ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Isère d'enregistrer leurs demandes d'asile dans un délai de trois ouvrés et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser à leur Conseil renonçant, le cas échéant, à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle ; de dire que, dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé aux requérants par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 1 500 euros serait mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est caractérisée : ils sont privés du bénéfice du droit aux conditions matérielles d'accueil auxquels les demandeurs d'asile peuvent prétendre ; le fait de différer au-delà du délai de 10 jours ouvrés l'enregistrement d'une demande d'asile porte par lui-même une atteinte suffisamment grave et immédiate à leurs situations ; en l'espèce, la famille A, qui n'a aucune ressource, ne bénéficie d'aucun hébergement, alors même que M. A a récemment été opéré d'une sténose, et doit être dialysé tous les trois jours ;

- en différant l'enregistrement de leurs demandes d'asile et en les privant de ce fait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la préfète de l'Isère porte une atteinte grave aux libertés fondamentales que constituent le droit d'asile et le respect de la dignité humaine ;

- cette atteinte est manifestement illégale dès lors que l'administration méconnaît l'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution et notamment son préambule ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vial-Pailler, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 10 avril 2025 en présence de Mme Rouyer, greffière d'audience, M. Vial-Pailler a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Korn, avocate des requérants.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D A, Mme B A, M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

3. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. L'article L. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l'enregistrement de la demande d'asile " a lieu au plus tard trois jours ouvrés après la présentation de la demande à l'autorité administrative compétente, sans condition préalable de domiciliation. Toutefois, ce délai peut être porté à dix jours ouvrés lorsqu'un nombre élevé d'étrangers demandent l'asile simultanément ".

4. Il résulte par ailleurs des dispositions de l'articles L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que seules les personnes ayant enregistré leur demande d'asile sont susceptibles de bénéficier des conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, la privation du bénéfice de ces dispositions en raison d'un délai d'enregistrement de la demande d'asile qui excède les délais légaux mentionnés au point précédent peut conduire le juge des référés à faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, lorsqu'elle est manifestement illégale et qu'elle comporte en outre des conséquences graves pour le demandeur d'asile.

5. Il résulte de l'instruction que M. et Mme A et leur fils de 29 ans, C A, de nationalité albanaise, sont entrés en France 31 mars 2025. Ils se sont présentés, le 2 avril 2025, au bureau de l'association ADATE, en charge du premier accueil des demandeurs d'asile. Il leur a été remis une convocation à un rendez-vous à la préfecture de l'Isère pour l'enregistrement des demandes d'asile le 26 mai 2025. Le fait de différer au-delà du délai de 10 jours ouvrés l'enregistrement d'une demande d'asile, à près de deux mois, fait obstacle à l'examen de cette dernière et prive par conséquent l'étranger du droit d'être autorisé à demeurer régulièrement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande et porte par conséquent par lui-même une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du demandeur pour que la condition d'urgence soit, sauf urgence particulière, satisfaite, et, ce alors même, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ne revêt pas un caractère automatique. En l'absence de circonstances particulières utilement invoquées par la préfète de l'Isère, qui n'a pas produit de mémoire en défense, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 est remplie dans la présente requête alors, qu'en outre, il résulte des termes de la requête que M. et Mme A ont alerté le 115, mais que leurs appels sont restés vains, qu'ils sont dépourvus de tout ressource et que M. C A dépend de dialyses qu'il doit effectuer tous les trois jours, que depuis Le 7 avril 2025, un cathéter lui a été posé, ce qui est peu compatible avec une vie dans la rue eu égard au risque important d'infection. Dans ces conditions, M. D A, Mme B A, M. C A sont fondés à soutenir que la privation du bénéfice des dispositions relatives à l'accueil des demandeurs d'asile en raison d'un délai d'enregistrement de leurs demandes de 54 jours, qui comporte pour eux des conséquences graves, porte une atteinte manifestement illégale au droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous à M. D A, Mme B A, M. C A pour l'enregistrement de leurs demandes d'asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance, et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du 17 avril 2025.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Korn renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de M. D A, Mme B A, M. C A à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros à verser à Me Korn. Dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne leur serait pas accordée, cette somme sera versée aux requérants.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D A, Mme B A, M. C A sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Isère de fixer un rendez-vous M. D A, Mme B A, M. C A, pour l'enregistrement de leurs demandes d'asile dans le délai de trois jours ouvrés suivant la notification de la présente ordonnance. Cette injonction est assortie d'une astreinte de 50 euros par jour de retard par jour de retard à compter du 17 avril 2025.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 600 euros à Me Korn sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et de l'admission définitive de M. D A, Mme B A, M. C A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne leur serait pas accordée, cette somme sera versée aux requérants.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, Mme B A, M. C A, à Me Korn et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera délivrée à la préfète de l'Isère.

Fait à Grenoble, le 11 avril 2025.

Le juge des référés,

C. Vial-Pailler

La greffière,

L. Rouyer

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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