mardi 29 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2504058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | VIGNERON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 avril 2025, M. A C, représenté par Me Pochard, demande au tribunal :
1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 3 avril 2025 par lequel le préfet de la Savoie lui a interdit tout retour en France pendant 1 an ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Savoie d'effacer son signalement du système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'interdiction en litige a été signée par une autorité incompétente ;
- cette interdiction n'est pas motivée ;
- le préfet de la Savoie n'a pas examiné sa situation ;
- cette interdiction méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette interdiction méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cette interdiction méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Permingeat, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-4 et L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique du 29 avril 2025 :
- le rapport de Mme Permingeat, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Provost, représentant M. C.
L'instruction a, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, été close à l'issue de ces observations à 14 h 12.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant russe, est entré en France avec son épouse et leurs enfants mineurs en octobre 2015. Ses demandes de titres de séjour ont été rejetées par le préfet du Rhône par arrêtés, d'une part, du 25 avril 2019 assorti d'une obligation de quitter le territoire français et, d'autre part, du 12 septembre 2023. Suite à son interpellation, le préfet de la Savoie a pris à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an par arrêté du 3 avril 2025. Dans la présente instance, M. C en demande l'annulation pour excès de pouvoir.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". En raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, il y a lieu d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir et d'injonction :
3. L'interdiction en litige a été signée par Mme B, directrice de la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Savoie, qui avait reçu à cette fin, une délégation du préfet de la Savoie du 3 mars 2025, régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte manque en fait.
4. Les omissions éventuelles des visas d'un acte administratif n'entachent pas sa motivation d'insuffisance dès lors que cet acte mentionne, comme en l'espèce, les considérations de fait et de droit qui le fondent.
5. Les motifs de l'interdiction en litige révèlent que le préfet de la Savoie a procédé à l'examen de la situation du requérant avant de prendre cette décision.
6. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".
7. M. C ne dispose d'aucun droit au séjour sur le territoire national. Dès lors, seules des considérations rendant impératif son retour en France au cours de la durée couverte par l'interdiction dont il fait l'objet peuvent être qualifiées de " circonstances humanitaires " au sens des dispositions précitées. En l'espèce, si le requérant fait état des problèmes de santé de deux de ses enfants mineurs, il n'établit pas que ces derniers auraient besoin de soins ne pouvant être délivrés qu'en France au cours de l'année à venir. De même, la circonstance que ses trois enfants soient scolarisés sur le territoire national depuis plusieurs années n'y rend pas leur retour impérieux. Par suite, M. C ne justifie pas de " circonstances humanitaires " au sens des disposition citées au point 6 qui feraient obstacle au prononcé de l'interdiction en litige.
8. M. C ne démontre pas que les liens qu'il a tissés sur le territoire national y imposeraient son retour dans l'année à venir. Par ailleurs, les risques qu'il déclare encourir en Russie du fait de ses origines tchétchènes ne sauraient caractériser une atteinte, par l'interdiction contestée, au respect de sa vie privée et familiale en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. Pour les motifs exposés au point 7, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction contestée méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 de la convention de New-York.
10. Il résulte de ce qui précède que les moyens invoqués par M. C doivent être écartés et ses conclusions à fin d'annulation pour excès de pouvoir et d'injonction, rejetées.
Sur les frais du litige :
11. Eu égard à sa qualité de partie perdante dans l'instance, les conclusions que M. C présente au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Pochard et à la préfète de la Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.
Le magistrat désigné,
F. PermingeatLa greffière,
A. Zanon
La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2504058
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026