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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2511996

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2511996

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2511996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBESSON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Grenoble rejette la requête en excès de pouvoir dirigée contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le juge estime que la décision, prise par une autorité compétente, est légalement fondée sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger ne justifiant pas d'un séjour régulier. Il considère également que le refus d'accorder un délai de départ volontaire est justifié au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Besson, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 19 octobre 2025 par lequel la préfète de la Savoie l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a assorti cette mesure d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d’enjoindre à la préfète de la Savoie de lui délivrer sous astreinte de 100 euros par jour de retard un titre de séjour dans un délai d’un mois à compter de la décision ou de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 400 euros qui sera versée à son conseil au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A... soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice d’incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision portant refus de départ volontaire est entachée d’une erreur de droit ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

La préfète de la Savoie a transmis, le 8 décembre 2025, des pièces qui ont été communiquées.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 26 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Vaillant, rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant albanais né le 7 mars 1987, déclare être entré en France à l’été 2025. A la suite d’un contrôle de police, alors qu’il n’était pas en mesure de justifier d’un séjour régulier, la préfète de la Savoie l’a, par un arrêté du 19 octobre 2025, obligé à quitter le territoire français sans délai, a assorti cette mesure d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.

En premier lieu, Mme C..., directrice de cabinet qui a signé la décision attaquée, bénéficiait d’une délégation de signature de la préfète de la Savoie en date du 1er septembre 2025, régulièrement publiée, à l’effet notamment de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de la décision attaquée manque en fait.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : / 1° L’étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s’y est maintenu sans être titulaire d’un titre de séjour en cours de validité (…) ».

Si M. A... soutient être rentré régulièrement en France en passant par l’Italie, il ne l’établit pas. Il ressort au contraire du procès-verbal de son audition établi le 19 octobre 2025, qu’il a alors déclaré ne pas être détenteur d’un titre de séjour régulièrement délivré en France ou dans l’espace communautaire. La décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît donc pas le 1° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, prévoit que « Par dérogation à l’article L. 612-1, l’autorité administrative peut refuser d’accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / (…) / 3° Il existe un risque que l’étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l’objet. ». Par ailleurs, l’article L. 612-3 du même code dispose que : « Le risque mentionné au 3° de l’article L.612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L’étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; / (…) / 4° L’étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / (…) / 8° L’étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu’il ne peut présenter des documents d’identité ou de voyage en cours de validité, qu’il a refusé de communiquer les renseignements permettant d’établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu’il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d’empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l’article L. 142-1, qu’il ne justifie pas d’une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu’il s’est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ».

Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de la retenue administrative pour vérification du droit de circulation ou de séjour dont a fait l’objet M. A..., que ce dernier a explicitement affirmé qu’il avait quitté l’Albanie pour trouver du travail en France sans faire aucune démarche pour régulariser son séjour et qu’il souhaitait rester en France pour travailler. Par suite, la préfète de la Savoie, pour ces motifs, pouvait légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l’ordre public. ».

En se bornant à soutenir qu’il a besoin de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille restée en Albanie, et notamment ceux d’un de ses fils malade, sans d’ailleurs l’établir, M. A... ne fait état d’aucune circonstance humanitaire justifiant que l’autorité administrative n’édicte pas d’interdiction de retour sur le territoire français.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 19 octobre 2025 de la préfète de la Savoie. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction ne peuvent qu’être rejetées, de même que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, l’Etat n’étant pas la partie perdante dans la présente instance.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Besson et à la préfète de la Savoie.


Délibéré après l’audience du 9 février 2026, à laquelle siégeaient :
M. L’Hôte, président,
M. D... et Mme Vaillant, premiers conseillers.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2026.


La rapporteure,

AS. VAILLANT
Le président,

V. L’HÔTE

La greffière,

L. ROUYER




La République mande et ordonne à la préfète de la Savoie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.









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