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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-1904567

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-1904567

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-1904567
TypeDécision
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMORTELETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2019, Mme A F, représentée par Me Mortelette, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2019 par laquelle le ministre chargé des naturalisations a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 19 novembre 2018 ajournant à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de faire droit à sa demande, ou subsidiairement, de prendre une nouvelle décision après examen de sa demande, dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où l'arrêté n'est pas daté ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence, dès lors qu'elle n'est pas signée par le ministre et qu'y est apposé un simple tampon ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2019, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués pour Mme F ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 11 juin 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 19 novembre 2018, le ministre chargé des naturalisations a ajourné à deux ans la demande de naturalisation présentée par Mme F. Le recours gracieux formé par l'intéressée a été rejeté, le 8 mars 2019. Par la présente requête, Mme F demande l'annulation de cette décision.

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui est dit au point précédent que Mme F doit être regardée comme demandant également l'annulation de la décision du 19 novembre 2018 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande et qu'elle ne peut utilement invoquer les vices propres de la décision du 8 mars 2019.

4. Conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, le directeur de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté dispose de la délégation pour signer au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre suivant, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre suivant, Mme C a accordé à M. D, attaché hors classe d'administration de l'Etat, signataire de la décision ajournant à deux ans la demande de Mme F, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré du vice d'incompétence allégué manque ainsi en fait.

5. Si Mme F soutient que la décision attaquée est " entachée d'un vice de procédure dans la mesure où l'arrêté n'est pas daté ", elle n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. Contrairement à ce que soutient la requérante, la décision attaquée mentionne avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait sur lesquelles le ministre s'est fondé pour ajourner à deux ans sa demande.

7. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

8. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de Mme F, le ministre chargé des naturalisations s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée a dissimulé sa véritable identité à l'administration française pendant sept ans, comportement qui témoigne d'un défaut de loyalisme envers les autorités françaises.

9. Il est constant qu'à son arrivée en France, en 2004, Mme F, ressortissante arménienne, a prétendu se nommer Mme E et être de nationalité azérie, et que l'intéressée n'a révélé sa véritable identité aux autorités françaises qu'en 2011. Si la requérante soutient qu'elle et son époux ont décidé de changer d'identité lors de leur arrivée en France, par craintes de représailles pour leur famille, elle n'apporte pas la moindre précision sur ces craintes, ni aucun élément probant susceptible d'étayer ses allégations. La circonstance qu'elle ne connaissait ni la langue française, ni les lois applicables dans le pays, lors de son arrivée sur le territoire français, ne saurait, par ailleurs, justifier cette dissimulation. Par suite, et alors même qu'elle serait bien intégrée, le ministre qui a fait usage de son large pouvoir d'accorder ou non la naturalisation demandée, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation présentée par Mme F.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme F doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

Y. B

La présidente,

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

La greffière,

N°1904567

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