jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-1909078 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LAHMER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 août 2019 et le 11 février 2020, M. A C, représenté par Me Lahmer, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 novembre 2018 par laquelle le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de naturalisation ;
2°) d'enjoindre à l'administration de faire droit à sa demande de naturalisation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en lui reprochant une méconnaissance des règles de vie en société alors que cette notion ne figurait pas dans le " livret du citoyen " prévu par l'article 4 du décret n° 2013-794 du 30 août 2013, l'administration a entaché la décision attaquée d'illégalité ;
- tous les candidats à la naturalisation n'ont pas été interrogés sur cette notion, de sorte que la décision attaquée est entachée de rupture d'égalité ;
- la décision attaquée est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation, d'une part quant à sa connaissance de l'histoire, de la culture et de la société française, d'autre part au regard de la circonstance que lorsqu'il a été contrôlé au volant le 13 mars 2011, une procédure d'échange de son permis de conduire étranger était en cours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de procédure pénale ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique :
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais né le 6 janvier 1978, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet du Val d'Oise qui a rejeté sa demande par une décision du 21 novembre 2018. Il a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui a rejeté sa demande par une décision du 17 juin 2019. Par sa requête, M. C demande l'annulation de la décision préfectorale du 21 novembre 2018.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet du Val d'Oise :
2. Aux termes de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. Ce recours, pour lequel le demandeur peut se faire assister ou être représenté par toute personne de son choix, doit exposer les raisons pour lesquelles le réexamen de la demande est sollicité. Il constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont soumises. Par suite, la décision du 17 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de M. C s'est substituée à la décision préfectorale du 21 novembre 2018. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables, et la requête de M. C doit être regardée comme tendant exclusivement à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur :
3. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour rejeter la demande de M. C, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, d'une connaissance insuffisante par l'intéressé des éléments fondamentaux relatifs aux grands repères de l'histoire de la France et aux règles de vie en société, d'autre part, de ce que ce dernier a conduit un véhicule sans permis le 13 mars 2011.
4. Selon l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. () ". Aux termes de l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Lors d'un entretien individuel, l'agent vérifie que le demandeur possède les connaissances attendues de lui, selon sa condition, sur l'histoire, la culture et la société françaises, telles qu'elles sont définies au 2° de l'article 37. / A l'issue de cet entretien individuel, cet agent établit un compte rendu constatant le degré d'assimilation du postulant à la communauté française ainsi que, selon sa condition, son niveau de connaissance des droits et devoirs conférés par la nationalité française. / () ".
5. Aux termes de l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : () 2° Le demandeur doit justifier d'un niveau de connaissance de l'histoire, de la culture et de la société françaises correspondant aux éléments fondamentaux relatifs : a) Aux grands repères de l'histoire de France : il est attendu que le postulant ait une connaissance élémentaire de la construction historique de la France qui lui permette de connaître et de situer les principaux événements ou personnages auxquels il est fait référence dans la vie sociale ; b) Aux principes, symboles et institutions de la République : il est attendu du postulant qu'il connaisse les règles de vie en société, notamment en ce qui concerne le respect des lois, des libertés fondamentales, de l'égalité, notamment entre les hommes et les femmes, de la laïcité, ainsi que les principaux éléments de l'organisation politique et administrative de la France au niveau national et territorial ; c) A l'exercice de la citoyenneté française : il est attendu du postulant qu'il connaisse les principaux droits et devoirs qui lui incomberaient en cas d'acquisition de la nationalité, tels qu'ils sont mentionnés dans la charte des droits et devoirs du citoyen français ; d) A la place de la France dans l'Europe et dans le monde : il est attendu du postulant une connaissance élémentaire des caractéristiques de la France, la situant dans un environnement mondial, et des principes fondamentaux de l'Union européenne. Les domaines et le niveau des connaissances attendues sont illustrés dans un livret du citoyen dont le contenu est approuvé par arrêté du ministre chargé des naturalisations. Il est élaboré par référence aux compétences correspondantes du socle commun de connaissances, de compétences et de culture mentionné au premier alinéa de l'article L. 121-1-1 du code de l'éducation. Le livret du citoyen est remis à toute personne ayant déposé une demande et disponible en ligne ".
6. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées qu'il est attendu du postulant à la nationalité française qu'il connaisse les règles de vie en société. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que le ministre aurait, en rejetant notamment sa demande au motif d'une connaissance insuffisante de ces règles, aurait illégalement ajouté une condition à sa demande de naturalisation, ni qu'il aurait entaché sa décision d'une rupture d'égalité. Ces moyens doivent par suite être écartés.
7. En second lieu, il ressort du compte-rendu d'assimilation de M. C, en date du 15 octobre 2018, produit par le ministre en défense, que le requérant n'a pas été, au cours de cet entretien, en mesure de citer les couleurs du drapeau français ni l'évènement commémoré le 11 novembre, qu'il n'a pas su définir les principes de démocratie et de fraternité, et qu'il ne connaissait pas " Marianne ". De telles lacunes révèlent une connaissance insuffisante, de la part du postulant, des éléments fondamentaux de la culture française. Par suite, le ministre, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, n'a pas entaché sa décision d'illégalité en rejetant la demande de naturalisation de M. C. Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Iselin, président,
Mme Le Lay, première conseillère,
Mme Frelaut, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
La rapporteure,
L. B
Le président,
B. ISELINLa greffière,
L. BILLAUD
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026