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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2004805

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2004805

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2004805
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGONET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 mai 2020 et 26 septembre 2023, Mme C B, épouse A, représentée par la SELARL Philippe Gonet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mars 2020 portant refus de faire droit à sa demande de dérogation horaire ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros en indemnisation du préjudice subi du fait de l'illégalité de ce refus ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière à raison de l'irrégularité de l'avis du médecin de prévention ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors que la station assise et la station debout lui sont pénibles ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'administration s'est crue tenue de rejeter sa demande ;

- elle est intervenue en violation de la loi ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, eu égard aux justificatifs fournis ;

- elle procède d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, le ministre de l'éducation nationale conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ; en effet, elle est tardive dès lors qu'elle aurait dû être introduite dans les deux mois de la notification de la décision du 14 février 2020, la décision du 20 mars 2020 étant purement confirmative de la précédente ; de plus, le contentieux indemnitaire n'est pas lié ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 82-453 du 28 mai 1982 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martel,

- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, attachée principale affectée à la direction des affaires financières du ministère de l'éducation nationale, au sein du département des retraites délocalisé à Guérande, a sollicité le 26 novembre 2019 un renouvellement de l'allégement horaire pour raison de santé qui lui avait été accordé. Par un courrier du 27 janvier 2019, l'intéressée a formé un recours gracieux contre la décision implicite portant rejet de sa demande, lequel a été rejeté par une décision du 14 février 2020. Par un courrier du 28 février 2020, elle a formé un nouveau recours contre cette décision, lequel a été rejeté par une décision du 12 mars 2020. Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler cette décision du 12 mars 2020 et de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice résultant du refus de renouvellement de l'allégement de service sollicité.

Sur la légalité du refus contesté :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 26 du décret du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le médecin du travail est seul habilité à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. / () / Lorsque ces propositions ne sont pas agréées par l'administration, celle-ci doit motiver par écrit son refus et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail doit en être tenu informé. "

3. Il ressort des pièces du dossier que le médecin de prévention s'est prononcée sur la demande d'allégement de service présentée par Mme A après avoir reçu cette dernière et au vu des éléments médicaux qu'elle lui avait communiqués. La circonstance que le médecin de prévention ait pu s'entretenir avec le chef de service de l'agent afin, notamment, de pouvoir recueillir des précisions sur son poste de travail n'est pas de nature à entacher son avis d'irrégularité. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de cet avis doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 sexies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " I. - Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de développer un parcours professionnel et d'accéder à des fonctions de niveau supérieur ainsi que de bénéficier d'une formation adaptée à leurs besoins tout au long de leur vie professionnelle, sous réserve que les charges consécutives à la mise en oeuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées à ce titre par l'employeur () ". Aux termes de l'article 40 ter de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors en vigueur : " Des aménagements d'horaires propres à faciliter son exercice professionnel ou son maintien dans l'emploi sont accordés à sa demande au fonctionnaire handicapé relevant de l'une des catégories mentionnées aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail, dans toute la mesure compatible avec les nécessités du fonctionnement du service () ".

5. Il résulte de ces dispositions que si l'aménagement du poste de travail constitue un droit destiné à faciliter le maintien en activité des personnels confrontés à l'altération de leur état de santé, il peut revêtir des formes diverses dont l'aménagement des horaires constitue une des modalités. Par suite, la décision accordant un aménagement d'horaires ne constitue pas un droit pour le fonctionnaire qui le sollicite.

6. D'une part, Mme A fait valoir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que tant la station assise que la station debout lui sont pénibles. Toutefois, elle ne produit aucun élément de nature à justifier son allégation.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le renouvellement de l'allègement horaire dont bénéficiait précédemment Mme A lui a été refusé au motif que son état de santé ne le justifiait plus. Ainsi, quand bien même le médecin de prévention a rappelé, dans son avis, que l'allègement d'horaire revêtait un caractère temporaire, l'impossibilité de reconduire un tel aménagement ne constitue pas le motif du refus de renouvellement qui lui a été opposé.

8. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.

9. En troisième lieu, si la requérante soutient que la décision litigieuse est intervenue en violation de la loi, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le chef de service de Mme A lui aurait refusé le bénéfice de l'allégement de service sollicité dans le but de lui nuire. En particulier, il ne ressort pas des pièces produites au dossier, et notamment des courriers rédigés par Mme A sur lequel il a porté des corrections, que celles-ci aient excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique pour revêtir un caractère vexatoire. En outre, alors qu'il ressort de l'avis du 24 janvier 2020 rédigé par trois médecins de prévention que l'état de santé de Mme A ne justifie plus la réduction d'horaires précédemment accordée, le seul certificat médical rédigé par son médecin traitant, faisant état de la nécessité de cet allègement de service sans cependant en préciser les raisons, n'est pas de nature à remettre en cause cette appréciation. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et du détournement de pouvoir doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le ministre, Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.

Sur les conclusions indemnitaires :

12. En l'absence de faute commise par l'administration, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A, à l'égard desquelles, au demeurant, le contentieux n'a pas été lié par une demande préalable formée auprès de l'administration, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité, dans la présente instance, de partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, épouse A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

C. CANTIE La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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