mercredi 27 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2005661 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DELAFOND - LECHARTRE - GILET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 12 juin 2020, les 17, 21 et 24 juillet 2023 et le 3 novembre 2023, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) de la Porte, représenté par Me Patrice Lechartre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 novembre 2019 par laquelle la présidente du conseil régional des Pays de la Loire a prononcé la déchéance partielle de ses droits à l'aide attribuée par la convention du 14 décembre 2015, au titre de la mesure d'aide aux investissements du plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE), volet élevage, dans le cadre du Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) 2014-2020, d'un montant de 48 000 euros, et lui a demandé de rembourser les sommes perçues à hauteur de 16 197, 26 euros, ensemble la décision du 14 avril 2020 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la région Pays de la Loire la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation quant à l'inéligibilité de certaines dépenses ;
- le service instructeur a commis une erreur de droit car il aurait dû le prévenir des dépenses qu'il considérait comme inéligibles et a commis une erreur qui ne peut lui être imputée ;
- des pénalités ne peuvent lui être infligées alors que le caractère éligible des dépenses qu'il a intégrées dans sa demande de paiement avait été validé.
Par un mémoire, enregistré le 25 septembre 2020 et non communiqué, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire déclare qu'il revient à la région des Pays de la Loire de défendre dans la présente instance.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 février 2021 et le 24 juillet 2023, la région des Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire enregistré le 8 novembre 2023 à 11h45, présenté par la région Pays de la Loire, n'a pas été communiqué.
Par une ordonnance du 25 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée le 8 novembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement UE n° 1305/2013 du 17 décembre 2013 ;
- le règlement (UE) n° 1306/2013 du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 ;
- le décret n°2009-1452 du 24 novembre 2009 fixant les règles d'éligibilité des dépenses des programmes de développement rural ;
- l'arrêté du 26 août 2015 relatif au plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles mis en œuvre dans le cadre des programmes de développement rural ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 24 janvier 2024 :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Gave, rapporteur public,
- et les observations de M. D, représentant la région Pays de la Loire.
Considérant ce qui suit :
1. Le GAEC de la Porte, dont l'exploitation se situe en Mayenne, a sollicité, le 13 mai 2015, l'octroi d'une aide en vue de réaliser un projet d'investissements. Ce projet, qui s'inscrivait dans le dispositif de modernisation des bâtiments d'élevage du plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles (PCAE) financé par le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) au titre de la période 2014-2020, portait sur l'extension et l'amélioration d'une stabulation pour vaches laitières. L'attribution de l'aide sollicitée a fait l'objet d'une convention entre la région Pays de la Loire et le groupement, conclue le 14 décembre 2015, fixant le montant de l'aide maximale prévisionnelle à 48 000 euros, représentant 30 % du montant total des dépenses éligibles plafonnées à 160 000 euros et se décomposant en 25 440 euros d'aide du FEADER et 22 560 euros d'aide de l'Etat. Le GAEC a présenté une première demande de paiement, le 19 mai 2016, et perçu un acompte de 35 708,76 euros. A la suite d'un contrôle sur place réalisé par l'agence de services et de paiement, le 22 novembre 2017 qui a remis en cause l'éligibilité de certaines dépenses engagées par le GAEC de la Porte, la région Pays de la Loire, après avoir recueilli les observations de ce dernier, a prononcé la déchéance partielle de ses droits à percevoir l'aide du FEADER et de l'Etat par une décision du 7 novembre 2019. La région a fixé à 19 511,50 euros le montant de l'aide finalement attribuée et à 16 197,26 euros le montant de la somme devant être remboursée par le GAEC, compte tenu de l'acompte déjà perçu. Ce dernier montant procède du refus de la région de prendre en compte certaines dépenses déclarées par le GAEC dans sa demande de paiement et d'une pénalité infligée au GAEC au motif que le montant total des dépenses éligibles présentées par celui-ci dans sa demande de paiement aboutissait à un montant d'aide excédant de plus de 10 % le montant de l'aide finalement attribué par le service instructeur. Par un courrier du 9 janvier 2020, le GAEC a introduit un recours gracieux, lequel a été rejeté par une décision du 14 avril 2020. Par la présente requête, le GAEC de la Porte demande au tribunal d'annuler la décision du 7 novembre 2019 et celle du 14 avril 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 14 avril 2020 :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.
3. Si le GAEC requérant soutient que la décision du 14 avril 2020 est entachée d'un vice d'incompétence et d'une erreur dans les motifs de fait, de tels vices constituent, en tout état de cause, des vices propres d'une décision rejetant un recours gracieux qui ne peuvent pas, ainsi qu'il a été dit au point 2, être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir.
En ce qui concerne la décision du 7 novembre 2019 :
S'agissant de la compétence du signataire de la décision attaquée :
4. La décision attaquée du 7 novembre 2019 a été signée par M. A B, directeur départemental des territoires de la Mayenne, qui a reçu délégation de signature de la présidente du conseil régional des Pays de la Loire par une décision du 1er octobre 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du conseil régional n°114/2019 du même jour, à l'effet de signer l'ensemble des documents nécessaires à l'instruction, à l'attribution et au retrait des aides du FEADER et notamment " les actes de retrait des aides ou tout acte modificatif, les courriers de notification des actes, (), les courriers et documents en lien avec les suites de contrôle de l'Agence de services et de paiement () ". Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 7 novembre 2019 doit être écarté.
S'agissant de la réduction du montant des dépenses éligibles :
5. D'une part, aux termes de l'article 49 du règlement (UE) n° 1305/2013 du Parlement européen et du Conseil en date du 17 décembre 2013, relatif au soutien au développement rural par le FEADER : " l'autorité de gestion du programme de développement rural définit les critères de sélection des opérations financées () ". Aux termes de l'article 35 du règlement délégué n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 complétant le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne le système intégré de gestion et de contrôle, les conditions relatives au refus ou au retrait des paiements et les sanctions administratives applicables aux paiements directs, le soutien au développement rural et la conditionnalité : " () 2. L'aide demandée est refusée ou est retirée en tout ou partie lorsque les engagements ou les autres obligations ci-dessous ne sont pas respectés : / a) les engagements formulés dans le programme de développement rural ou / b) le cas échéant, d'autres obligations liées à l'opération établies par le droit national ou la législation de l'Union ou formulées dans le programme de développement rural (). 3. Lorsqu'il détermine le taux de refus ou de retrait de l'aide après avoir constaté un cas de non-conformité avec les engagements ou d'autres obligations visées au paragraphe 2, l'État membre tient compte de la gravité, de l'étendue, de la durée et de la répétition du cas de non-conformité en ce qui concerne les conditions applicables à l'aide visées au paragraphe 2. / La gravité du cas de non-conformité dépend notamment de l'ampleur des conséquences qu'il entraîne eu égard à la finalité des engagements ou des obligations non respectés () ". Aux termes de l'article 74 du règlement n° 1306/2013 : " 1. Conformément à l'article 59, les États membres pratiquent, par l'intermédiaire des agences de paiement ou des organismes mandatés par elles, des contrôles administratifs sur la demande d'aide afin de vérifier si les conditions d'admissibilité sont remplies pour l'aide en question. Ces contrôles sont complétés par des contrôles sur place () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 26 aout 2015 relatif au plan de compétitivité et d'adaptation des exploitations agricoles mis dans le cadre des programmes de développement rural : " Peuvent bénéficier des aides de l'Etat, les projets qui contribuent à l'un au moins des 4 axes d'intervention suivants : () - la modernisation des bâtiments d'élevage ". Aux termes de l'article 1er du décret 2016-279 du 8 mars 2016 fixant les règles nationales d'éligibilité des dépenses dans le cadre des programmes soutenus par les fonds structurels et d'investissement européens pour la période 2014-2020 : " Conformément à l'article 65.1 du règlement (UE) n° 1303/2013 du Parlement et du Conseil du 17 décembre 2013 susvisé, le présent décret fixe les règles nationales d'éligibilité des dépenses aux programmes soutenus par les fonds structurels et d'investissement européens (FESI) pour la période 2014-2020. / Les fonds européens concernés sont désignés ci-après par les sigles suivants :/ 1° FEADER : Fonds européen agricole pour le développement rural ; / () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Sous réserve des dispositions de la législation de l'Union européenne applicables à chaque fonds, une dépense est éligible si elle a été engagée par le bénéficiaire et payée, selon les modalités prévues par l'acte attributif mentionné à l'article 6, entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2023, et se rattache à une opération inscrite dans un programme européen. ". L'article 5 dispose quant à lui que : " Les dépenses sont éligibles si : / 1° Elles ne relèvent pas des catégories de charges et de dépenses fixées en annexe au présent décret ; / 2° Elles se rattachent, selon les modalités définies par l'arrêté mentionné à l'article 11, à l'opération concernée ; / 3° Elles respectent les règles particulières d'éligibilité fixées, pour certaines catégories de dépenses, par l'arrêté précité ainsi que la réglementation nationale en matière d'aides publiques ; / 4° Elles sont justifiées, selon les modalités définies par l'arrêté précité ; / () ". Aux termes de l'article 6 de ce décret : " L'autorité de gestion notifie au bénéficiaire l'acte attributif de l'aide, qui peut revêtir une forme conventionnelle. L'acte attributif détermine notamment leurs obligations respectives, les catégories de dépenses éligibles et les modalités de versement de l'aide. Il précise si les dépenses sont prises en compte sur une base réelle ou sur une base forfaitaire en application d'une méthode de coûts simplifiés, dans les conditions prévues par l'arrêté prévu à l'article 11 ". Aux termes de l'article 11 dudit décret : " () un arrêté () précise les conditions d'application du présent décret et notamment conformément aux dispositions des articles 5 et 6, les modalités de prise en compte, de rattachement et de justification des dépenses éligibles et les règles particulières applicables à certaines d'entre elles. ".
7. Enfin, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 8 mars 2016 modifié pris en application du décret du 8 mars 2016 cité au point précédent : " Les pièces justificatives que le bénéficiaire doit présenter à l'autorité de gestion sont fixées aux 1°, 2°, 3° et 4° du présent article, à savoir : / 1° Des factures ou copies de factures ou toute autre pièce comptable de valeur probante équivalente permettant d'attester la réalité des dépenses ; / 2° Des copies de pièces non comptables permettant d'attester de façon probante la réalisation effective de l'opération, à l'exception de règles particulières s'appliquant au FEADER ; / () 4° La fourniture d'une des pièces suivantes permettant d'apporter la preuve de l'acquittement des dépenses éligibles :// a) Des factures ou copies de factures attestées acquittées par les fournisseurs ou des états récapitulatifs des dépenses ou toute autre pièce comptable de valeur probante équivalente, attestés par tout organisme compétent en droit français ;() ". Aux termes de l'article 3 de la convention conclue le 14 décembre 2015 entre la région Pays de la Loire et le GAEC de la Porte, relative à l'attribution de l'aide litigieuse : " Dépenses éligibles / () Afin de pouvoir être considérées comme des dépenses éligibles de l'opération, les dépenses doivent répondre aux critères généraux suivants : / - être en relation avec l'objet de la présente convention et être prévues dans le budget prévisionnel figurant dans le formulaire de demande de subvention ; / - être nécessaires à la réalisation de l'opération faisant objet de la présente convention ; / () être par nature éligibles aux règles nationales et communautaires d'éligibilité des dépenses, en particulier celles fixées dans les règlements et décrets visés en référence ; () ". Aux termes de l'article 7 de cette convention : " les dépenses présentées par le bénéficiaire doivent avoir été effectuées et acquittées pendant la durée de l'opération prévue (). Les versements (acomptes et/ou solde) sont effectués sur justification de la réalisation de l'opération et de la conformité de cette opération avec le contenu de la présente décision. (). Le bénéficiaire doit adresser au service instructeur le formulaire de la demande de paiement dûment complété et : - les pièces justificatives de dépenses effectivement payées par le bénéficiaire et certifiées acquittées ; - l'état récapitulatif détaillé des dépenses conformément au projet retenu () ". Aux termes de l'article 12 de la convention : " Modalités de reversement / En cas de non-respect des obligations ou des engagements du bénéficiaire et notamment en cas de non-exécution partielle ou totale de l'opération ou d'utilisation des fonds non conforme à l'objet, les autorités compétentes peuvent mettre fin à la présente convention et exiger le reversement total ou partiel des sommes versées. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que le projet pour le financement duquel le GAEC de la Porte a obtenu l'aide financière litigieuse a consisté à démonter et remonter à neuf une stabulation pour vaches laitières existante et à agrandir cette stabulation par une construction neuve d'une longueur de 24 mètres. Les travaux de gros œuvre ont été exécutés par les associés du GAEC eux-mêmes. A la suite du contrôle réalisé par l'agence de services et de paiement, certaines dépenses ont été exclues des dépenses éligibles aux motifs que leur rattachement au projet subventionné n'était pas suffisamment établi, que leur double facturation faisait apparaître des incohérences, qu'elles concernaient des travaux de déconstruction, d'entretien, de renouvellement ou de remplacement à l'identique inéligibles, qu'elles n'avaient pas été mentionnées dans la demande d'aide préalablement au commencement d'exécution des travaux ou qu'elles dépassaient le plafond des dépenses éligibles d'autoconstruction.
Quant aux factures Districo :
9. La région a rejeté deux factures éditées par la société Districo, l'une du 30 septembre 2015 d'un montant de 2 092 euros TTC portant sur l'achat de semelles, treillis, fers ronds et divers autres matériaux, l'autre du 30 novembre 2015 d'un montant de 1 890 euros TTC portant sur l'achat de 18,75 m3 de béton. Selon la région, ces quantités de matériaux ainsi facturées excédaient manifestement les besoins de l'opération subventionnée, étant précisé qu'une partie des travaux de gros œuvre entrepris avec ces matériaux par les associés du GAEC de la Porte, notamment la réalisation de l'accès à un silo et d'une dalle destinée à recevoir un distributeur automatique de concentré, était exclue de l'opération éligible. Il est constant que les deux factures en cause, relatives à des achats de matériaux destinés notamment à la réalisation de dalles de béton, de murets et de massifs en béton armé, ont été établies sans tenir compte de cette distinction entre travaux éligibles ou non. Si le GAEC se réfère à un constat d'huissier illustré de photographies et à une étude réalisée par un technicien de la chambre d'agriculture de la Mayenne pour démontrer qu'une partie de ces matériaux a bien été utilisée pour l'exécution de travaux éligibles et soutient que l'intégralité des deux factures ne peut, dès lors, être écartée, les éléments qu'il fournit ne permettent pas d'apprécier dans quelle proportion les dépenses en cause devraient être déclarées éligibles. Dans ces conditions, la région a pu considérer à bon droit que l'absence de justification du rattachement des dépenses facturées par la société Districo à l'opération subventionnée ne permettait pas de retenir l'éligibilité de ces dépenses, même partiellement.
Quant à la facture Kiloutou :
11. La région a rejeté une facture du 12 novembre 2015 éditée par la société Kiloutou, d'un montant de 161,81 euros TTC, correspondant à la location d'une scie de sol pendant une journée, au motif que cette dépense ne figurait pas dans la demande d'aide. Le règlement de l'appel à projets " modernisation des bâtiments d'élevage " du programme de développement rural de la région des Pays de la Loire 2014-2020, aisément consultable sur internet, invoqué par la région et dont l'application au présent litige n'est pas contesté par le GAEC de la Porte, prévoyait dans son paragraphe 6 intitulé " Engagements " que : " Le candidat à l'aide accepte les engagements suivants : / - toute dépense d'investissement, pour être éligible, doit avoir fait l'objet d'une demande d'aide par le porteur du projet, préalablement à son commencement d'exécution () ". Le GAEC de la Porte admet que cette dépense ne figurait pas dans sa demande d'aide mais soutient qu'elle se déduisait implicitement mais nécessairement de l'opération de démolition d'une portion de l'aire de raclage, opération qui était mentionnée dans un devis du 13 mai 2015 d'une entreprise de terrassement intitulé " terrassement pour un agrandissement de stabule ", d'un montant de 10 200 euros TTC. Toutefois, alors même que la solution finalement retenue par le GAEC, consistant à louer une scie de sol plutôt que de recourir aux services d'une entreprise, ait été moins coûteuse, le seul fait que cette dépense n'avait pas été incluse dans la demande d'aide a permis à la région de la déclarer, à bon droit, inéligible.
Quant à la facture CMGO :
12. La région a rejeté une facture du 30 novembre 2015 éditée par la société Carrières et Matériaux du Grand Ouest (CMGO) d'un montant de 558,80 euros TTC, correspondant à l'achat de 83,48 tonnes de stérile 0/40, sable argileux destiné à être tassé sur la partie couchage des vaches, et de 7,96 tonnes de sable lavé destiné aux dernières finitions de béton, au motif, là encore, que cette dépense ne figurait pas dans le dossier de demande. Le GAEC de la Porte fait valoir que l'achat de 83 tonnes de stérile se rattache au devis de l'entreprise de terrassement déjà mentionné au point précédent qui portait notamment sur la fourniture et mise en place de gravier 0-31,5 pour les besoins des travaux de terrassement. Il produit une attestation de la société CMGO selon laquelle le gravier qu'elle a fourni constituait bien un gravier 0/31,5, matériau différent du stérile figurant sur la facture litigieuse. Dans ces conditions, la région a pu considérer à bon droit que les dépenses ayant fait l'objet de la facture en litige, dès lors qu'elles ne figuraient pas dans la demande d'aide, devaient être déclarées inéligibles.
Quant à la facture Teck Elevage :
13. La région a rejeté une dépense, mentionnée sur une facture du 26 décembre 2015 éditée par la société Teck Elevage d'un montant de 1 905 euros, exonérée de TVA, correspondant à la pose de réglettes, de câble, de projecteur, d'interrupteur et autres accessoires destinés à l'éclairage du bâtiment. Si cette dépense figurait bien dans la demande d'aide, deux factures distinctes ont été présentées par le groupement lors du contrôle sur place : l'une de 195 euros portant sur la fourniture de tuyaux et leur raccordement au récupérateur de calories, l'autre de 1 710 euros portant sur l'éclairage du nouveau bâtiment. Le GAEC expose que, pour plus de clarté, il avait demandé à l'autoentrepreneur ayant délivré la facture en litige, aujourd'hui décédé, de disjoindre les travaux, ce qui aurait conduit à l'établissement de deux factures. Il est toutefois constant que les deux factures présentées lors du contrôle, datées également du 26 décembre 2015, dont le montant additionné est certes égal à celui de la facture en litige, ne font aucune référence à cette dernière facture et que l'une d'elles porte sur une prestation (raccordement au récupérateur de calories) qui ne figurait pas dans la demande d'aide. Compte tenu de ces imprécisions, la région a pu, à bon droit, déclarer la dépense inéligible.
Quant aux factures Bouvet :
14. La région a rejeté une partie des dépenses, à hauteur de 18 445,35 euros HT, facturées par la société Bouvet, chargée de la charpente et de la couverture du bâtiment.
15. En premier lieu, la région a refusé de prendre en compte, à hauteur de 8 759,85 euros, les dépenses de démontage de l'ancienne couverture. Elle se réfère au règlement de l'appel à candidatures qui indique, sous le titre " prise en charge de la déconstruction ", que la déconstruction des bâtiments amiantés est aidée sous certaines conditions. Or, il est constant que la couverture démontée par la société Bouvet ne comportait pas d'amiante. Le GAEC admet le caractère non éligible de la dépense en cause mais se prévaut de ce que, dans la convention attributive de l'aide, le service instructeur avait accepté d'intégrer dans les dépenses éligibles la partie démontage. Pour regrettable qu'elle soit, cette erreur commise par le service instructeur ne peut toutefois être utilement invoquée par le groupement devant le juge de l'excès de pouvoir pour remettre en cause le caractère non éligible par nature de la dépense. Au demeurant, dans la convention attributive de l'aide, aucune dépense éligible n'était inscrite à la ligne " déconstruction " et la lecture du passage susmentionné du règlement de l'appel d'offres pouvait inspirer au GAEC un doute légitime sur le caractère éligible de la dépense en litige. Ainsi, la région a pu, à bon droit, déclarer cette dépense inéligible sans méconnaître le principe de confiance légitime.
16. En deuxième lieu, la région a refusé de prendre en compte les dépenses facturées par la société Bouvet à hauteur de 2 475 euros, correspondant aux travaux de fourniture et pose de 36 mètres linéaires de chéneaux. Cette dépense figure dans la facture sous la mention " Supplément demandé après signature devis ". Il est constant qu'elle n'a pas fait l'objet d'une demande d'aide préalablement au commencement d'exécution du projet. Dans ces conditions, alors même que ces chéneaux auraient été effectivement posés, la région était fondée à déclarer cette dépense inéligible.
17. En troisième lieu, la région a refusé de prendre en compte, à hauteur de 7 133,50 euros, la dépense facturée par la société Bouvet portant sur la fourniture et pose de 648,5 m2 de plaques de fibro-ciment sans amiante au motif que le rattachement de ces travaux à l'opération subventionnée n'était pas établi et que le simple remplacement de plaques de fibro-ciment était inéligible par nature, le règlement excluant les opérations d'entretien, de renouvellement ou de remplacement à l'identique. Les explications fournies par le GAEC de la Porte ne permettent pas de déterminer précisément à quels travaux se rattachent ces 648,5 m2 de plaques de fibro-ciment, la dépense correspondant à la fourniture et la pose d'une couverture de 1 090,43 m2 ayant été déjà intégrée dans les dépenses éligibles. Dans ces conditions, la région a pu à bon droit déclarer cette dépense inéligible.
18. En quatrième lieu, la région a refusé de prendre en compte, à hauteur de 77 euros, la dépense facturée par la société Bouvet portant sur la plus-value constituée par la fourniture et la pose de 14 plaques translucide en polycarbonate. Cette dépense figure dans la facture sous la mention " Supplément demandé après signature devis ". Il est constant qu'elle n'a pas fait l'objet d'une demande d'aide préalablement au commencement d'exécution des travaux. Dès lors, la région était fondée à la déclarer inéligible.
Quant à l'autoconstruction :
19. Alors que le GAEC de la Porte avait chiffré, dans sa demande de paiement, ses dépenses de main d'œuvre au titre de l'autoconstruction à 5 000 euros, la région n'a admis leur caractère éligible qu'à hauteur de 1 959 euros, par application de la règle, énoncée à la page 10 de la notice explicative, selon laquelle la charge liée à la main d'œuvre est évaluée sur la base du SMIC horaire, dans la limite de 50 % du coût HT des matériaux et de location de matériel nécessaires aux travaux. Pour aboutir à ce calcul, la région a évalué à 3 918 euros le coût des matériaux et de location de matériel nécessaires aux travaux exécutés par les associés du GAEC. Le groupement requérant ne conteste pas sérieusement cette évaluation. Dans ces conditions, la région a pu à bon droit limiter à 1 959 euros le montant des dépenses éligibles à ce titre.
S'agissant de la pénalité :
20. Comme il a été dit au point 1, la région, faisant application de l'article 12 de la convention attributive de l'aide, a infligé au GAEC de la Porte une pénalité de 8 205,81 euros, au motif que le montant total des dépenses éligibles présentées par celui-ci dans sa demande de paiement aboutissait à un montant d'aide excédant de plus de 10 % le montant de l'aide finalement attribué par le service instructeur. Compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, le présent jugement confirme la réduction, opérée par la région à la suite du contrôle sur place effectué par l'agence de services et de paiement, des dépenses éligibles inscrites par le GAEC dans sa demande de paiement. Par ailleurs, le groupement ne conteste pas l'exacte application faite par la région des dispositions de l'article 12 de la convention attributive pour aboutir au montant de pénalité mentionné ci-dessus. Il soutient, en revanche, qu'il a agi de bonne foi et a été induit en erreur par les services de la direction départementale des territoires de la Mayenne, lesquels, en acceptant notamment d'inclure des dépenses de déconstruction de la toiture dans les dépenses éligibles figurant dans la convention attributive, l'on conduit à inclure dans sa demande de paiement des dépenses qu'il pensait éligibles alors qu'elles ne l'étaient pas. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'erreur commise par le GAEC, en n'excluant pas de l'ensemble des dépenses correspondant aux travaux de charpente et de couverture celles relatives au démontage de la toiture existante, constituait une erreur manifeste pouvant être constatée immédiatement lors du contrôle administratif des informations figurant dans le formulaire de demande d'aide et qui aurait dû conduire le service instructeur à permettre à son auteur de procéder à une correction avant que ne soit effectué un contrôle sur place. Dans ces conditions, la région était fondée à appliquer au groupement la pénalité en litige.
21. Il résulte de tout ce qui précède que le GAEC de la Porte n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de la région des Pays de la Loire des 7 novembre 2019 et 14 avril 2020.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Pays de la Loire, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le GAEC de la Porte demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du GAEC de la Porte est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au GAEC de la Porte et à la région Pays de la Loire.
Copie en sera adressée au préfet de région Pays de la Loire.
Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024 à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse,premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.
La rapporteure,
J-K. C
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
1
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026