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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2007849

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2007849

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2007849
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantFARABET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2020, M. C B, représenté par Me Farabet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté son recours contre la décision du 5 décembre 2019 par laquelle le préfet du Rhône a déclaré sa demande de naturalisation irrecevable, ainsi que la décision du préfet du Rhône du 5 décembre 2019 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de lui accorder la nationalité française et à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du préfet du Rhône est insuffisamment motivée ;

- les décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il n'a pas été procédé à un examen complet de sa situation ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il est âgé de 42 ans et réside en France depuis de nombreuses années, il n'a pas besoin de prendre des cours de français dès lors qu'il parle et écrit parfaitement le français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet du Rhône qui a été déclarée irrecevable par une décision du 5 décembre 2019. M. B a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Par une décision du 31 août 2020, le ministre de l'intérieur a rejeté son recours et a substitué à la décision d'irrecevabilité du 5 décembre 2019 une décision de rejet de sa demande de naturalisation. Par la présente requête M. B doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 31 août 2020 du ministre de l'intérieur et de la décision du 5 décembre 2019 du préfet du Rhône.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet du Rhône :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 susvisé, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la décision du 31 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique de l'intéressé s'est substituée à la décision du préfet du Rhône du 5 décembre 2019. Il en résulte d'une part que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables et doivent être rejetées et d'autre part, que les moyens ne concernant que la légalité de la décision du préfet du Rhône du 5 décembre 2019 sont inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 31 août 2020 :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée ". En application de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 de la loi n° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ". En vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée mentionne les articles 21-16 du code civil et 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé. Elle précise que les circonstances de fait propres à la situation de M. B. Par suite, contrairement à ce que soutient M. B, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de la situation de M. B.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation.

7. Par ailleurs, aux termes de l'article 21-16 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Ces dispositions imposent à tout candidat à l'acquisition de la nationalité française de résider en France et d'y avoir fixé durablement le centre de ses intérêts familiaux et matériels à la date à laquelle il est statué sur sa demande. Pour apprécier si cette dernière condition est remplie, l'administration peut notamment se fonder, sous le contrôle du juge, sur sa situation familiale. Le ministre, auquel il appartient de porter une appréciation sur l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite peut légalement, dans le cadre de cet examen d'opportunité, tenir compte de toutes les circonstances de l'affaire, y compris de celles qui ont été examinées pour statuer sur la recevabilité de la demande. Il peut ainsi prendre en considération les circonstances tenant à la situation familiale de l'intéressé, qui conditionne le respect de la condition prévue par l'article 21-16 du code civil.

8. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que la conjointe de l'intéressé réside à l'étranger ce qui ne permet pas de considérer qu'il a établi en France l'ensemble de ses attaches familiales.

9. Si M. B soutient qu'il est âgé de 42 ans, qu'il réside en France depuis de nombreuses années et qu'il est père d'un enfant français issu d'une ancienne union avec une ressortissante française, il ne conteste pas que sa conjointe, qu'il a épousé en 2019, réside au Sénégal et dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité à son profit le regroupement familial. Dans ces conditions, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant la demande de naturalisation de l'intéressé.

10. Eu égard au motif qui la fonde, les circonstances invoquées par M. B tirées de ce qu'il est âgé de 42 ans et réside en France depuis de nombreuses années, il n'a pas besoin de prendre des cours de français dès lors qu'il parle et écrit parfaitement le français, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le rapporteur,

F. A

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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