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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010854

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010854

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010854
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BOIVIN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 octobre 2020 et le 27 juillet 2022, l'association Fédération pour l'environnement en Mayenne (FE 53) demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2020 lequel le préfet de la Mayenne a délivré à la SAS Poultry Feed Company une autorisation d'exploiter une usine de traitement de co-produits de volailles à Vaiges ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'étude d'impact est insuffisante et erronée en méconnaissance de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, s'agissant de la description du déficit hydrique du bassin versant de la Vaiges, de la prise en compte des périodes d'étiage, des incidences du projet sur la disponibilité de la ressource en eau potable et le niveau hydrique de la Vaige, ainsi que sur l'état physico-chimique et biologique de la Vaige, comme sur les nuisances olfactives susceptibles d'être générées par l'installation, et s'agissant de l'insuffisante étude de solutions de substitution ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 181-3 et L. 511-1 du code de l'environnement, compte tenu des atteintes portées à la ressource en eau et à la préservation des milieux aquatiques ;

- il est compatible avec les dispositions du schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) de la Sarthe Aval approuvé le 10 juillet 2020.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 février 2023 et le 15 mars 2023, le préfet de la Mayenne, représenté par Me Rouhaud, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Par des mémoires, enregistrés le 13 avril 2021 et le 10 février 2023, la SAS Poultry Feed Company, représentée par Me Pennaforte, conclut à titre principal au rejet de la requête, et à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer sur la requête et à la poursuite de l'exécution de cette autorisation dans l'attente de sa régularisation, en application de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, et demande au tribunal qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

En application de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, les parties ont été informées, par une lettre en date du 28 mars 2023, que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer dans l'attente d'une régularisation, au regard du moyen tiré du caractère insuffisant de l'étude d'impact.

Par des observations en réponse, enregistrées le 30 mars 2023 et le 6 avril 2023, l'association requérante conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Par des observations en réponse, enregistrées le 26 avril 2023, le préfet de la Mayenne conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.

Par des observations en réponse, enregistrées le 3 avril 2023 et le 26 avril 2023, la société Poultry Feed Compagny conclut au rejet de la requête par les mêmes moyens et à ce qu'il n'y a pas lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté attaqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de M. A, représentant l'association Fédération pour l'environnement en Mayenne,

- les observations de Me Rouhaud, avocat du préfet de la Mayenne,

- les observations de Me Pennaforte, avocat de la société Poultry Feed Company.

Une note en délibéré, enregistrée le 12 mai 2023, a été présentée par le préfet de la Mayenne.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Poultry Feed Company (PFC) a déposé le 6 mai 2019 une demande d'autorisation environnementale au titre des polices spéciales des installations classées pour la protection de l'environnement ainsi que de l'eau et des milieux aquatiques, pour la création et l'exploitation d'une usine de traitement de co-produits de volailles, sur les parcelles cadastrées section YD n°17, 96 et 99 sises au lieudit La grande Normandière à Vaiges. L'enquête publique s'est déroulée du 30 septembre au 29 octobre 2019. L'association Fédération pour l'environnement en Mayenne (FE 53) demande l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2020 par lequel le préfet de la Mayenne a délivré à la société Poultry Feed Company cette autorisation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 514-6 du code de l'environnement : " I. - Les décisions prises en application des articles L. 512-7-3 à L. 512-7-5, L. 512-8, L. 512-12, L. 512-13, L. 512-20, L. 513-1, L. 514-4, du I de l'article L. 515-13 et de l'article L. 516-1 sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. / () ".

3. Il appartient au juge du plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement d'apprécier le respect des règles de procédure régissant la demande d'autorisation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date de la délivrance de l'autorisation et celui des règles de fond relatives à la protection de l'environnement régissant l'installation au regard des circonstances de fait et de droit en vigueur à la date à laquelle il se prononce.

En ce qui concerne l'étude d'impact :

4. Aux termes du III de l'article L. 122-1 du code de l'environnement applicable à la date de l'autorisation contestée : " III- L'évaluation environnementale est un processus constitué de l'élaboration, par le maître d'ouvrage, d'un rapport d'évaluation des incidences sur l'environnement, dénommé ci-après " étude d'impact ", de la réalisation des consultations prévues à la présente section, ainsi que de l'examen, par l'autorité compétente pour autoriser le projet, de l'ensemble des informations présentées dans l'étude d'impact et reçues dans le cadre des consultations effectuées et du maître d'ouvrage. / L'évaluation environnementale permet de décrire et d'apprécier de manière appropriée, en fonction de chaque cas particulier, les incidences notables directes et indirectes d'un projet sur les facteurs suivants : / () / 3° Les terres, le sol, l'eau, l'air et le climat ; / () ". Aux termes de l'article R. 122-4 de ce code : " () / Dans sa demande, le maître d'ouvrage fournit au minimum les éléments dont il dispose sur les caractéristiques spécifiques du projet et, dans la zone qui est susceptible d'être affectée : / - les principaux enjeux environnementaux ; / - ses principaux impacts. / L'autorité compétente consulte sans délai les autorités mentionnées au V de l'article L. 122-1 et, pour ce qui concerne les aspects liés à la santé humaine, le ministre chargé de la santé pour les projets susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement et la santé humaine au-delà du territoire d'une seule région et le directeur général de l'agence régionale de santé pour les autres projets. Outre la ou les communes d'implantation du projet, l'autorité compétente peut également consulter les collectivités territoriales et leurs groupements qu'elle estime intéressés au regard des incidences environnementales notables du projet sur leur territoire. / Dans son avis, l'autorité compétente précise les éléments permettant au maître d'ouvrage d'ajuster le contenu de l'étude d'impact à la sensibilité des milieux et aux impacts potentiels du projet sur l'environnement ou la santé humaine, notamment le degré de précision des différentes thématiques abordées dans l'étude d'impact. Cet avis comporte tout autre renseignement ou élément qu'elle juge utile de porter à la connaissance du maître d'ouvrage, notamment sur les zonages applicables au projet, et peut également préciser le périmètre approprié pour l'étude de chacun des impacts du projet./ Elle indique notamment la nécessité d'étudier, le cas échéant, les incidences notables du projet sur l'environnement d'un autre Etat, membre de l'Union européenne ou partie à la convention du 25 février 1991 sur l'évaluation de l'impact sur l'environnement dans un contexte transfrontière ". Aux termes de l'article R. 122-5 du même code : " I. - Le contenu de l'étude d'impact est proportionné à la sensibilité environnementale de la zone susceptible d'être affectée par le projet, à l'importance et la nature des travaux, installations, ouvrages, ou autres interventions dans le milieu naturel ou le paysage projetés et à leurs incidences prévisibles sur l'environnement ou la santé humaine. / II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : () 2° Une description du projet, y compris en particulier : / () /4° Une description des facteurs mentionnés au III de l'article L. 122-1 susceptibles d'être affectés de manière notable par le projet : la population, la santé humaine, la biodiversité, les terres, le sol, l'eau, l'air, le climat, les biens matériels, le patrimoine culturel, y compris les aspects architecturaux et archéologiques, et le paysage ; / 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres : / () / b) De l'utilisation des ressources naturelles, en particulier les terres, le sol, l'eau et la biodiversité, en tenant compte, dans la mesure du possible, de la disponibilité durable de ces ressources ; / c) De l'émission de polluants, du bruit, de la vibration, de la lumière, la chaleur et la radiation, de la création de nuisances et de l'élimination et la valorisation des déchets ; / () / 7° Une description des solutions de substitution raisonnables qui ont été examinées par le maître d'ouvrage, en fonction du projet proposé et de ses caractéristiques spécifiques, et une indication des principales raisons du choix effectué, notamment une comparaison des incidences sur l'environnement et la santé humaine ; / 8° Les mesures prévues par le maître de l'ouvrage pour : / - éviter les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine et réduire les effets n'ayant pu être évités ; / - compenser, lorsque cela est possible, les effets négatifs notables du projet sur l'environnement ou la santé humaine qui n'ont pu être ni évités ni suffisamment réduits. S'il n'est pas possible de compenser ces effets, le maître d'ouvrage justifie cette impossibilité. La description de ces mesures doit être accompagnée de l'estimation des dépenses correspondantes, de l'exposé des effets attendus de ces mesures à l'égard des impacts du projet sur les éléments mentionnés au 5° ; / 9° Le cas échéant, les modalités de suivi des mesures d'évitement, de réduction et de compensation proposées ; / () ".

5. L'étude d'impact a pour objet, d'abord de donner la possibilité à la population de faire connaître utilement ses observations sur le projet à l'occasion de l'enquête publique, ensuite de mettre l'autorité administrative à même de porter une juste appréciation sur les effets de l'installation projetée sur l'environnement ainsi que sur l'adéquation des mesures prévues par l'exploitant pour les supprimer, les limiter ou les compenser. Les effets sur l'environnement d'un projet d'installation classée qui doivent faire l'objet d'une analyse spécifique dans l'étude d'impact doivent être déterminés au regard de la nature de l'installation projetée, de son emplacement et de ses incidences prévisibles sur l'environnement. L'appréciation de ces effets suppose que soient analysées dans l'étude d'impact non seulement les incidences directes sur l'environnement de l'ouvrage autorisé, mais aussi celles susceptibles d'être provoquées par son utilisation et son exploitation. Cette analyse doit être en relation avec l'importance de l'installation projetée.

6. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude si celles-ci ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise.

S'agissant de l'étude de solutions de substitution :

7. Alors que le choix du site d'implantation de l'usine de traitement est suffisamment justifié dans l'étude d'impact, celle-ci pouvait légalement s'abstenir de présenter des solutions écartées en amont et qui n'ont, par conséquent, pas été envisagées par la société pétitionnaire

S'agissant des incidences de l'exploitation sur la ressource en eau :

8. Si l'association requérante fait valoir, en premier lieu, que l'évaluation environnementale produite par la société pétitionnaire rend insuffisamment compte de la situation du bassin versant de la Vaige, l'étude d'impact comporte toutefois une présentation suffisamment précise et exhaustive de l'état initial de la Vaige, qui permet d'apprécier sa situation de déficit hydrique.

9. En deuxième lieu, l'étude d'impact comporte des éléments détaillés sur les impacts quantitatifs et qualitatifs des rejets de l'exploitation sur le milieu récepteur de la Vaige, s'agissant en particulier des principaux paramètres physico-chimiques de ce milieu. L'étude d'impact prend également en compte les périodes d'étiage de ce cours d'eau, qui conduisent à limiter les rejets à la période de novembre à avril. Dans ces conditions, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que les incidences des rejets dans le milieu récepteur de la Vaige auraient été insuffisamment prises en compte dans l'étude d'impact.

10. En revanche et en dernier lieu, l'étude d'impact ne comporte pas d'éléments quant aux incidences indirectes de l'exploitation de l'usine sur la disponibilité et la pérennité de la ressource en eau. Il résulte en effet de l'instruction que l'exploitation de l'usine nécessitera une consommation de 70 000 m3 d'eau par an, qui, selon les termes de cette étude d'impact, sera prélevée via le réseau public d'eau potable sur le captage de l'Ecrillé géré par la régie des eaux de Coëvrons. Or, l'étude d'impact ne comporte aucun élément quant aux effets indirects de la consommation d'eau nécessaire à l'exploitation de l'installation sur les nappes souterraines alimentant les différents captages sur lesquels cette consommation sera prélevée. Si l'étude d'impact mentionne que le volume des eaux reversées dans la Vaige de novembre à avril sera supérieur au volume annuel d'eau nécessaire à l'exploitation, ces rejets d'eaux épurées, qui du reste ne sont pas autorisés sur la période de mai à octobre inclus, ne sont pas qualitativement comparables au prélèvement d'eau potable nécessaire à l'exploitation de l'usine. Si la société pétitionnaire fait valoir que l'autorisation de prélèvement relative au captage de l'Ecrillé accordée par arrêté préfectoral du 15 octobre 1998 à la régie des eaux de Coëvrons n'est pas modifiée et que celle-ci a attesté pouvoir couvrir les besoins du projet, l'étude d'impact ne comporte toutefois aucun élément quant aux incidences indirectes de cette consommation sur la disponibilité et la pérennité de cette ressource, notamment en période d'étiage et la circonstance que le prestataire de la fourniture d'eau potable indique qu'il est à même de fournir l'eau nécessaire au fonctionnement de l'installation ne dispense pas l'étude d'impact de l'obligation d'analyser les incidences que ce fonctionnement est susceptible d'avoir sur la ressource en eau potable, compte tenu de la répartition des différents usages dont fait l'objet cette ressource. Enfin, de surcroît, si la société exploitante, qui se prévaut d'un courriel du 6 décembre 2019 de la régie des eaux de Coëvrons, a fait ultérieurement état de ce que la consommation en eau de l'exploitation provient de trois unités de distribution distinctes traitant les eaux de plusieurs captages, ces éléments ne figurent pas dans l'étude d'impact soumise à enquête publique. Dans ces conditions, l'étude d'impact est insuffisante quant aux incidences indirectes de l'exploitation de l'installation sur la disponibilité et la pérennité de la ressource en eau.

S'agissant des nuisances olfactives susceptibles d'être générées par le projet :

11. Les risques de nuisances olfactives susceptibles d'être générées par le projet sont analysés de façon très générale par l'étude d'impact, sans que celles qui sont susceptibles de résulter de la lagune ni de la station d'épuration des eaux industrielles ne soient documentées et analysées. Par ailleurs, la seule indication des mesures mises en œuvre par la société exploitante ne décrit ni, par suite, ne permet d'apprécier concrètement les incidences réelles du projet s'agissant des nuisances olfactives susceptibles de résulter de l'exploitation normale de l'usine. Compte tenu de l'insuffisance de l'étude d'impact à décrire, de manière précise et exhaustive, quand bien même ne serait-elle pas chiffrables, ces nuisances olfactives, le caractère proportionné de cette étude, et par suite le caractère adapté et suffisant des mesures correctrices envisagées à ce stade, ne peuvent être valablement appréciés.

12. Compte tenu des objets sur lesquels l'étude d'impact est insuffisante, mentionnés aux points 10 et 11 du présent jugement, qui ont par ailleurs fait l'objet de nombreuses observations du public lors de l'enquête publique, il résulte de l'instruction que, dans les circonstances de l'espèce, ces insuffisances ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population.

13. Il résulte de ce qui précède que l'association requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière compte tenu des insuffisances de l'étude d'impact s'agissant des incidences indirectes du projet sur la disponibilité et la pérennité de la ressource en eau, ainsi que des risques de nuisances olfactives résultant du fonctionnement normal de l'installation.

En ce qui concerne la méconnaissance des articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement :

14. Aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " I. - L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas () ". Aux termes de l'article L. 511-1 de ce code : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique () ". Par ailleurs, en application de l'article L. 512-16 du code de l'environnement, les installations classées pour la protection de l'environnement sont soumises, notamment, à l'article L. 211-1 du même code selon lequel la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau " doit permettre en priorité de satisfaire les exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l'alimentation en eau potable de la population ", ainsi qu'à l'article L. 212-1 de ce code.

15. Aux termes de l'article L. 514-6 du code de l'environnement, les décisions, prises sur le fondement de l'article L. 512-1 de ce même code, accordant ou refusant une autorisation d'exploiter une installation classée pour la protection de l'environnement sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Lorsqu'il statue en vertu dudit article L. 514-6, le juge administratif a le pouvoir, après avoir si nécessaire régularisé ou complété la procédure, d'autoriser la création et le fonctionnement d'une installation classée pour la protection de l'environnement en l'assortissant des conditions qu'il juge indispensables à la protection des intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1 de ce code.

S'agissant des atteintes à la disponibilité et à la pérennité de la ressource en eau :

16. L'association requérante fait valoir que la consommation d'eau potable nécessaire à l'exploitation ne permet pas de garantir la disponibilité de la ressource en eau, en particulier en cas de sécheresse. Il résulte de l'instruction, notamment d'un courrier du 4 juin 2018 et d'un courriel du 6 décembre 2019 de la régie des eaux de Coëvrons, de l'avis de la commission locale de l'eau et du rapport de l'inspection des installations classées du 5 février 2020 que l'exploitation nécessitera un prélèvement d'eau potable annuel de 70 000 m3 en provenance de trois unités de distribution traitant les eaux de plusieurs captages. L'arrêté attaqué précise à son article 5.1.2 l'origine de cet approvisionnement en eau potable et mentionne que " les prélèvements d'eau qui ne s'avèrent pas liés à la lutte contre un incendie ou aux exercices de secours, sont autorisés " à hauteur d'un maximum annuel de 70 000 m3, avec un débit maximal horaire de 20 m3 et un débit maximal journalier de 300 m3. Il prévoit également à son article 5.1.3 que " l'exploitant prend toutes les dispositions nécessaires dans la conception et l'exploitation des installations pour limiter les flux d'eau " et à son article 5.4, que lorsque le seuil de crise de sécheresse est atteint, " l'exploitant étudie la possibilité de réduire sa consommation d'eau, y compris par une réduction de son activité. Il transmet des propositions en ce sens au préfet ". Toutefois, alors qu'il incombe au demandeur d'une autorisation délivrée au titre de la législation des installations classées pour la protection de l'environnement de justifier des incidences de l'exploitation sur les divers intérêts protégés par les articles L. 511-1 et L. 211-1 du code de l'environnement, il ressort de l'étude d'impact que les incidences indirectes du projet quant à la disponibilité et la pérennité de la ressource en eau, notamment pour l'alimentation en eau potable de la population, ne sont pas décrites, ce qui ne permet pas de vérifier l'exactitude des affirmations de la société exploitante, selon lesquelles le projet ne présenterait pas de risque de surutilisation de cette ressource, y compris en période d'étiage. Dans ces conditions, il y a lieu, pour prévenir une atteinte significative portée aux intérêts protégés par les articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement, à l'article 5.1.2 de l'arrêté attaqué, de remplacer le premier alinéa de l'arrêté par la rédaction suivante " La consommation d'eau, autre que celle liée à la lutte contre un incendie ou aux exercices de secours, n'excède pas les quantités suivantes : " et d'ajouter l'alinéa suivant : " Les volumes d'eau destinés à l'exploitation sont conditionnés à la disponibilité et à la pérennité de cette ressource susceptible d'être fournie par le réseau public après répartition entre ses différents usages, sans que la présente autorisation garantisse à l'exploitant la fourniture de volumes déterminés d'eau. ".

S'agissant des atteintes aux équilibres du milieu aquatique de la Vaige :

17. Si l'association requérante fait valoir que l'étude d'impact ne permet pas de garantir la préservation des milieux aquatiques, elle ne se prévaut d'aucun élément précis susceptible de constituer une atteinte aux intérêts protégés par les articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement.

En ce qui concerne la compatibilité du projet avec le schéma d'aménagement et de gestion des eaux de la Sarthe Aval :

18. En application du XI de l'article L. 212-1 et du second alinéa de l'article L. 212-5-2 du code de l'environnement, les décisions administratives dans le domaine de l'eau doivent être compatibles avec les objectifs et orientations des schémas directeurs d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) et des plans d'aménagement et de gestion durable du schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE). Elles sont en revanche, conformément au premier alinéa du même article L. 212-5-2, soumises à une obligation de conformité au règlement du SAGE et à ses documents cartographiques, dès lors que les installations, ouvrages, travaux et activités en cause sont situés sur un territoire couvert par un tel document.

19. Pour apprécier la compatibilité aux objectifs et orientations des SDAGE et des SAGE, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire pertinent pour apprécier les effets du projet sur la gestion des eaux, si l'autorisation ne contrarie pas les objectifs et les orientations fixés par le schéma, en tenant compte de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation de l'autorisation au regard de chaque orientation ou objectif particulier.

20. Il résulte de l'instruction que le programme d'actions du SAGE de la Sarthe Aval, approuvé le 2 juillet 2020 et au regard duquel la compatibilité de l'autorisation attaquée doit être appréciée, prévoit à sa disposition n°20, applicable aux prélèvements en eaux superficielles ainsi qu'aux prélèvements en nappes souterraines contribuant à l'alimentation des cours d'eau ou des zones humides, de " limiter le volume annuel maximum prélevable par secteur ". Selon cette disposition, " toute demande de nouveau prélèvement en eaux superficielles et dans les nappes d'accompagnement de cours d'eau ne peut être accordée par l'autorité administrative que dans la mesure où ce prélèvement n'entraîne pas de dépassement des volumes prélevables définis, fixé, s'agissant de la Vaige à 1 627 311 m3 en période de cycle hydrologique et à 0 en période estivale ". Par ailleurs, cette action dispose également que " les autorisations délivrées au titre des articles L. 214-1 et L. 511-1 du code de l'environnement avant l'approbation du présent SAGE, qui ne seraient pas dotées d'un volume individuel prélevable annuel maximal, sont modifiées pour intégrer ce volume ".

21. D'une part, il résulte de l'instruction que l'exploitation de l'installation ne nécessite pas de nouvelle autorisation de prélèvement des eaux superficielles, dès lors que sa consommation d'eau est prélevée sur le réseau public de distribution d'eau potable. D'autre part, l'autorisation de prélèvement dont dispose la régie de Coëvrons par l'arrêté du 15 octobre 1998, fixe un volume annuel maximal de prélèvement qui n'est pas modifié par les dispositions précitées du PAGD du SAGE. Si l'association requérante fait valoir que la réduction de ce volume maximal de prélèvement serait envisageable, une telle réduction qui n'est pas prescrite par les dispositions précédemment rappelées du PAGD du SAGE, ne présente qu'un caractère hypothétique à la date du présent jugement. Dans ces conditions, et alors que l'association requérante n'invoque à l'encontre de l'autorisation environnementale en litige aucune autre disposition ou orientation du SAGE auxquelles il pourrait être porté atteinte, le moyen tiré de l'incompatibilité de cette autorisation au regard des documents invoqués doit être écarté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 181-18 du code de l'environnement :

22. Aux termes de l'article L. 181-18 du code de l'environnement : " I.- Le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre une autorisation environnementale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, même après l'achèvement des travaux : / 1° Qu'un vice n'affecte qu'une phase de l'instruction de la demande d'autorisation environnementale, ou une partie de cette autorisation, limite à cette phase ou à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et demande à l'autorité administrative compétente de reprendre l'instruction à la phase ou sur la partie qui a été entachée d'irrégularité ; / 2° Qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle ou de sursis à statuer est motivé. / II.- En cas d'annulation ou de sursis à statuer affectant une partie seulement de l'autorisation environnementale, le juge détermine s'il y a lieu de suspendre l'exécution des parties de l'autorisation non viciées ". Il résulte de ces dispositions qu'elles permettent au juge, lorsqu'il constate un vice qui entache la légalité de l'autorisation environnementale attaquée mais qui peut être régularisé par une décision modificative, de rendre un jugement avant dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. La faculté ouverte par le 2° du I de l'article L. 181-18 du code de l'environnement relève de l'exercice d'un pouvoir propre du juge, qui n'est pas subordonné à la présentation de conclusions en ce sens. En revanche, lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, le juge est tenu de mettre en œuvre les pouvoirs qu'il tient du 2° du I de l'article L. 181-18 du code de l'environnement si les vices qu'il retient apparaissent, au vu de l'instruction, régularisables. Le juge peut préciser, par son jugement avant dire droit, les modalités de cette régularisation, qui implique l'intervention d'une décision corrigeant le vice dont est entachée la décision attaquée. Un vice de procédure, dont l'existence et la consistance sont appréciées au regard des règles applicables à la date de la décision attaquée, doit en principe être réparé selon les modalités prévues à cette même date.

23. D'une part, l'atteinte aux intérêts protégés par les articles L. 211-1 et L. 511-1 du code de l'environnement, dont l'arrêté attaqué est entaché, est susceptible d'être régularisée par l'ajout par le juge des prescriptions complémentaires précédemment mentionnées au point 16 du présent jugement.

24. D'autre part, l'irrégularité tenant au caractère insuffisant de l'étude d'impact mise à disposition du public est susceptible d'être régularisée. Le préfet de la Mayenne doit, en faisant application des dispositions en vigueur à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, enjoindre à la société exploitante de compléter l'étude d'impact quant aux incidences indirectes du projet sur la disponibilité et la pérennité de la ressource en eau ainsi qu'aux nuisances olfactives résultant du fonctionnement normal de l'installation, puis, une fois cette étude actualisée produite, faire réaliser une enquête publique complémentaire organisée selon les modalités prévues par les articles L. 123-14 et R. 123-23 du code de l'environnement, en vue, le cas échéant, de l'adoption d'un arrêté préfectoral modificatif contenant le cas échéant des prescriptions complémentaires. Il y a lieu de fixer pour ce faire un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.

25. Enfin, il résulte des dispositions II de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, d'une part, que le juge qui sursoit à statuer pour permettre la régularisation de l'autorisation a la faculté de suspendre l'exécution de celle-ci et, d'autre part, que, lorsque le vice qui motive le sursis ne concerne qu'une partie divisible de l'autorisation, cette faculté concerne à la fois cette partie et les parties non viciées.

26. S'il résulte de l'instruction que l'exploitation de l'usine a entraîné des nuisances olfactives, celles-ci font l'objet de mises en demeure visant à les corriger par arrêtés du préfet de la Mayenne du 2 décembre 2021 et du 12 juillet 2022. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui précède, il n'y a pas lieu de suspendre, en application des dispositions précitées de l'article L. 181-18 du code de l'environnement, l'exécution de l'autorisation délivrée à la société exploitante.

D E C I D E :

Article 1er : L'article 5.1.2 de l'arrêté du 2 mars 2020 du préfet de la Mayenne est ainsi modifié :

- le premier alinéa est remplacé par les dispositions suivantes : " La consommation d'eau, autre que celle liée à la lutte contre un incendie ou aux exercices de secours n'excède pas les quantités suivantes : " ;

- l'alinéa suivant est rajouté : " Les volumes d'eau destinés à l'exploitation sont conditionnés à la disponibilité et à la pérennité de cette ressource susceptible d'être fournie par le réseau public après répartition entre ses différents usages, sans que la présente autorisation garantisse à l'exploitant la fourniture de volumes déterminés d'eau. ".

Article 2 : Il est sursis à statuer sur le surplus des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2020 du préfet de la Mayenne, jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article 3 ci-après.

Article 3 : Le délai dans lequel la régularisation de l'arrêté du 2 mars 2020 du préfet de la Mayenne doit être notifiée au tribunal est fixé à six mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il n'y a pas lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 2 mars 2020 du préfet de la Mayenne.

Article 5 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'association Fédération Environnement en Mayenne, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la SAS Poultry Feed Compagny.

Copie en sera adressée au préfet de la Mayenne.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE BALEINE La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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