vendredi 4 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2100380 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 janvier 2021, M. A B, représenté par
Me Macouillard, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 30 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence subis à raison de son exposition à l'inhalation de poussières d'amiante au mois d'octobre 1993 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a subi, au mois d'octobre 1993 au cours duquel il a participé à l'évacuation de la tour Tripode, une exposition cancérigène aux poussières d'amiante constitutive d'une carence fautive de l'Etat, dès lors que celui-ci, d'une part, n'a pas édicté de réglementation suffisante pour protéger les agents de l'inhalation de poussières d'amiante dans les immeubles bâtis floqués avec ce matériau avant 1996 et, d'autre part, l'a directement exposé, en sa qualité d'employeur, à l'inhalation de ces poussières sans mettre en œuvre de mesures de protection ;
- cette faute lui a causé un préjudice moral lié à l'anxiété d'avoir été exposé à l'amiante, qu'il évalue à la somme de 15 000 euros ;
- elle lui a également causé des troubles dans ses conditions d'existence, préjudice qu'il évalue à la somme de 15 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les fautes alléguées par M. B ne sont pas établies ;
- en cas d'indemnisation, la somme demandée par le requérant doit être ramenée à de plus justes proportions.
Par ordonnance du 12 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
14 octobre 2024.
M. B a produit un mémoire le 3 mars 2025, qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 ;
- le décret n° 96-98 du 7 février 1996 ;
- le décret n° 2001-963 du 23 octobre 2001 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cordrie,
- les conclusions de Mme Milin, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est intervenu au mois d'octobre 1993 sur le site de l'immeuble du Tripode, situé boulevard Louis Barthou à Nantes, à l'occasion des opérations de déménagement de ce site. Celui-ci, construit à la fin des années 1960, comprenait 18 étages et a hébergé à compter de 1972 près de 1 800 agents relevant des services du ministère des affaires étrangères, de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et du Trésor public. Il a été évacué à partir de 1993 puis désamianté et démoli en 2005. Par un courrier du 7 septembre 2020, M. B a demandé au ministre des finances de l'indemniser du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il estime avoir subis du fait de son exposition, au mois d'octobre 1993, à l'inhalation de poussières d'amiante. Sa demande a été implicitement rejetée.
Sur la responsabilité :
2. Il résulte de l'instruction que lors de la construction de l'immeuble du Tripode, la protection contre le risque incendie a conduit à l'utilisation massive d'amiante floqué, produit qui est reconnu comme présentant le plus grand risque d'émissions de poussières d'amiante et dont la nocivité est établie, pour la réalisation des gaines techniques, des fenêtres, des poteaux, des poutres métalliques et des plafonds des bureaux et des couloirs. Il résulte également de l'instruction et il n'est pas contesté par le ministre, que tous les agents employés sur ce site ont été exposés, dans l'exercice de leurs fonctions, en raison de la dégradation rapide du revêtement du bâtiment et des chutes de résidus de flocage en résultant, à un risque d'inhalation de poussières d'amiante.
3. Il incombe aux autorités publiques chargées de la prévention des risques professionnels de se tenir informées des dangers que peuvent courir les agents placés sous leur responsabilité dans le cadre de leur activité professionnelle, compte tenu notamment des produits et substances qu'ils manipulent ou avec lesquels ils sont en contact, et d'arrêter, en l'état des connaissances scientifiques, au besoin à l'aide d'études ou d'enquêtes complémentaires, les mesures les plus appropriées pour limiter et si possible éliminer ces dangers.
4. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation d'exposition à l'amiante produite par le requérant, que celui-ci a été exposé à cette substance au mois d'octobre 1993, dans le cadre de sa participation aux opérations d'évacuation du site du Tripode. Il n'est par ailleurs pas soutenu que M. B se serait vu doter, à cette occasion, d'équipements de protection de nature à écarter un risque d'inhalation de poussières d'amiante. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir qu'en l'exposant ainsi à cette substance nocive, l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. En revanche, s'il n'est pas contesté qu'à cette période, le pouvoir réglementaire n'avait pas interdit l'usage de l'amiante dans les immeubles bâtis, cette interdiction n'ayant été prononcée que par le décret du 7 février 1996 relatif à la protection de la population contre les risques sanitaires liés à une exposition à l'amiante dans les immeubles bâtis, l'exposition de M. B à l'amiante est en l'espèce intervenue dans le cadre de l'évacuation d'un bâtiment décidée précisément en raison des risques liés à cette substance. Dès lors, la faute invoquée à ce titre par le requérant ne présente pas de lien de causalité avec l'exposition à cette substance qu'il a subie.
Sur les préjudices :
6. La personne qui recherche la responsabilité d'une personne publique en sa qualité d'employeur et qui fait état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d'amiante susceptible de l'exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée, peut obtenir réparation du préjudice moral tenant à l'anxiété de voir ce risque se réaliser. Dès lors qu'elle établit que l'éventualité de la réalisation de ce risque est suffisamment élevée et que ses effets sont suffisamment graves, la personne a droit à l'indemnisation de ce préjudice, sans avoir à apporter la preuve de manifestations de troubles psychologiques engendrés par la conscience de ce risque élevé de développer une pathologie grave.
7. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B n'est intervenu sur le site du Tripode qu'au mois d'octobre 1993 dans le cadre des opérations de déménagement du site, lors desquelles il a, aux termes de l'attestation d'exposition qu'il produit, participé aux travaux de démontage des rampes électriques et manipulé ponctuellement des archives. Cette brève durée d'intervention ne présente ainsi pas un caractère suffisamment significatif pour regarder comme établi le risque élevé pour le requérant de développer une pathologie liée à son exposition. Dès lors, M. B ne peut être regardé comme justifiant d'un préjudice d'anxiété indemnisable. Par ailleurs, la seule circonstance qu'un suivi médical lui ait été proposé par le ministère des finances, mesure générale de prévention proposée à tous les agents ayant subi une exposition à l'amiante, indépendamment de la durée de celle-ci, et qu'il ait subi un examen thoracique dans ce cadre ne permet pas d'établir que M. B aurait subi des troubles dans ses conditions d'existence du fait de son exposition à l'amiante. Sa demande d'indemnisation doit, par suite, être rejetée.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par
M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme André, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2025.
Le rapporteur,
A. CORDRIE
La présidente,
V. GOURMELONLa greffière,
S. LEGEAY
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2309588
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'ajournement de sa demande de naturalisation. Le tribunal a jugé que la décision ministérielle du 2 mai 2023, qui se substitue à la décision préfectorale initiale, était légale. L'administration a pu légalement apprécier l'opportunité de la naturalisation en considérant le degré d'insertion professionnelle de la requérante, au regard des articles 21-15 du code civil et 48 du décret du 30 décembre 1993.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2503397
Le Tribunal Administratif de Nantes rejette la requête de M. B... A... visant à annuler l'arrêté préfectoral du 12 décembre 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour et lui imposant une obligation de quitter le territoire français. La juridiction estime que la décision est suffisamment motivée, a procédé à l'examen requis de la situation personnelle du requérant, et ne méconnaît pas les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (articles L. 421-1 et L. 421-3) ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Les autres demandes, y compris l'injonction de délivrer un titre et la restitution du passeport, sont par conséquent rejetées.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2503113
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., une ressortissante algérienne, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 20 décembre 2024 refusant un titre de séjour et lui notifiant une obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que le préfet de la Sarthe n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que les liens personnels et familiaux de la requérante en France n'étaient pas suffisants pour justifier la délivrance d'un titre au titre de l'article 6-5 des accords franco-algériens ou de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Les moyens tirés de l'incompétence de la signataire et des considérations humanitaires (articles L. 423-23 et L. 435-1 du CESEDA) ont également été écartés.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2308828
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A... B... visant à annuler l'ajournement de sa demande de naturalisation. Le juge a considéré que le ministre de l'intérieur, statuant en recours, pouvait légalement apprécier l'opportunité d'accorder la naturalisation, notamment au regard du degré d'insertion professionnelle. En l'espèce, le motif de l'ajournement, fondé sur l'absence de ressources suffisantes et stables, n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation, les revenus professionnels du requérant étant faibles avant même l'apparition de ses problèmes de santé. La décision s'appuie sur les articles 21-15 du code civil et 48 du décret du 30 décembre 1993.
03/04/2026