mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2106613 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SMATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 juin 2021, M. B A, représenté par Me Smati, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a implicitement rejeté son recours reçu le 10 mai 2021 contre la décision de la commission de discipline de la maison d'arrêt d'Angers du 4 mai 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'a pas été mis en mesure de vérifier la régularité de la composition de la commission de discipline, et notamment la présence d'un assesseur extérieur à l'établissement et de ce que l'auteur du compte rendu d'incident n'a pas siégé au sein de la commission ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 721, alinéa 2, du code de procédure pénale ;
- la sanction prononcée est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martel,
- et les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été incarcéré à la maison d'arrêt d'Angers du 16 février au 21 août 2021, date de sa libération. Le 2 mai 2021, un compte rendu d'incident a été rédigé à son encontre. Le 4 mai 2021, il a comparu devant la commission de discipline, qui lui a infligé une sanction de 15 jours de confinement en cellule sans télévision ni plaque chauffante, dont 5 jours avec sursis actif pendant six mois pour avoir refusé de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement ou refusé d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement et pour avoir participé à toute action collective de nature à compromettre la sécurité des établissements ou à en perturber l'ordre. Par un courrier reçu le 10 mai 2021, M. A a formé un recours administratif préalable contre cette décision. A défaut de réponse dans le délai d'un mois, le recours a été implicitement rejeté par la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes. M. A demande au tribunal d'annuler cette décision implicite de rejet de son recours préalable.
Sur la légalité de la décision attaquée :
2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, applicable au litige : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 du même code, dans sa rédaction applicable : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté. ". Si la méconnaissance de ces dispositions est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente, il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de s'assurer, le cas échéant en ordonnant la production par l'administration des informations nécessaires et sans que communication en soit alors donnée au requérant, que le premier assesseur a bien été choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement et qu'il n'était l'auteur ni du compte rendu d'incident ni du rapport d'enquête, comme l'exigent les articles R. 57-7-8, R. 57-7-13 et R. 57-7-14 du code de procédure pénale.
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du registre de la commission de discipline du 4 mai 2021 devant laquelle M. A a comparu, qu'elle était composée, outre de sa présidente, d'un premier assesseur surveillant et d'un 2ème assesseur civil, qui a été choisi sur la liste des assesseurs à la commission de discipline pour la maison d'arrêt d'Angers établie par le président du tribunal de grande instance d'Angers. En outre, alors que l'initiale du nom de l'assesseur surveillant ayant siégé à la commission de discipline est " D ", l'initiale du nom du surveillant ayant rédigé le compte rendu d'incident est " B ". Il est ainsi établi qu'il ne s'agit pas des mêmes personnes. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 721 du code de procédure pénale : " Chaque condamné bénéficie d'un crédit de réduction de peine calculé sur la durée de la condamnation prononcée à hauteur de trois mois pour la première année, de deux mois pour les années suivantes et, pour une peine de moins d'un an ou pour la partie de peine inférieure à une année pleine, de sept jours par mois ; pour les peines supérieures à un an, le total de la réduction correspondant aux sept jours par mois ne peut toutefois excéder deux mois. / En cas de mauvaise conduite du condamné en détention, le juge de l'application des peines peut être saisi par le chef d'établissement ou sur réquisitions du procureur de la République aux fins de retrait, à hauteur de trois mois maximum par an et de sept jours par mois, de cette réduction de peine () "
6. Si M. A soutient que la commission de discipline n'était pas compétente pour saisir le juge de l'application des peines aux fins de retrait d'un crédit de réduction de peine, cette saisine, qui n'est pas une sanction disciplinaire, n'est pas utilement invocable au soutien de la contestation de la décision en litige. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () / 7° De participer ou de tenter de participer à toute action collective de nature à compromettre la sécurité des établissements ou à en perturber l'ordre () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du même code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 de ce code : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : / 7° Le confinement en cellule individuelle ordinaire assorti, le cas échéant, de la privation de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration pendant la durée de l'exécution de la sanction () ". Enfin, son article R. 57-7-41 dispose : " Pour les personnes majeures, la durée du confinement en cellule ne peut excéder vingt jours pour une faute du premier degré, quatorze jours pour une faute du deuxième degré et sept jours pour une faute du troisième degré () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été sanctionné par la décision attaquée à 15 jours de confinement en cellule sans télévision ni plaque chauffante dont 5 jours avec sursis actif pendant 6 mois dont 2 jours en prévention au motif qu'il a, le 2 mai 2021, refusé d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel, et pour avoir participé ou tenté de participer à toute action collective de nature à compromettre la sécurité des établissements ou à en perturber l'ordre. Il ressort du compte rendu d'incident, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A a, avec deux autres détenus, refusé de sortir de la promenade afin de négocier du tabac. Au regard de la gravité de ces faits, dont la matérialité n'est pas remise en cause par le requérant, constitutifs de fautes du premier et du deuxième degré au sens des articles R. 57-7-1 et R. 57-7-2 du code de procédure pénale cités ci-dessus, et alors que l'intéressé a déjà été sanctionné à 20 jours de cellule disciplinaire dont 10 jours avec sursis pour des violences commises le 22 avril 2021 à l'encontre d'un codétenu, d'une part, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'administration a estimé que ces faits justifiaient le prononcé d'une sanction et, d'autre part, la sanction litigieuse n'est pas disproportionnée.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Smati et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cantié, président,
Mme Martel, première conseillère,
M. Delohen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
La rapporteure,
C. MARTEL
Le président,
C. CANTIÉLa greffière,
C. DUMONTEIL
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-24VE00589
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